Durement touché, l'intérim ne devrait rebondir qu'en 2021

Les travailleurs intérimaires servent de variable d'ajustement à la hausse comme à la baisse. La chute du mois de mars aura touché quelque 54.000 équivalents temps plein du secteur en Belgique, soit beaucoup plus en emplois totaux. ©BELGAIMAGE

Durement frappé par la crise, le secteur du travail intérimaire a perdu 45% de son activité en quelques semaines. Soit 54.000 équivalents temps plein, ou plus de 300.000 jobs. Il veut participer à la relance, mais sera réactivé progressivement. Les chômeurs temporaires seront les premiers réemployés.

Le secteur du travail intérimaire a été fort impacté par la crise et l’entrée en confinement des entreprises. Normal, puisqu’il sert classiquement de " soupape ": quand l’économie va bien, les employeurs commencent par engager des intérims et inversement, quand l’économie s’enraie, ils commencent par remercier ceux-ci.

On l’observe au niveau mondial... "L'impact rapidement croissant du Covid-19 a entraîné une décélération sans précédent de l'activité commerciale", a souligné mercredi Jacques van den Broek, le directeur exécutif du groupe Randstad. "Au cours de la seconde moitié de mars, le chiffre d'affaires du groupe a diminué d'environ 30%, avant que les mesures de confinement ne s'intensifient durant les premières semaines d'avril." Pour info, Randstad fait partie des trois plus gros groupes d’intérim au monde, avec Manpower et Adecco.

La chute d’activité entre le début et la fin du mois de mars est évaluée à 45% par Federgon, la fédération du secteur.

Et on l’observe avec plus d’acuité encore au niveau belge... La chute d’activité entre le début et la fin du mois de mars est évaluée à 45% par Federgon, la fédération du secteur. " La baisse est apparue soudainement à l’entrée de la troisième semaine de mars, explique sa directrice An Cattelain. Elle s’est produite rapidement, puis depuis le début d’avril on observe une stabilisation. " Le secteur emploie 720.000 personnes dans notre pays (2018), dont 460.000 intérimaires professionnels et 260.000 étudiants. Beaucoup d’entre eux travaillent à temps partiel. En équivalents temps plein, le total revient à 119.939 emplois. En conséquence, une chute de 45% des heures prestées représente 54.000 emplois temps plein. Selon la même règle de trois, 324.000 personnes seraient concernées sur les 720.000.

Chômeurs temporaires bien placés

La chute a frappé diversement les entreprises d’intérim selon leurs spécialisations. Dans les titres services, l’arrêt a été presque total. Idem pour les agences tournées vers l’horeca. " Les grandes sociétés généralistes s’en sont mieux sorties ", souligne Philippe Lacroix, directeur général de ManpowerGroup Belux.

"Les clients employeurs qui ont permis de placer leurs intérims en chômage temporaire voulaient les conserver et comptent donc les réemployer dès la reprise, ce qui est une bonne nouvelle."
An Cattelain
directrice, Federgon

Une partie des intérimaires touchés se sont retrouvés en chômage temporaire. Impossible à dire combien. " S’ils y sont, c’est à la demande des clients qui les emploient, explique An Cattelain. Cela signifie que ces derniers voulaient les conserver et qu’ils comptent les réemployer dès la reprise, ce qui est une bonne nouvelle. " Les autres ont dû se tourner vers le chômage complet.

Le rebond l’an prochain

" La reprise ne sera sans doute pas totale, poursuit Cattelain. Des secteurs vont redémarrer avec moins d’équipes, comme l’automobile, en raison de la distanciation. Cela influera sur le nombre d’intérims repris. On s’attend à voir beaucoup de licenciements dans les semaines à venir; le FMI a évoqué 100.000 licenciements en Belgique. Ce n’est que par après qu’on assistera à une vraie relance, au plus tôt fin de cette année, plus vraisemblablement en 2021.  Ce n’est qu’alors que l’intérim reprendra. "

" Nous interviendrons dans un second temps, renchérit Philippe Lacroix, comme deuxième variable d’ajustement après le retour des chômeurs temporaires. "

Il y a pourtant des secteurs en pénurie d’emploi, comme à court terme les cueillettes de fruits ou les maisons de repos. " Nous incitons nos membres à y répondre ", dit Federgon. " Nous requalifions nos travailleurs pour de nouveaux secteurs ", note plus largement Lacroix. "A plus long terme, nous organisons des trajets de transition, conclut Cattelain, afin d’aider nos collaborateurs à changer de fonctions et de secteurs. Il y aura là beaucoup d’opportunités. " Mais ça, ce sera pour 2021 et après…

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