Des montagnes de patates, le lourd tribut des agriculteurs au Covid

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La Belgique se trouve face à un excédent de 750.000 tonnes de pommes de terre dont elle ne sait que faire. En cause: l’arrêt des cuisines de collectivité, qui contraint l’industrie à tourner au ralenti.

Avec ses 100.000 hectares de surface cultivée, la pomme de terre représente une bonne moitié de la valeur de production totale des cultures du pays. Mais le confinement a impacté les modes de consommation. Les producteurs n’ont plus la patate.

Premier exportateur mondial de produits surgelés à base de pommes de terre, la Belgique subit de plein fouet l’impact de la crise du Covid-19. La fermeture des cantines d’écoles, des restaurants d'entreprise et de l’horeca a contraint l’industrie transformatrice à ralentir la cadence.

30% de la production

La production normale de pommes de terre tourne autour de 5 millions de tonnes par an, pour un chiffre d’affaires de plus de 1,5 milliard d’euros. Mais l’industrie tourne actuellement à 30% de sa capacité. Selon les producteurs, la consommation mondiale de frites surgelées a chuté de plus de 40%. Un coup dur pour les gros acteurs que sont Lutosa (McCain), Clarebout Potatoes ou encore Agristo.

1,5
milliard €
La production normale de pommes de terre représente un revenu de plus de 1,5 milliard d’euros.

Le problème ne concerne pas les pommes de terre destinées au marché frais et à la fabrication de chips. Confinés chez eux, les ménages consomment davantage de pommes de terre et de chips. Le hic, c’est que les pommes de terre de transformation accaparent 80% de la production belge. Et les variétés destinées à la production de frites surgelées ne conviennent généralement que pour cet usage.

Surplus

Se pose dès lors la question des débouchés pour ces milliers de tonnes d'excédents non vendus, un problème qui touche aussi bien la Belgique que ses voisins. Chez nous, les surplus non écoulés atteignent 750.000 tonnes, pour une valeur de 125 millions d’euros, selon l’organisation interprofessionnelle de la pomme de terre (belpotato.be).

125
millions €
Les surplus de pommes de terre atteignent 750.000 tonnes, pour une valeur de 125 millions d’euros.

"Nous espérons toujours un redémarrage de la transformation, mais on sait déjà qu’on ne pourra pas rattraper le retard subi, d’autant que les semis pour les récoltes de l’été et de l’automne ont déjà été faits", souligne Marianne Streel, présidente de la Fédération Wallonne de l’Agriculture (FWA).

Les solutions envisagées ne permettent qu’une résolution partielle du problème. La transformation en fécule, obtenu après séchage des pommes de terre, en est une. Mais la capacité belge est limitée. Il y a aussi l’alimentation animale et les dons aux banques alimentaires. Mais dans ce cas, on ne parle que de quelques centaines de tonnes.

"Nous espérons un redémarrage, mais on sait déjà qu’on ne pourra pas rattraper le retard."
Marianne Streel
Présidente de la Fédération Wallonne de l’Agriculture (FWA)

La biométhanisation permettrait d’écouler jusqu’à 20.000 tonnes, mais selon belpotato.be, la pomme de terre ne se prête guère à une conversion en bioéthanol, sa teneur en matière sèche étant trop faible.

Les Pays-Bas, qui se trouvent face à un million de tonnes de surplus, ont choisi de subventionner la destruction des stocks non vendus. Un choix que les agriculteurs belges refusent de cautionner. La question a été portée au niveau européen: la Commission, qui a inscrit la pomme de terre sur la liste des secteurs fortement touchés par la crise, devrait prendre des mesures de soutien.

Impact sur le lait

La situation sur le marché du lait met elle aussi le monde agricole en ébullition. La brusque chute de consommation après la fermeture des restaurants et cantines a entraîné une surproduction, et par ricochet une baisse des prix. Fin avril, le litre de lait était revenu à 32,90 centimes d'euro (-5%). Cela "alors que nos coûts de production sont de 0,40 euro par litre", rappelle Erwin Schöpges, président de l'European Milk Board (EMB) et membre du syndicat belge de producteurs laitiers MIG.

"Nous demandons une aide pour les producteurs qui accepteraient de réduire leur production."
Marianne Streel

La Commission a autorisé le stockage de 90 millions de kilos de lait en poudre, de 140 millions de kilos de beurre et de 100 millions de kilos de fromage. Mais les producteurs n'en veulent pas, estimant que cette mesure favorise d'abord les industriels. "Nous demandons à l'Europe de mettre en place un système d'aide conjoncturelle aux producteurs qui accepteraient de réduire leur production", précise Marianne Streel.

Horticulture | Fraises et asperges dans les paniers

Le problème de la pénurie de saisonniers, majoritairement étrangers, dans le secteur horticole est en grande partie résolu. Les mesures adoptées par le gouvernement fédéral ont permis d'assurer une récolte quasi-normale des fraises et de limiter les pertes dans les ramassages d'asperges.

"La saison n'est finalement pas mauvaise, même si le temps un peu frais nuit à la production de fraises", dit Claude Vanhemelen, secrétaire générale de la Fédération Wallonne Horticole (FWH).

En Wallonie, les mesures prises (doublement du nombre de jours de travail saisonnier autorisés, facilités pour les chômeurs temporaires et les étudiants...) ont permis de répondre aux besoins des petites exploitations, qui assurent notamment une bonne partie de la production de fraises wallonnes.

Les grandes exploitations bénéficient depuis le 1er mai d'une autorisation d'accès au territoire pour les saisonniers étrangers. 

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