Devons-nous coudre des masques ce weekend?

Si vous devez absolument sortir de chez vous, est-il conseillé de porter un masque? ©Photo News

Le personnel médical a besoin de masques, les citoyens veulent aussi se protéger. Les masques de tissu faits maison sont-ils une bonne idée?

Les masques de protection représentent un des gros défis dans la lutte contre l'expansion du coronavirus. D'abord, et surtout, pour le personnel médical, qui doit pouvoir se protéger tout en traitant les patients. Problème: la Belgique n'a pas de production propre pour ce type de matériel et il y a une pénurie au niveau mondial.

La bonne nouvelle, c'est que 5 millions de masques sont arrivés de Chine dans la nuit de jeudi à vendredi. D'autres livraisons sont attendues. Mais de quel stock la Belgique aura-t-elle besoin? Cela dépendra de l'ampleur de l'expansion du Covid-19. Les prochains jours seront cruciaux puisque le pic de l'épidémie est attendu incessamment.

Face au manque de masques, les initiatives citoyennes ont vite fleuri: on sort les machines à coudre. Pour aider le personnel médical, mais aussi à destination des particuliers. Bonne idée? "N'importe quoi!", entend-on. Pourtant, le SPF Santé publique, lui-même, a proposé un tutoriel pour fabriquer ces masques... Qui croire? Que faire? Devons-nous fabriquer nos propres masques? Intégrer une équipe de bénévoles pour coudre à la chaîne?

"Mieux que rien"

Jean-Luc Gala, professeur à la Faculté de médecine de l'UCLouvain, fait le tri entre le vrai et le faux. Il a notamment travaillé en Afrique et connaît donc bien les systèmes D mis en place face aux pénuries de matériel...

Bien sûr, rappelle-t-il, les masques de sécurité FFP2 et FFP3, avec un très haut niveau de filtration, sont l'idéal. "Mais ici, nous parlons d'une situation d'urgence où l'on n'a pas accès au matériel nécessaire... En Afrique, dans les pays démunis, le masque fait main est une réalité quotidienne pour les médecins et soignants qui sont terriblement exposés. Et c'est mieux que rien!"

"Je préconise le masque avec une double couche de tissu, comprenant une poche interne entre les deux couches afin d'y glisser un filtre."
Jean-Luc Gala
Professeur à la Faculté de médecine de l'UCLouvain

Aider les soignants

Quel type de masque fait maison doit-on fabriquer? "Dans ce cadre, il n'y a pas de normes standard. Je préconise le masque avec une double couche de tissu, comprenant une poche interne entre les deux couches afin d'y glisser un filtre." L'idéal, c'est le filtre utilisé dans le secteur médical: "Il est possible de réutiliser des filtres qui ont servi, mais pas dans le contexte d'une contamination au coronavirus. On peut les restériliser."

Au niveau du tissu, le professeur Gala précise que l'important, c'est la qualité du filtre. Si l'on ne dispose pas d'un filtre spécial, il propose d'utiliser le plus fin maillage possible. "C'est ce constituant qui va filtrer. Il n'arrêtera pas complètement le virus, ce n'est pas parfait." Et donc, pour les deux autres couches de tissu, "des morceaux de drap de lit, c'est suffisant", assure-t-il.

Bref, c'est donc bien possible d'aider le personnel médical à se protéger dans un contexte de pénurie: "Toute initiative citoyenne est bienvenue", assure Jean-Luc Gala.

Et pour les particuliers?

"Tout le monde peut porter un masque à condition qu'il ait bien compris les limites de son efficacité, les conditions d'hygiène et le mode d'utilisation."
Jean-Luc Gala
UCLouvain

Quid de l'intérêt de ce type de masque "maison" pour les particuliers? "Il ne faut pas en porter sauf si l'on est infecté", rappelle le professeur spécialiste des maladies infectieuses. "Dans ce cas, en guise de filtre, vous pouvez utiliser du papier absorbant, comme du papier de cuisine. Ça peut servir si vous toussez, que vous semblez juste souffrir d'une rhinite, et que, dans le contexte actuel, votre état inquiète votre entourage..." Alors, changez le papier absorbant du filtre "au gré des quintes de toux", avec les précautions d'usage en termes de lavage des mains bien sûr.

Il faut également laver le masque régulièrement. "Je rappelle que le virus ne résiste pas à l'eau et au savon! Vous pouvez donc même laver votre masque à froid."

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Les experts déconseillent les masques à la population non infectée. Pourtant, de nombreux citoyens qui s'aventurent à l'extérieur en portent. Où est le problème? "Le problème est que le masque confère un sentiment de fausse sécurité", regrette Jean-Luc Gala. "Il ne faut pas imaginer que parce que l'on porte une protection, on peut se promener partout." L'autre risque, c'est que si tout le monde adopte le masque... la pénurie ne pourra que s'accroître.

Mais si chacun se met à fabriquer son propre masque, il n'aggravera donc pas le manque de matériel disponible pour le personnel médical. "En effet. Donc, tout le monde peut porter un masque à condition qu'il ait bien compris les limites de son efficacité, les conditions d'hygiène et le mode d'utilisation."

Pour l'utiliser correctement, il faudra que le masque soit propre, qu'il couvre complètement le nez et la bouche, qu'il soit remplacé et lavé très régulièrement. Employé de la sorte, oui, le masque fait main diminuera le risque de contagion... sans assurer une protection totale. 

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