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Déjà en difficultés avant le virus, Swissport dépose son bilan

Les difficultés de Swissport ont été aggravées par la crise du coronavirus. ©Photo News

Swissport Belgium déposera ce mardi matin son bilan et fera aveu de faillite. Un curateur sera nommé. Les intentions du curateur étant inconnues, les compagnies qui vont redémarrer leurs vols le 15 juin préparent les alternatives.

Ce mardi matin, la société de handling Swissport Belgium va déposer son bilan et se déclarer en faillite auprès du tribunal de commerce (néerlandophone) de Bruxelles. En toute logique, celui-ci devrait désigner un curateur qui décidera ou non de l’éventuelle poursuite d’activités, mais celui-ci prendra aussi contact avec les acteurs du secteur: aéroport, compagnies clientes, syndicats, etc. Tout ceci alors que la reprise du 15 juin se dessine et notamment les vols de Brussels Airlines, principal client de Swissport.

Voilà qui met dans l’embarras les compagnies clientes de Swissport, au premier rang desquelles Brussels Airlines. Mais aussi Lufthansa, Swiss, Lot, Austrian, Finnair, United, Delta, Qatar, Air Canada ou Emirates. Jean-Pierre Martin, directeur général de cette dernière en Belgique, attend de voir ce qui va se passer ce mardi: "Emirates redémarre ses vols le 1er juillet, mais il faudra voir ce que décide le curateur de Swissport. Il peut fort bien redémarrer certaines activités."

Bref, c’est un peu l’inconnue. Chez Brussels Airlines, on est aussi dans l’expectative. Wencke Lemmes, porte-parole de Brussels Airlines, nous a affirmé lundi la confiance de la compagnie: "Tous nos vols partiront comme prévu et nous cherchons aujourd’hui toutes les options pour pallier un manque en matière de handling, si tel devait être le cas."

©Mediafin

Déjà avant la crise

Les difficultés de Swissport Belgium ne sont pas nouvelles mais elles ont été aggravées par la crise du coronavirus. Les activités de Swissport Belgium (service passagers, bagages, dégivrages, déplacement des avions), soit 1.309 employés (au 31 mai dernier), et de Swissport Belgium Cleaning (21.500 nettoyés par an – 160 employés) sont concernées par la faillite, mais pas Swissport Cargo Services (467 employés), qui fonctionne à plein rendement.

Arrivé il y a deux mois comme manager de crise, Thierry Miremont, CEO de Swissport Belgique, est tombé immédiatement dans la marmite, c’est le moins qu’on puisse dire. "Ce lundi, nous avons eu un conseil d’entreprise extraordinaire pour annoncer la nouvelle et personne n’a été pris par surprise, puisque cela fait des mois que nous discutons de nos difficultés et d’un programme de restructuration. Du reste, tant Brussels Airport que Brussels Airlines étaient au courant. Mais il faut voir les perspectives."

Avec des coûts opérationnels en matériel difficilement amortissables pour un trafic réduit, notamment, les handlers souffrent.

Depuis l’arrêt de la plupart des vols à Brussels Airport, Swissport a envisagé toutes les options, additionnant son plan de redressement ante-crise et la reprise progressive des vols à Bruxelles, mais il faut reconnaître qu’avec des tarifs a minima, des compagnies exsangues avec lesquelles il sera difficile de monter les prix, des coûts opérationnels en matériel difficilement amortissables pour un trafic réduit, et on en passe, les handlers souffrent. Thierry Miremont avait demandé une aide de 10 millions d’euros en garantie de prêt. Il n’a pas eu de réponse.

"On verra ce que fera le curateur et s’il le souhaite, je serai à ses côtés pour l’épauler, mais je suis surtout triste pour les 1.500 membres du personnel qui sont dans l’expectative", concluait ce lundi Thierry Miremont.

Perspectives

Thierry Miremont l’a expliqué en conseil d’entreprise et il le dira sans doute au curateur: "Il faut se réinventer, prévoir plus de flexibilité, trouver une formule de mix permanent entre personnel permanent et temps partiel, et tenter de trouver des processus standardisés pour les compagnies aériennes pour éviter de tout devoir changer quand un avion arrive." Un beau défi! Mais déjà, la flexibilité de style "Vous venez aux heures de pointe tôt le matin et en début de soirée, entre-temps, vous êtes libres" n’a jamais plu aux syndicats. C’est compréhensible aussi.

Alors, comment voir l’avenir des handlers? Thierry Miremont pense qu’il faudra s’acheminer vers une nouvelle entreprise "avec d’autres tarifs et moins de personnel. Combien? Mettons un tiers, soit 500 personnes. Les syndicats m’ont dit ce lundi en conseil d’entreprise qu’il fallait prolonger le chômage économique. C’est insensé, c’est une mesure temporaire et on ne voit la reprise qu’en 2022!"

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