analyse

Demain, on parlera produit local et état stratège

À Fleurus, l'usine Deltrian va produire 60 millions de masques. Elle répond à une demande de relocalisation de la Région. ©BELGA

La crise a fait naître un sentiment d'urgence autour de la relocalisation de l'industrie stratégique en terre wallonne. Mais elle a aussi donné une envie de promouvoir le local.

Le jour d’après… Il se dessine aujourd’hui. Sans scénario hollywoodien mais avec une crise qui paralyse le monde. Celle du coronavirus et de son "grand confinement". Elle n’a pas encore mis le monde à terre mais cette pandémie renvoie au grand Stratego commercial où l’Europe est pieds et poings liés à la Chine pour son approvisionnement. Cette dépendance a fait de l’usine du monde chinoise le carrefour de la chaîne d’approvisionnement pour de nombreuses entreprises européennes.

Le grain de sable

Tout allait dans le meilleur des mondes jusqu’au jour où la machine s’est grippée avec l’épidémie. Au tout début de la crise, quand le Covid-19 était encore vu comme une affaire locale chinoise, les mesures de confinement en Chine ont mis en péril les chaînes d’approvisionnement d’entreprises européennes. Le virus aux portes de l’Europe, ce sont des produits stratégiques comme les masques qui ont commencé à manquer car l’essentiel de la production mondiale est basé en Chine.

Cette dépendance chinoise a réveillé les esprits protecteurs et a remis en selle l’état stratège. "Le gouvernement (wallon, NDLR) souhaite donner des orientations économiques nouvelles au regard des enseignements tirés de la crise en donnant naissance à un mouvement de relocalisation d’activités industrielles et stratégiques en Wallonie", martelait ainsi le ministre-président Elio Di Rupo jeudi au moment de présenter son plan de relance pour la Wallonie.  

The day after tomorrow

Ce changement de cap est partagé par les entreprises. "Le mode de comportement va changer, les modes de consommation alimentaires vont changer, le tourisme va évoluer", assure Jacques Crahay, patron de l’entreprise alimentaire Cosucra et président de l’Union wallonne des entreprises. "Chaque entreprise doit s’y préparer individuellement. Dès qu’on aura sauvé l’économie, il faudra venir avec des propositions et construire le monde d’après."

"Le mode de comportement va changer, les modes de consommation alimentaires vont changer, le tourisme va évoluer."
Jacques Crahay
Président de l'UVCW et patron de Cosucra

Si Jacques Crahay attend de l’Europe qu’elle joue les chefs d’orchestre après avoir été "inexistante dans la lutte contre la pandémie", à l’échelle de la Wallonie, le patron des patrons a sa petite idée sur la façon dont les choses doivent se reconstruire. "Pour renforcer ses chaînes de valeurs, la Wallonie doit notamment miser sur ses pôles de compétitivité."

Cette reconstruction ne signifie pas que la Wallonie va vivre en autarcie et être autosuffisante. "Elle aura toujours besoin d’échanges commerciaux qui rapprochent les peuples", assure Pascale Delcomminette, l’administratrice déléguée de l’Awex. "Mais il y a une belle opportunité de relocaliser des activités autour de tous nos écosystèmes wallons. Il faudra aussi rechercher de nouvelles filières d’approvisionnement pour nos entreprises afin d’éviter ce qu’on a connu."

"Il faudra aussi rechercher de nouvelles filières d’approvisionnement pour nos entreprises afin d’éviter ce qu’on a connu."
Pascale Delcomminette
Awex

Autour de cette convergence d’idées, bâtie sur les secteurs clés de la Wallonie comme la pharma, l’aérien, les biotech, la défense ou le digital, Jean-Pierre Di Bartolomeo, le directeur général de la Sowalfin, prêche pour un modèle économique "au service des citoyens et de la planète".

"Il faut poursuivre le développement de la chaîne de valeur autour des grands pôles et de nos secteurs clés, en ajoutant des maillons qui permettent, autour de nos secteurs clés, d’exporter les produits."
Dominique Demonté
Agoria

Pour surmonter les obstacles comme celui de la taille critique dans un marché wallon étriqué, Dominique Demonté, le patron d’Agoria en Wallonie, propose une méthodologie. "On doit chercher à relocaliser des activités qui ont un potentiel d’exportation. Il faut poursuivre le développement de la chaîne de valeur autour des grands pôles et de nos secteurs clés, en ajoutant des maillons qui permettent, autour de nos secteurs clés, d’exporter les produits."

Penser local

Dans ce grand Monopoly, le secteur de la construction voit aussi local. "Nous importons entre 40 et 70% de matériaux de construction. Si on parvenait déjà à relocaliser 20% de notre fourniture, cela aurait un impact important sur le plan macro-économique." Mais Francis Carnoy, le directeur de la confédération de la construction en Wallonie pointe aussi la responsabilité des marchés publics qui mettent toujours en avant le prix le plus bas comme critère de choix. "Trouver le fournisseur le moins cher ne permet pas de relocaliser."

"Nous importons entre 40 et 70% de matériaux de construction. Si on parvenait déjà à relocaliser 20% de notre fourniture, cela aurait un impact important sur le plan macro-économique."
Francis Carnoy
Confederation de la construction

D’autres acteurs, comme Michel Calozet, le président de la fédération de l’industrie extractive, épinglent une lassitude administrative. "Il faut redynamiser l’appareil administratif pour avoir des perspectives à moyen terme. Aujourd’hui, obtenir un permis pour exploiter une carrière prend 25 ans. C’est un délai déraisonnable. Pourtant la chaux est un matériau indispensable pour l’épuration de l’eau."

On le voit. Le débat est à peine lancé qu’il anime déjà les acteurs. C’est un signal!

Lire également

Publicité
Publicité