Distilleries, raffineries et parfumeurs fabriquent le précieux gel

Hendrik Beck a redirigé une partie de la production à la Distillerie Rubbens vers la fabrication de désinfectant. ©REUTERS

On manquait de gel de désinfection? Plusieurs grandes et petites entreprises ont pris l'initiative d'en produire elles-mêmes en réaffectant une partie de leurs lignes de production. Et, pour la plupart, de livrer le précieux produit gratuitement.

Ces derniers jours, on a commencé à manquer un peu partout de gel hydroalcoolique, ce produit qui permet de se désinfecter les mains. En réaction à ce début de pénurie, une série d'entreprises ont décidé, à leur propre initiative, de rediriger une partie de leur production vers la fabrication du précieux désinfectant. 

"La semaine dernière, nous produisions du gin. Maintenant nous embouteillons de l'alcool de désinfection."
Hendrik Beck
directeur, Distillerie Rubbens

Le géant français du luxe LVMH a montré l'exemple il y a huit jours en annonçant qu'il produirait du gel hydroalcoolique en grande quantité dans les chaînes de trois de ses marques de parfums et cosmétiques en France, Christian Dior, Guerlain et Givenchy. Le groupe a précisé qu'il le livrerait gratuitement aux hôpitaux parisiens et aux autorités sanitaires françaises.

En Belgique, les premiers à réagir ont été trois distilleries flamandes et une wallonne: Rubbens à Wichelen, De Moor à Alost, Filliers à Deinze et Biercée à Thuin. "Les hôpitaux ont commencé à nous appeler pour nous demander si nous avions de l'alcool", a expliqué à Reuters Hendrik Beck, le directeur de la Distillerie Rubbens. "La semaine dernière, nous produisions du gin. Maintenant nous embouteillons de l'alcool de désinfection. C'est plutôt étrange pour nous, mais nous sommes heureux d'aider les gens."

Aide aux pharmaciens

À la Distillerie de Biercée, c'est le coup de fil d'un médecin du Centre hospitalier Marie Curie qui a donné l'idée: "Il nous a demandé de l'alcool pour fabriquer des tests de dépistage", y dit-on. La filiale de la Brasserie des Légendes a répondu présente et a livré 80 litres d'éthanol à l'hôpital, de quoi réaliser de nombreux tests. L'entreprise a poursuivi sur sa lancée en décidant de donner des centaines de litres d'alcool pur aux pharmacies, afin qu'elles puissent composer du gel dans leur officine.

Et puis ce lundi, deux industriels s'y sont mis aussi, le groupe de produits de beauté français L'Oréal et la Raffinerie Tirlemontoise, filiale belge de l'allemand Südzucker. L'Oréal va concentrer son effort en direction des hôpitaux, maisons de repos et pharmacies partenaires en Europe, ainsi que vers ses clients dans la distribution alimentaire: il s'est engagé à leur distribuer gratuitement plusieurs millions d'unités. En Belgique, il livrera ses gels aux autorités, qui les redistribueront aux hôpitaux selon les besoins.

Du sucre au gel

De son côté, la Raffinerie Tirlemontoise a commencé à produire ce lundi du gel désinfectant dans son usine d'agrocarburant de Wanze (BioWanze). Et elle espère faire de même dans son unité d'Oostkamp, en Flandre, dès qu'elle aura obtenu le feu vert des autorités régionales. Il faut savoir que Wanze disposait déjà d'une partie des autorisations nécessaires du fait qu'elle produisait déjà de l'alcool, tandis qu'Oostkamp ne faisait jusqu'ici que raffiner du sucre.

"À court terme, nous allons en livrer aux hôpitaux qui l'ont demandé à Tirlemont et à Wanze, mais ensuite on va le mettre à disposition des pouvoirs publics, qui géreront sa distribution."
Jean-Luc Claes
Directeur juridique, Raffinerie Tirlemontoise

À BioWanze, le gel sera produit à partir d'éthanol de blé et de betterave; 2.000 litres y seront mis en bouteille à titre d'essai, puis l'entreprise va augmenter graduellement sa production, qui sera livrée gratuitement aux autorités. Quand Oostkamp aura reçu le "nihil obstat" de la Région, le groupe sera en mesure de doubler son volume de production. 

"Nous avons reçu beaucoup de demandes de gel de la part d'hôpitaux et de responsables de maisons de repos, mais choisir entre eux est trop difficile", souligne Jean-Luc Claes, le directeur juridique de la Raffinerie. "À court terme, nous allons en livrer aux hôpitaux qui l'ont demandé à Tirlemont et à Wanze, mais ensuite on va le mettre à disposition des pouvoirs publics, qui géreront sa distribution." Impossible selon lui d'évaluer aujourd'hui ce que cela coûtera à l'entreprise. "C'est notre contribution au pays en ces moments difficiles", conclut-il.

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