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Des bénévoles pour assurer les premières livraisons à domicile de Colruyt

Le dispositif a été très mal reçu par les syndicats. ©Kristof Vadino

Débordé du fait du confinement, le service Collect & Go de Colruyt ajoute une corde à son arc: la livraison à domicile. Actuellement en phase test dans un magasin de Halle, le dispositif fait bondir les syndicats qui accusent le géant de la grande distribution de profiter indûment d'une main-d'oeuvre gratuite.

Nous l'écrivions déjà il y a quelques semaines, la demande pour les services de livraison à domicile et d'enlèvement de commandes des enseignes de grande distribution a explosé depuis le début du confinement. Chez Colruyt, où les livraisons à domicile ne sont, en principe, pas possibles, la porte-parole Nathalie Roisin ironisait alors sur la situation, expliquant "au début de la crise, la demande affichait 300% voire 400% de ce que nous rencontrons normalement, c'était très compliqué. Aujourd'hui, on tourne à pleine capacité, mais réussir à passer une commande en ligne revient à tenter d'acheter un ticket pour Tomorrowland."

12,50 euros
Le prix du nouveau service de livraison
Pour profiter de ce service de livraison, les habitants de Halle devront s'acquitter de 5,50 euros pour la collecte des courses par un salarié de Colruyt, auxquels s'ajouteront 7 euros d'indemnité à l'endroit du livreur.

Face à ce constat, le groupe a décidé d'agir, sans pour autant que cela ne se matérialise par l'engagement de main-d'œuvre supplémentaire. En l'espèce, le magasin Colruyt de Halle a été sélectionné comme laboratoire pour un nouveau service de livraison à domicile. La subtilité: ce sont des bénévoles, et non des employés, qui s'acquitteront d'apporter les marchandises aux clients désireux d'éviter les files des supermarchés.

Le service passera par la plateforme "Collect & Go" de l'enseigne et coûtera la bagatelle de 5,50 euros, soit les frais de services classiques pour la collecte des courses par les salariés de Colruyt, auxquels s'ajouteront 7 euros d'indemnité destinés au livreur, "bénévole" donc.

Grogne syndicale

Ce service, qui ravira les habitants de la commune de Halle, a suscité l'indignation des syndicats du secteur. Pour Myriam Delmée, la secrétaire générale du Setca, "ce dispositif est un scandale puisqu'il permet à une grande enseigne de bénéficier d'une législation qui ne devrait pas lui être destinée". Ici, les mots qui fâchent sont: "économie collaborative".

"Ce dispositif est un scandale puisqu'il permet à une grande enseigne de bénéficier d'une législation qui ne devrait pas lui être destinée."
Myriam Delmée
Secrétaire générale du Setca

En effet, en attachant cette appellation à son nouveau service, Colruyt peut, en toute légalité, recourir aux services de bénévoles pour effectuer la livraison de marchandises au domicile de ses clients. Là aussi, la pilule a du mal à passer du côté du Setca. "Reconnaître Colruyt comme une plateforme d'économie collaborative est une aberration. Je ne comprends pas qu'un des plus gros acteurs du secteur puisse se permettre de faire travailler des gens à moindre coût", tonne encore Myriam Delmée.

"Reconnaître Colruyt comme une plateforme d'économie collaborative est une aberration."
Myriam Delmée

Chez Colruyt, où l'on concède que l'expérience pourrait être répliquée en d'autres localisations en fonction des résultats, on met l'accent sur le rôle de l'entreprise en tant que plateforme facilitant la mise en contact entre les clients et les livreurs. "Le but est de faciliter la vie des gens", avance la porte-parole.

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