Après le déconfinement, gare à la deuxième vague!

Au moins 25.000 tests par jour seront nécessaires pour surveiller l'évolution de l'épidémie une fois le déconfinement enclenché. ©EPA

L'Allemagne, qui a entamé son déconfinement, observe des signes de recrudescence de l'épidémie. La crainte d'une deuxième vague, à l'instar de celles constatées dans certains pays asiatiques, occupe les esprits. Avec une reprise partielle de son activité le 4 mai, la Belgique courra aussi ce risque.

Stupeur à Berlin, mardi. Le taux de reproduction (R0) du coronavirus, très surveillé par les autorités, a de nouveau atteint le seuil de 1,0. En d'autres termes, cela signifie que chaque malade contamine une autre personne. Depuis le début de l'épidémie, le gouvernement et les virologues n'ont eu de cesse de souligner l'importance d'avoir un taux inférieur à ce seuil. Redescendu à 0,7 à la mi-avril, il est reparti à la hausse alors que les mesures de restriction ont été assouplies. Si la tendance se confirme, le déconfinement risque de connaître un coup d'arrêt chez nos voisins.

D'autres pays, surtout en Asie, ont déjà fait l'amère expérience de devoir renforcer leurs mesures restrictives après les avoir partiellement relâchées. En Chine par exemple, de nouveaux foyers de contamination ont été découverts et des agglomérations entières remises sous cloche. À Singapour, où la population était contrôlée grâce à un traçage numérique, une reprise importante du nombre d'infections a contraint les autorités à décréter un confinement général jusqu'au 1er juin.

Risque similaire en Belgique

Alors qu'il a présenté vendredi son calendrier de déconfinement, le gouvernement fédéral ne peut ignorer les problèmes rencontrés à l'étranger. À en croire l'épidémiologiste Yves Coppieters (ULB), la Belgique risque exactement la même chose que l'Allemagne. "Notre taux de reproduction est actuellement entre 0,5 et 0,8. On ne sait pas exactement où il se situe vu qu'on ne teste pas suffisamment. En Allemagne, il n'a pas fallu une semaine pour que la contamination reprenne", souligne-t-il.

"Une deuxième vague, ce n'est pas grave, le tout, c'est de la maîtriser."
Yves Coppieters
Professeur École de Santé publique (ULB)

Mais, sommes-nous déjà capables de faire un monitoring aussi précis que nos voisins? "Malheureusement, si on ne teste pas dans un échantillon représentatif de la population, on ne parviendra jamais à vraiment évaluer ce R0", assure Yves Coppieters. En résumé, les 25.000 tests journaliers annoncés par les autorités seront indispensables une fois le déconfinement enclenché.

Si une augmentation anormale de l'épidémie devait être constatée, il faudra surtout pouvoir réagir rapidement. "Une deuxième vague, ce n'est pas grave, le tout, c'est de la maîtriser. A priori, si nous sommes capables de dépister les symptomatiques et leurs contacts et ensuite de les isoler en quatorzaine, il n'y a aucune raison que ce ne soit pas le cas".

Phase trop courte

"Le temps d'incubation du virus est compris entre deux et douze jours."
Filip Moerman
Infectiologue CHR Liège

La stratégie de déconfinement du gouvernement Wilmès contiendrait toutefois une faille: elle n'est pas basée sur des phases de 14 jours, mais uniquement de 7. "Le temps d'incubation du virus est compris entre deux et douze jours. Or, le moment où on peut s'attendre à des complications se situe, lui, souvent une bonne semaine plus tard", explique Filip Moerman, infectiologue au CHR de Liège.

"C'est vraiment problématique par rapport à l'histoire naturelle de la maladie qui est de quatorze ou quinze jours. Au moment du grand déconfinement du 11 mai, on ne pourra donc pas évaluer ce qu'il s'est passé depuis le 4 mai", abonde le professeur Coppieters.

"Nous sommes dans un état d'impréparation totale."
Jean-Luc Gala
Chef de clinique Saint-Luc

Son homologue de l'UCLouvain, Jean-Luc Gala, se montre plus alarmiste. "Nous sommes dans un état d'impréparation totale: pas de masques, pas de tests, pas de contact tracing... Il y a bien eu des effets d'annonce, mais concrètement, où en est-on? On n'en sait rien... "

De leur côté, les responsables politiques répètent à l'envi que la situation sanitaire sera déterminante dans la mise en œuvre du déconfinement. Au vu des évolutions à l'étranger et de certaines remarques des scientifiques, des adaptations ne peuvent clairement pas être exclues.

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