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analyse

Des milliards d'euros d'aide ou la protection judiciaire pour Lufthansa

©Tim Dirven

C'est la dernière ligne droite pour Lufthansa qui négocie tous azimuts pour obtenir 9 milliards d'euros d'aides de l'Allemagne. Mais le groupe craint une ingérence étatique qui nuirait à sa compétitivité et envisage donc aussi l'insolvabilité.

Le compte à rebours tourne pour Lufthansa et ses liquidités. La maison mère de Brussels Airlines a fait savoir la semaine passée que son cash arriverait à épuisement fin mai. Une réalité qui met la pression sur toutes les parties prenantes autour de la table des négociations

Lufthansa pourrait bénéficier d'un plan de soutien à hauteur de 9 à 10 milliards d'euros selon les sources. Les discussions sont toujours en cours, même si on a cru un temps qu'un deal avec les pouvoirs publics allemands serait annoncé ce mardi. 

Pour Carsten Spohr, il "serait difficile de diriger" Lufthansa si les États avaient une trop grande influence dans le groupe.

Le site d'information économique Business Insider, citant des sources au sein de la compagnie aérienne, avait ainsi rapporté qu'un accord serait scellé dans la journée de mardi. Selon "Business Insider", en échange de l'aide, l'accord octroierait aux pouvoirs publics une minorité de blocage et deux sièges au conseil de surveillance de la compagnie.

Mais d'autres sources de presse sont rapidement venues éteindre ces rumeurs d'accord et ont précisé que la chancelière allemande, Angela Merkel, devait s'entretenir ce mardi avec le président du directoire de Lufthansa, Carsten Spohr, sans pour autant viser la conclusion d'un accord.

Carsten Spohr est, lui, sorti du bois dans "Die Zeit". Il y estime notamment que sa compagnie serait difficile à gérer si Berlin devait exercer trop d'influence sur les opérations. Surtout si d'autres pouvoirs publics d'Autriche, de Suisse, de Belgique, sans compter les États fédéraux allemands de Bavière ou de Hesse demandaient aussi leur part d'influence dans la compagnie. "Vous pouvez difficilement diriger un groupe de cette façon", a indiqué le CEO. 

La piste de l'insolvabilité

En d'autres termes, ceux qui voient la Belgique accéder aux organes décisionnels de Lufthansa en échange d'une aide doivent faire la grimace. Lufthansa voudra bien parler des conditions des aides et des contreparties, mais ne veut pas voir les États lui dicter ses choix stratégiques

Car Lufthansa craint que l'arrivée des politiques à son conseil de surveillance ruine sa compétitivité par la suite, notamment face à Ryanair en Europe ou les concurrents américains et asiatiques à l'international. Chez Air France-KLM, la France est déjà bien présente au conseil d'Air France. Un plan à 11 milliards d'euros de crédits et garanties a été conclu avec le concours des Pays-Bas.

Le jeu est risqué, car d'aucuns craignent que les compagnies aériennes mettent très longtemps à se remettre de cette crise et qu'elles ne deviennent des puits sans fonds pour les budgets nationaux, alors que personne ne sait quand l'aviation pourra reprendre des couleurs. Rappelons qu'avec la majorité de ses avions au sol, les demandes de remboursement des billets et des réservations au point mort, Lufthansa a indiqué perdre actuellement un million d'euros par heure.

Le groupe Lufthansa a donc une autre corde à son arc, celle de la protection judiciaire. Lufthansa étudie en effet la possibilité de se déclarer insolvable, alors que les discussions avec l'État allemand entrent dans leur dernière ligne droite. De cette manière, le management de Lufthansa veut se laisser plusieurs possibilités de sortie de crise, a confirmé un porte-parole de l'entreprise. 

Lufthansa, comme Air France-KLM est souvent considérée comme "too big to fail", laissant entendre que, quelle que soit la forme, l'Allemagne ne laissera jamais tomber cette société.

On ne peut s'empêcher de voir dans cette information une certaine forme de pression de la compagnie privée qui ne veut pas tout se faire dicter dans ses négociations avec l'Allemagne. Surtout que si Lufthansa se met sous protection judiciaire, ses commandes en cours de quelque 160 avions ne seront pas honorées, ce qui mettrait la pression sur toute la filière aéronautique européenne.

Lufthansa tente de rassurer les Belges

Le groupe aérien Lufthansa n'abandonnera pas Brussels Airlines. C'est ce qu'écrit Carsten Spohr, patron du groupe, dans une lettre adressée à la Première ministre Sophie Wilmès et dont la VRT a pu prendre connaissance, ce mardi. Lufthansa a en effet indiqué qu'il allait être à court de liquidités d'ici la fin du mois de mai. Pour Brussels Airlines, cela pourrait même arriver plus tôt. 

La compagnie belge est déjà allée frapper à la porte du gouvernement. Mais, la semaine dernière, le vice-Premier ministre Alexander De Croo affirmait qu'aucun accord n'était conclu. Le chiffre de 290 millions d'euros d'aides circule. Dans celui-ci, une enveloppe de 200 millions d'euros en crédit-pont pour passer la crise était prévue et Lufthansa espérait aussi une aide directe de 90 millions d'euros.  

Une demande qui faisait grincer des dents en Belgique, nous revient-il: les négociateurs estiment qu'une injection directe dans la compagnie doit venir de la maison-mère. En attendant, les discussions entre la Belgique et Lufthansa sont en pause. 

Dans sa missive, le CEO du groupe espère certains éclaircissements. "Le plus important est que nous restions bénéficiaires et que notre position concurrentielle soit préservée en tant que groupe." La position de Spohr est claire: le groupe doit rester un groupe. Pas question de se défaire de Brussels Airlines. Le CEO précise encore dans sa lettre que l'éventuelle aide de l'État belge ne sera attribuée qu'au seul redressement de Brussels Airlines.

Une des craintes côté belge est de voir l'aide belge être siphonnée par le groupe. 

Surtout que les intentions allemandes envers la compagnie belge n'ont pas toujours été évidentes ces dernières années. Brussels Airlines, un temps adossée à Eurowings, a finalement reçu une certaine dose d'indépendance. Brussels Airlines peinait à être rentable et était donc en pleine restructuration. 

Hub aéroportuaire

Au passage, pour la Belgique, il s'agit aussi d'aider Brussels Airport. L'idée est de défendre Zaventem comme hub de transport de passagers. TUI Fly est donc aussi dans l'équation. Et il se murmure aussi qu'il n'est pas question pour les Belges de se prononcer sur une aide de Brussels Airlines sans savoir ce que l'État allemand va concocter.

Surtout que le dossier est délicat, car certains estiment qu'il ne faut pas sauver les entreprises polluantes ou étrangères avec l'argent des contribuables belges. En plus, on sait qu'une fois sauvée, Brussels Airlines devra couper sévèrement dans son personnel et ses activités. On parle de 25% de coupes.

 

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