interview

Eddy Duquenne (Kinépolis): "Le cinéma sera le divertissement idéal cet été"

Eddy Duquenne, CEO de Kinepolis, estime qu'il faudra un vaccin contre le Covid-19 pour que les choses reviennent à la normale dans les salles de cinéma. ©Photo News

En dépit d'une offre qui sera loin d'être transcendante, le patron de Kinepolis, Eddy Duquenne, mise sur le besoin de distraction des Belges et affiche un optimisme relatif quant à la réouverture prochaine des salles de cinéma.

Dans trois semaines, les cinémas pourront enfin rouvrir en Belgique. Le secteur, qui perd 20 millions par mois depuis le début du confinement, attend le 1er juillet avec impatience. A commencer par le leader du marché, Kinepolis, brusquement stoppé dans son insolente croissance, laquelle en a fait un chouchou des analystes. Ainsi, il a suffi que le groupe annonce mardi dernier la réouverture progressive de ses salles dans les neuf pays où il est présent pour que le cours bondisse de 12,8%.

"Nous avons pris toutes les mesures de sécurité nécessaires."
Eddy Duquenne
CEO de Kinepolis

"On a réouvert aux Pays-Bas lundi avec un maximum de 30 personnes par salle, cela s’est bien passé et on a fait le plein", se réjouit le CEO Eddy Duquenne. L’homme à la tête de l’Entreprise de l’Année 2019 déroule un argumentaire bien rodé pour convaincre les cinéphiles de retourner dans les salles - puisque l’idée de se retrouver enfermés en compagnie d’inconnus pourrait en rebuter plus d'un.

"Nous avons pris toutes les mesures de sécurité nécessaires, on a prévu de libérer une rangée sur deux et deux sièges vides entre chaque spectateurs ou groupe de spectateurs, c’est bien plus que le 1,5 mètre d’espace imposé ", détaille-t-il.

Les billets devront être achetés en ligne et même les snacks et sodas pourront être commandés sur le web. "Pour organiser la circulation dans les salles, les foyers et les shops, nous nous sommes inspirés du secteur aérien et du retail, habitués à gérer les files", précise Eddy Duquenne. Le nombre de séance va également être étalé sur la journée afin d’éviter un maximum de contacts."

Offre plus faible

Encore faut-il que l’offre de films suive. Or, plusieurs grosses cartouches ont été reportées à l’automne, comme le dernier James Bond. Ou à 2021, comme Fast & Furious 9 ou Jungle Cruise (inspiré d'une attraction de Disneyland).

"On aura quand même un bel été avec notamment Mulan, Tenet et Wonder Woman 2", promet Eddy Duquenne qui voit dans les vacances très particulières qui se profilent des raisons pour redresser la barre après trois mois et demi de fermeture : "Beaucoup de Belges vont rester au pays et le cinéma sera un excellent divertissement car c’est un loisir de proximité pas cher et permettant la distanciation physique. Et comme tous les grands événements sportifs qui nous font d’habitude concurrence ont été reportés, nous pourrons repartir du bon pied."

Pas de crainte non plus de voir les cinéphiles avoir pris goût au streaming durant le confinement et bouder les salles obscures? "C’est vrai que beaucoup de gens auront regardé du cinéma en streaming mais plusieurs études montrent que ceux qui consomment le plus ces plateformes sont aussi ceux qui vont le plus au cinéma", répond le patron qui se veut raisonnablement optimiste.

D’autant que les mesures imposées par le gouvernement – 200 personnes maximum par séance – sont a priori plus favorables à des complexes comme Kinepolis, qui exploitent de grandes salles, qu’à des plus petits cinémas. "Oui, mais on a aussi des salles de 800 places, cela ne fait donc que 25% de capacité exploitable, remarque-t-il. On aurait préféré travailler sur base d’un pourcentage global de 50%."

Pas de pronostics

Aujourd’hui, Eddy Duquenne ne se risque pas au jeu des pronostics tant en termes de fréquentation que de résultats financiers. Mais les résultats devraient logiquement être affectés par la crise. En se basant sur une moyenne de trois mois de fermeture, Kinepolis devrait perdre cette année un quart de ses visiteurs (40,3 millions en 2019), sachant qu’en 2020, l’Américain MJR (6,2 millions de visiteurs) acquis en octobre dernier, sera comptabilisé en année pleine.

"On avait des scénarios pour gérer 10 à 15% de pertes de fréquentation, mais nous n’étions pas préparés à une fermeture totale de tous les complexes."
Eddy Duquenne

En réalité ce pourrait être bien plus, étant donné les mesures de restriction d’accès aux salles, une possible réticence du public et une offre de films plus faible. "Pour que la fréquentation des salles revienne à la normale, il faudra sans doute un vaccin contre le Covid-19", estime Eddy Duquenne. "On avait des scénarios pour gérer 10 à 15% de pertes de fréquentation, mais nous n’étions pas préparés à une fermeture totale de tous les complexes", reconnaît-il.

Mais selon lui, Kinepolis est solide. "Nous possédons 70 millions d’euros de cash et nous avons activé notre ligne de crédit de 120 millions. Au début de la crise, nous avions donc 190 millions d’oxygène pour gérer cette crise, relève Eddy Duquenne. Le patron rappelle aussi que dans des pays comme la Belgique ou les Pays-Bas, le chômage économique a permis de limiter la casse, mais ce n’est pas le cas partout.

190
millions €
Au début de la crise, Kinepolis possédait 70 millions d’euros de cash et a activé sa ligne de crédit de 120 millions.

"En Espagne, c’était la catastrophe au niveau administratif, on a dû payer des avances à nos collaborateurs, tandis qu’aux Etats-Unis, on a dû assurer nous-même la couverture sociale de nos employés."

Le groupe a aussi négocié avec ses fournisseurs et ses bailleurs (au Canada et aux USA) pour diminuer ses charges et son équipe managériale a fait un effort en se privant de 50% de sa rémunération. Il n’a pas non plus distribué de dividende

"Une nouvelle acquisition n'est pas notre priorité dans le contexte actuel mais si une occasion exceptionnelle se présente, pourquoi pas?"
Eddy Duquenne

"Nous avons aussi profité de cette crise pour réfléchir à notre avenir et travailler sur des innovations." Et sur la poursuite de la croissance externe, alors que des opportunités pourraient se présenter dans un marché très affecté? "Ce n’est pas notre priorité dans le contexte actuel mais si une occasion exceptionnelle se présente, pourquoi pas ?"

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