Délais de paiement rallongés, la solution de Graydon

Pour Eric Van den Broele (Graydon), il existe un moyen peu coûteux et facile à activer pour sauver des milliers d'entreprises de la faillite post-Covid: leur octroyer des délais de paiement plus larges. ©siska vandecasteele

Le bureau Graydon lance une idée simple pour limiter les faillites: allonger les délais de paiement des entreprises en difficulté envers les entreprises saines. Cela en sauverait des milliers et cela ne coûterait quasi rien au budget de l’État.

Le 17 juin, le moratoire provisoire sur les faillites arrivera à son terme. Le risque est grand qu’ensuite, un grand nombre d’entreprises ne mettent tout de même la clé sous le paillasson. Faute d’avoir pu se redresser à la faveur du déconfinement ou faute d’avoir accumulé suffisamment de réserves pour tenir le choc. Les experts craignent une avalanche de faillites; on pourrait atteindre ou dépasser les 50.000, un afflux tel que les tribunaux de l’entreprise ne pourraient pas suivre.

"Pourquoi ne pas activer les réserves des entreprises saines en faveur des autres entreprises?"
Eric Van den Broele
senior manager R&D, Graydon

Que faire pour empêcher ce scénario catastrophe de se produire? Et pour éviter aussi que des entreprises déjà soutenues par les aides du fédéral, des Régions ou des banques (garantie de crédit) ne piquent malgré tout du nez, par exemple sur requête de créanciers? Au bureau d’analyse des données d’entreprises Graydon, déjà très actif dans l’évaluation des dégâts économiques causés par la pandémie, on planche aussi sur cette question. "Les mesures gouvernementales et régionales ne suffiront pas, il faut s’adresser cette fois à d’autres parties prenantes", souligne Eric Van den Broele, qui dirige le département Recherche & Développement du bureau.

Des entreprises solidaires

Après les autorités, l’administration et les banques qui, en somme, ont déjà donné, les autres "stakeholders" auxquels on songe sont les citoyens et les entreprises. "Les citoyens peuvent contribuer via des formules telles que le tax shelter pour PME qui les encourage à y prendre des participations, mais je crains qu’ils soient peu tentés de le faire en raison des incertitudes, toujours élevées", poursuit l’expert qui prédit un succès limité au système. Restent les entreprises elles-mêmes…

"Pourquoi ne pas encourager les entreprises à la solidarité entre elles?", poursuit-il. "Notre économie compte 29% d’entreprises qui résistent bien à l’impact de la crise et qui disposent toujours de réserves importantes. Un autre bloc égal à 35,3% d’entre elles se trouvent dans une situation intermédiaire, ni très confortable, ni menacée. Pourquoi ne pas activer leurs réserves en faveur des autres entreprises?"

Tout le monde y gagne

"Comme le fonds de garantie bancaire constitué au cœur de la crise, pareille mesure aurait un énorme effet multiplicateur."
Eric Van den Broele
senior manager R&D, Graydon

L’idée développée par Graydon est d’une grande simplicité: il s’agirait d’encourager les sociétés bien portantes à accorder des délais de paiement allongés aux sociétés en difficulté. Passer par exemple de 30 à 90 jours pour régler leurs dépenses. En échange de ce rabiot de 60 jours, les premières obtiendraient un incitant fiscal, égal à ce qu’elles toucheraient pour prêter cet argent sur la même période. Cela ne coûterait quasi rien à l’État et cela pourrait sauver une grande partie des entreprises actuellement sur le fil du rasoir. Outre l’avantage fiscal, les entreprises saines y gagneraient aussi sur deux autres plans: elles contribueraient au maintien de clients solvables et elles renforceraient leur loyauté envers elles.

"Comme le fonds de garantie bancaire constitué au cœur de la crise, pareille mesure aurait un énorme effet multiplicateur", selon Eric Van den Broele. "Et l’on activerait ainsi de l’argent qui sinon continuerait de dormir, qui est mis en réserve et non investi dans l’appareil productif."

Exclure celles qui souffraient avant mars

Il y aurait bien sûr une condition importante à mettre en œuvre pour que le système fonctionne efficacement. Il faudrait en réserver le bénéfice aux entreprises qui n’étaient pas en danger avant la crise. Exactement comme l’avait prévu le Fédéral pour le moratoire sur les faillites. Cela ne devrait pas constituer un obstacle: des outils existent d’une part pour les repérer, et d’autre part cela ne concerne, selon Graydon, que 2,7% du total des entreprises. On pourrait y ajouter d’autres critères, en visant les entreprises socialement saines par exemple.

Pareille mesure ne viendrait pas "doublonner" avec les deux mesures fiscales en préparation au Conseil des ministres (imputation des pertes d’exploitation 2020 sur les bénéfices 2019 et réserve de reconstitution à charge des profits 2021-2023), mais les compléterait utilement.

"Ces mesures fiscales vont aider les entreprises dans un avenir plus lointain, alors qu’un allongement des délais de paiement les aiderait à régler des problèmes qui se posent maintenant", souligne Eric Van den Broele. Elle devrait évidemment être balisée dans le temps: on pourrait l’appliquer par exemple durant une année, étant entendu que durant cette période, les entreprises pourraient l’activer à chaque nouvelle dépense.

"En y recourant, on activerait la solidarité entre entrepreneurs. Une idée encore inédite, mais facile à activer", conclut-il.

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