Des doutes autour du vaccin russe contre le Covid-19

Alors que plusieurs recherches de vaccins avancent dans leur phase de tests, la Russie surprend en annonçant avoir inventé le premier vaccin contre le Covid-19. ©REUTERS

Ce mardi, Vladimir Poutine a annoncé que la Russie avait développé le premier vaccin contre le Covid-19. Le doute plane sur sa qualité, efficacité et sûreté.

"Ce matin, pour la première fois au monde, un vaccin contre le nouveau coronavirus a été enregistré", a annoncé ce mardi Vladimir Poutine. Dans son allocution, le Président russe affirme que le vaccin produirait une "immunité durable" face au Covid-19, et ce pendant deux ans. Un exploit? Pas vraiment.

Baptisé "Spoutnik V", le vaccin russe entre mercredi dans la troisième phase de tests, selon les autorités. Cette phase finale consiste à tester le vaccin sur plusieurs milliers de volontaires. Le but étant d'observer si aucune infection ne se produit.

Dans le monde, six autres vaccins ont déjà commencé cette phase finale depuis plusieurs semaines. Si aujourd'hui, Poutine pense avoir gagné la course au vaccin, c'est parce qu'il a franchi une ligne d'arrivée qu'il a tracée avant les résultats des tests cliniques.

Le vaccin russe est-il prêt?

"Nous espérons vraiment qu'en septembre, ou même fin août début septembre, le vaccin soit produit et la première catégorie à être vaccinée sera le personnel médical."
Tatiana Golikova
Vice-Premier ministre en charge des questions de Santé

Pour la Russie, suffisamment. Pour l'Organisation mondiale de la santé (OMS), non.

La Russie a annoncé ne pas vouloir attendre les résultats de la dernière phase de tests avant de commencer la production. Dès cet automne, le pays compte vacciner son personnel soignant, ainsi que ses enseignants dès que possible. Le reste de la population russe devra attendre 2021.

Sans résultats officiels des tests cliniques sur l'efficacité et la sûreté du vaccin, "Spoutnik V" ne sera pas homologué auprès de l'OMS. Les tests humains ont duré moins de deux mois à ce jour, c'est trop peu pour garantir son efficacité.

Est-ce que le vaccin "Spoutnik V" est risqué?

Oui. La dernière phase des tests cliniques a pour objectif d'étudier les effets secondaires chez plusieurs groupes de personnes. En lançant la production avant un test à grande échelle, il n'est pas possible de garantir l'efficacité, ainsi que la sûreté du vaccin.

Pour l'OMS, il faut maintenant recueillir l'information nécessaire sur le vaccin russe. "Nous sommes en contact étroit avec les Russes et les discussions se poursuivent. La pré-qualification de tout vaccin passe par des procédés rigoureux", a rappelé Tarik Jasarevic, le porte-parole de l'OMS. Lors de ces procédés, les données de tous les tests cliniques seront analysées afin de vérifier la qualité du vaccin.

Pourquoi cette annonce?

Depuis quelques semaines, la recherche pour un vaccin contre le nouveau coronavirus s'intensifie. Plusieurs entreprises ont annoncé avoir des premiers résultats prometteurs. En tête des 26 vaccins en phase de tests, on retrouve la Chine (3), le Royaume-Uni (1), les États-Unis (1), l'Allemagne (1). Quant à la Russie, elle en était seulement au début des tests cliniques, il y a 10 jours.

Alors que beaucoup espèrent bientôt voir des résultats définitifs, la Russie a décidé d'approuver son vaccin et de le présenter comme le "premier". Berlin émet des doutes. "Il n'y a pas de données connues concernant la qualité, l'efficacité et la sécurité du vaccin russe", a affirmé le porte-parole du ministère de la Santé allemand.

"Il n'y a pas de données connues concernant la qualité, l'efficacité et la sécurité du vaccin russe."

Quand sera officiellement prêt un vaccin?

Pour les vaccins les plus avancés dans les tests, les résultats sont attendus cette année: entre novembre et décembre pour l'américain Moderna Inc, et dès août pour le Britannique AstraZeneca Plc. Pour les autres, il faudra attendre 2021.

Si les résultats sont positifs pour les vaccins en phase finale, leur distribution à grande échelle pourra débuter, mais pas avant le début de l'année prochaine. En attendant, plusieurs pays commencent à acheter des doses auprès des entreprises. C'est aussi le cas pour "Spoutnik V" qui aurait plus d'un milliard de doses déjà précommandées.

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