Didier Raoult: "La description du nouveau coronavirus a entraîné une hystérie mondiale"

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Dans son dernier livre, Didier Raoult, directeur de l'institut hospitalo-universitaire Méditerranée Infection à Marseille, revient sur les dernières crises sanitaires que le monde a connues. Il y évoque le nouveau coronavirus, dont la description a entraîné, selon lui, "une hystérie mondiale".

Le professeur Didier Raoult, directeur de l'institut hospitalo-universitaire (IHU) Méditerranée Infection à Marseille et ardent défenseur de l'usage de la chloroquine dans le traitement du coronavirus, apparaît tour à tour comme l’homme providentiel, un scientifique atypique ou un charlatan. Dans son dernier livre – "Épidémies: vrais dangers et fausses alertes" (aux éditions Michel Lafon) –, il passe en revue les différentes épidémies et crises sanitaires que le monde a connues ces dernières années. Sont ainsi évoqués le virus Ebola, la grippe HIN1, le Sras, mais aussi la canicule de 2003. Et, bien entendu, le coronavirus.

Les coronavirus sont "très répandus"

Le chapitre 8, qui concerne les coronavirus, suscite évidemment le plus de curiosité étant donné la situation actuelle. "Les coronavirus (du latin corona) sont une très large famille de virus qui doivent leur nom au fait qu’ils semblent dotés d’une couronne. Ce sont des virus très répandus qui atteignent aussi bien les oiseaux que les mammifères, et certains d’entre eux ont une transmission interhumaine. Ces derniers sont fréquents, tuent de temps en temps, mais sont complètement ignorés de la presse et de la plupart des autorités sanitaires du monde. Ce qui est vraiment étrange, car les coronavirus constituent la troisième cause d’infection respiratoire virale", peut-on y lire.

"On ne peut pas étendre l’épidémiologie de ce que l’on voit dans un endroit au reste du monde."

Le professeur Raoult identifie plusieurs formes du virus, dont le désormais tristement célèbre Covid-19. "La description de ce nouveau virus par la Chine a entraîné, comme on le sait, une hystérie mondiale en dépit du fait que très rapidement on ait identifié que la mortalité était moindre que celle annoncée au départ. Elle rejoindra probablement la mortalité de la grippe, qui est aux alentours de 0,1%."

"Des maladies d'écosystème"

Il rappelle que le mode de transmission soulève de nombreuses ambiguïtés. "Parmi les causes de transmission, il y a celle entre les êtres humains, mais tous les humains ne transmettent pas la maladie de la même manière. Il faut toujours avoir à l’esprit que les maladies infectieuses sont des maladies d’écosystème. La vision pasteurienne - un microbe, un homme, point final - comme celle de Koch, sont des notions intéressantes mais elles datent du 19e siècle, elles n’expliquent qu’une petite partie des choses (…) on ne peut pas étendre l’épidémiologie de ce que l’on voit dans un endroit au reste du monde."

Qu’en conclut-il? "Cette dernière épidémie, celle du coronavirus chinois, deviendra un autre modèle de distorsion. C’est une maladie qui a sévi en Chine où 90% des cas ont eu lieu, et qui a fait moins de 4.000 morts dans le monde au 5 mars 2020, avec une mortalité de 1,3% dans les pays de l’OCDE. Cette mortalité est comparable à celle des 4 coronavirus circulants (0,8%), qui, eux, sont associés partout dans le monde avec à peu près 10% des infections respiratoires qui tuent 2,6 millions de personnes par an."

"Cet événement aura confirmé pour moi qu’il y a plus de vérités dans les réseaux sociaux et que la labellisation 'fake news' est parfois l’arme désespérée de certains médias pour continuer à exister."

"Disproportion entre réalité et bruits"

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Mais comment, dès lors, expliquer cet emballement? "Il y a dans cette disproportion entre réalité et bruits plusieurs éléments: la peur des maladies nouvelles, l’intérêt des laboratoires qui vendent des antiviraux (Gilead a fait une progression boursière spectaculaire), l’intérêt de ceux qui produisent des vaccins par précaution (bien que l’on ne sache pas si la maladie sera encore là dans un an), de ceux qui sont heureux d’être sur un plateau de télévision comme experts virtuels, de ceux qui font de l’audimat sur la peur, et de ceux qui se voient en sauveurs providentiels. Cet événement aura confirmé pour moi qu’il y a plus de vérités dans les réseaux sociaux et que la labellisation 'fake news' est parfois l’arme désespérée de certains médias pour continuer à exister."

On voit bien comment ce genre de propos peuvent séduire les complotistes dont il est aujourd'hui, sans doute bien malgré lui, devenu le porte-drapeau. Loin de faire l’unanimité, le traitement à la chloroquine, par l'effet de sa surmédiatisation, est désormais bien plus qu'un débat scientifique. C’est la méthodologie du professeur Raoult mais aussi sa vision de la médecine qui divisent la communauté scientifique. La crise du Covid-19 donnera-t-elle lieu à un grand débat autour de la recherche médicale? L’avenir nous le dira.

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