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analyse

Déconfinement: chez les enfants et les ados, ce sera la libération

©Photo News

Pour les jeunes et les plus petits, le déconfinement marquera le retour aux contacts avec leurs semblables. Veiller au respect des règles de distanciation sera tout sauf simple. Là aussi, il faudra privilégier les explications claires, l'écoute de leur vécu en se gardant bien de les culpabiliser pour ce qu'ils sont.

Depuis 6 semaines, les enfants et les ados n’ont plus senti l’odeur de la craie, n’ont plus joué à touche-touche dans la cour, n’ont plus "huggé" aux quatre coins des parcs. Le déconfinement va être pour eux synonyme d’explosion de joie. La difficulté sera moins de calmer leur anxiété que de calmer leurs ardeurs… "Un enfant qui va bien, c’est un être groupal. Les plus jeunes sont comme des petits singes qui passent leur temps à se grimper dessus, à se courir après. Et c’est ce qu’ils vont naturellement vouloir faire…", nous dit le pédopsychiatre Jean-Yves Hayez (UCLouvain).

Le respect des règles de distanciation sociale ne va pas être simple à gérer. "Je ne suis pas utopiste, c’est impossible. On ne peut pas culpabiliser un enfant d’être ce qu’il est. Il faudra assumer que l’on va passer par ce stade où les enfants vont se rapprocher, les adolescents se regrouper. Et que le facteur de risque qu’ils soient vecteurs de la maladie réaugmente. Il faudra rappeler la valeur des gestes barrière, en mettant en avant la solidarité. L’idéal sera de ne pas les culpabiliser, mais de continuer patiemment à leur répéter qu'il faut faire des efforts, et pourquoi. Sans dramatiser: un enfant de six ans ne va pas tuer le monde entier parce qu'il a donné une bourrade à un copain."

"Ils sont comme les petits singes, les chatons, qui passent leur temps à se grimper dessus, à se courir après. Et c’est ce qu’ils vont naturellement vouloir faire…"
Jean-Yves Hayez
Pédopsychiatre

Pour les adolescents, le déconfinement sera une vraie libération. "Se retrouver sous le contrôle constant de leurs parents, là où ils sont empreints de désir de liberté, d’indépendance, d’autonomie de penser, n’est pas simple", dit Jean-Yves Hayez. "Il faudra leur donner des informations claires, pour qu’ils puissent comprendre le cadre, et qu’ils puissent s’y adapter. Ils en sont capables, à condition que cela fasse sens pour eux", dit Fabienne Glowacz, docteur en psychologie à l'ULiège. La psychologue incite donc à sortir au plus vite de la confusion. Certains vont retourner à l'école, d'autres pas. "Il est fort probable que ceux-là pourront malgré tout sortir. Ils vont alors avoir le sentiment d’être en vacances, et risquent de se montrer plus indisciplinés face au travail scolaire", pointe Jean-Yves Hayez. "Il faut absolument booster leur motivation, leur offrir un espace pour qu’ils puissent se connecter, rester en lien, ne pas les laisser tomber dans l’autoretrait. Mobiliser un maximum de ressources comme les vidéos, les tutoriels. Plus un jeune va se sentir soutenu, mieux il ira", poursuit Fabienne Glowacz.  

Ouvrir la parole

La psychologue insiste aussi sur la nécessité d’écouter les jeunes sur leur vécu, et le futur qu’ils ont encore envie de construire. "Pendant leur temps de dormance, ils y ont beaucoup pensé. Il faut leur donner la possibilité de s’exprimer par rapport à cela, au risque de créer de nouvelles tensions." Elle insiste beaucoup sur le rôle des enseignants. "Les parents, eux, peuvent aussi se saisir des moments magiques où leur ado sera ouvert à la discussion. Et s’ils sentent qu’il ne va pas bien, lui proposer de l’aide extérieure."

Et pour ceux qui retournent à l’école, le réveil ne sera-t-il pas trop difficile? "On pourrait penser qu’ils sont entrés en hibernation. C’est un mécanisme adaptatif. Mais quand le contexte permettra le réveil, il se fera, et sans que cela pose problème", estime la psychologue.

Gérer les angoisses des petits

Pour les tout-petits par contre, jusqu’à 6 ans environ, l’angoisse du retour à l’école ne devra pas être négligée. Les mots "mort", "maladie", "danger", ils les ont entendus souvent dans la bouche de leurs parents, à la télévision, à la radio. "Ils ont des théories infantiles souvent dramatisantes, des images fortes autour de la mort, de la menace. Quand on va leur annoncer qu’ils peuvent retourner dans cet espace où le danger était présent, il est fort probable que les plus jeunes, les plus anxieux ou les moins préparés angoissent, nous dit Jean-Yves Hayez. Il faudra veiller à les préparer."

"Quand on va leur annoncer qu’ils peuvent retourner dans cet espace où le danger était présent, il est fort probable que les plus jeunes, les plus anxieux ou les moins préparés angoissent. Il faudra veiller à les préparer."
Jean-Yves Hayez

Comment? Le pédopsychiatre invite à valoriser et faire confiance à la pensée de l’enfant. "Il faut avant tout les écouter, les laisser s’exprimer, et comprendre où l’enfant en est avant d’aller plus loin avec lui, en délivrant un message positif, sans réalimenter l’angoisse la plus dramatique, mais sans pouvoir rassurer à 100%. Avoir des échanges de parole à l'école, et cela dans la durée."

L'ULiège a lancé une enquête auprès des jeunes sur le déconfinement.
Pour les moins de 18 ans (avec accord parental): https://surveys.fplse.uliege.be/surveys/x.php?s=SBETGMHCE
Pour les plus de 18 ans: https://surveys.fplse.uliege.be/surveys/x.php?s=OQQLVISDE

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