Déconfinement à petits pas en Allemagne

Samedi, à Berlin, sur l'Alexanderplatz, a eu lieu une manifestation pour réclamer un "retour à la normale". La police a dû intervenir. ©REUTERS

Angela Merkel a de nouveau appelé ce lundi à la prudence face à l’épidémie de coronavirus, alors que le taux de reproduction du virus est reparti légèrement à la hausse ce week-end. Samedi, des milliers de personnes ont manifesté à travers le pays pour réclamer un retour à la normale.

Les images ont choqué en Allemagne. Samedi, 10.000 manifestants se sont retrouvés à Stuttgart, 3.000 à Cologne, et un millier à Berlin et à Munich, pour réclamer un retour à la normale. Parfois agressifs, souvent démunis de masque et ne respectant pas les mesures de distanciation sociale, ils répondaient à l’appel de complotistes de tous bord. À ce jour, les tribunaux comptent par ailleurs plus de 1.000 plaintes déposées à travers le pays contre l’obligation de porter un masque dans les magasins, la fermeture des restaurants ou des commerces ou l’interdiction de se retrouver avec des amis.

"Beaucoup de gens sont allés faire leurs courses ce week-end sans porter de masque, certains par bravoure."
Angela Merkel
Chancelière allemande

Le consensus autour d’Angela Merkel et de sa gestion de la crise s’effrite. "Beaucoup de gens sont allés faire leurs courses ce week-end sans porter de masque, certains par bravoure", a critiqué la chancelière lors d’une réunion de la direction de son parti chrétien-démocrate, alors que le taux de reproduction du virus, qui était tombé à 0,65 mercredi, est remonté à 1,1 ce samedi. L’Allemagne compte à ce jour cinq foyers de l’épidémie, circonscrits selon les autorités régionales, mais le risque d’une seconde vague est réel, selon les épidémiologistes.

Conséquences économiques

Pour l’heure, l’Allemagne s’en sort plutôt mieux que ses voisins. Le PIB aurait reculé au premier trimestre de 2,1%, selon un sondage mené par Reuters auprès de 34 économistes, contre -5,8% pour la France et -4,7% pour l’Italie, seconde et troisième économies de la zone euro. Mais les perspectives d’avenir sont sombres. Le chef économiste de Commerzbank, Jörg Krämer, s’attend à un recul du PIB de 11% au second trimestre; -14% pour son collègue de Deutsche Bank Stefan Schneider.

58%
des entreprises de la restauration
58% des entreprises de la restauration ont licencié une partie de leurs salariés ou n’ont pas reconduit les contrats à durée déterminée.

90% des entreprises du secteur de la machine outil – un des fers de lance de l’économie allemande – se disent entre temps affectées par la crise. Les ventes de Volkswagen sur son marché national se sont effondrées de deux tiers. Le nombre des faillites est pour l’heure contenu. Mais l’institut Ifo de Munich s’attend à une explosion du taux de chômage. 58% des entreprises de la restauration, 50% des hôtels et 39% des constructeurs automobiles ont licencié une partie de leurs salariés ou n’ont pas reconduit les contrats à durée déterminée.

"La crise a atteint le marché du travail", résume Klaus Wohlrabe, expert de l’emploi d’Ifo. Les licenciements sont particulièrement nombreux dans les régions riches et fortement industrialisées du sud, le Bade-Wurtemberg (22% des entreprises ont licencié) et la Bavière (20%) contre 11% dans les régions plus pauvres telles que la Sarre ou la Rhénanie Palatinat.

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