Delhaize plus souple qu'Engie ou bpost pour le report de congés

Delhaize se montre très ouvert envers son personnel sur le front des congés. Il est vrai qu'il vient de signer un protocole d'accord social qui prévoit notamment des jours de congés supplémentaires. ©REUTERS

La politique de report de congés varie sensiblement d'une entreprise à l'autre. Seul point à faire l'unanimité: tout le monde a besoin de repos...

On entre dans une période de vacances de Pâques comme on n'en a jamais connu: en plein confinement. Dans les entreprises, nombre d'employés qui avaient prévu de prendre congé ont changé d'avis. Ils ont demandé à leur employeur de reporter leurs jours d'avril à plus tard. Mais cela ne fait pas toujours les affaires de la société. Comme on le lira dans l'encadré ci-contre, en dehors des mises en congés collectif du personnel, ni le travailleur ni l'employeur ne peut imposer à l'autre partie de prendre ou de reporter ses congés. Petit tour d'horizon des pratiques dans les entreprises...

"Les collaborateurs qui souhaiteraient annuler leurs congés de Pâques peuvent le faire."
Roel Dekelver
Porte-parole, Delhaize Belgique

Chez Proximus, où 10.000 collaborateurs font du télétravail, la règle est que les personnes qui avaient prévu de prendre congés à Pâques ne puissent pas changer d'avis. "L'objectif est de préserver un équilibre", explique le porte-parole Haroun Fennaux qui rappelle que l'opérateur ne manque pas de boulot. C'est grosso modo le même topo chez bpost, où les 15.000 facteurs et le personnel des centres de tri ont également les mains pleines. "Les congés approuvés le restent", dit bpost. Si quelqu'un insiste, sa demande sera examinée "en tenant compte des besoins liés à sa fonction". Au cas par cas.

Dans la grande distribution, on ne chôme pas non plus. Delhaize applique toutefois une autre stratégie. "Les collaborateurs qui souhaiteraient annuler leurs congés de Pâques peuvent le faire", répond le porte-parole Roel Dekelver. Quant à ceux qui n'ont pas prévu de débrayer, ils se voient suggérer par leur employeur de prendre quelques jours tout de même. "Ils ont beaucoup de travail en ces circonstances exceptionnelles, il serait donc bienvenu qu'ils bénéficient d'un peu de repos."

Cinq jours conseillés chez Engie

La banque Belfius a adopté une position similaire. "Faire un break en cette période souvent stressante et mentalement éprouvante reste important", souligne sa porte-parole, Ulrike Pommée. "Si les collègues ont prévu des congés, nous conseillons de les prendre d’ici fin juin. Pour les autres, nous les invitons à prendre quelques jours."

"On invite tout le monde, cadres et barémisés, à prendre quelques jours, parce que tout le monde a vraiment besoin de repos."
Anne-Sophie Hugé
Porte-parole, Engie Electrabel

Chez Engie Electrabel, les congés déjà introduits doivent être pris, "avec une certaine souplesse pour ceux qui opèrent dans les secteurs essentiels", note la porte-parole Anne-Sophie Hugé. Et comme chez Belfius, le groupe "a invité les autres collaborateurs à prendre quelques jours d'ici la fin du mois", en fonction des nécessités de leurs missions. Dans les coulisses, certains ruminent: "les cadres doivent prendre 5 jours par solidarité avec les barémisés", y colporte-t-on. Cinq jours obligatoires, donc, par empathie avec les gens de terrain et ceux en chômage temporaire. Vrai ou faux? "On invite tout le monde, cadres et barémisés, à prendre quelques jours parce que tout le monde a vraiment besoin de repos", répond la porte-parole. 

Que dit la loi? 

Légalement, un employeur ne peut pas forcer ses travailleurs à prendre des congés à une certaine date ni à les annuler s’il en avait pris. "L’employeur ne peut pas imposer de manière unilatérale la prise de congés à des dates précises", confirme Catherine Legardien, conseillère juridique chez Partena, qui ajoute: "concernant les congés déjà demandés, légalement, lorsqu’un travailleur et son employeur se sont mis d’accord, si l’une des deux parties veut en changer, il faudra l’accord de l’autre partie. Autrement dit le travailleur doit avoir l’accord de son employeur pour annuler ses congés. L’employeur peut alors juridiquement refuser ou accepter son report sans justifier sa décision". 

Au vu des circonstances exceptionnelles, elle invite "les parties à faire preuve de souplesse. L’employeur ne peut pas obliger ses travailleurs à reporter ou à prendre des jours de congés mais il peut le recommander et justifier sa demande. Le tout est de trouver un bon équilibre entre les intérêts de l’entreprise et celui des travailleurs."

Il est également possible de trouver un compromis: si l’employé souhaite par exemple annuler ses deux semaines de congés de Pâques, l’employeur peut accepter de couper la poire en deux et d’annuler une semaine de congé.

          M.R.

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