Embouteillage en vue chez les psys

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Le secteur de la santé mentale a repris ses consultations lundi. Le confinement risque de leur amener un grand nombre de nouveaux patients.

Pendant deux mois, la santé mentale a été mise entre parenthèses. Les consultations des psychologues ont chuté de 90%, ils n’ont plus géré que les situations d’urgence, parfois par vidéoconférence ou téléphone. Un emplâtre sur une jambe de bois dans un secteur où le contact direct avec le patient est fondamental, où le mal-être s’exprime aussi dans le regard, la posture, la voix. "Les normes imposées (distanciation sociale, désinfection) étaient très compliquées à respecter pour beaucoup de praticiens", souligne Quentin Vassart, le président de l’Union professionnelle des psychologues cliniciens.

Mais, depuis lundi les cabinets ont rouvert. "Mais tout ne pourra pas reprendre comme avant tout de suite. Les consultations avec les enfants restent compliquées à gérer par exemple", explique encore Quentin Vassart. Les plus jeunes manipulent en effet beaucoup d’objets lors des consultations, jouets, dessins, plasticine, etc. Difficile dans ce cadre de respecter les normes sanitaires.

Rappels de rendez-vous

Carine, psychologue clinicienne, a repris toutes ses consultations dès lundi. "C’est maintenant que les patients ont besoin de nous, surtout les patients déjà anxieux. Tout ce climat de crise les a fait flamber, ils ont doublement besoin d’un suivi", dit-elle. Mais durant sa première journée "normale", elle a aussi dû gérer la communication floue autour de l’accueil des patients. "Il y a eu beaucoup de confusion, certains sont venus au hasard, d'autres pensaient que les consultations ne reprenaient que pour les médecins. J’ai dû les rappeler un par un pour confirmer les rendez-vous."

Pour les psychologues en hôpital, le déconfinement est néanmoins plus simple à gérer. Les rendez-vous sont calibrés, 45 minutes, aucun retard, pas de risques d’accumuler les patients en salle d’attente. Le plus compliqué à gérer sera l’afflux de nouveaux patients. D'après Sciensano,  les troubles dépressifs ont par exemple augmenté de 6% par rapport à 2018. Et la dégradation de la situation économique ne va rien arranger. On s’attend à une forte hausse des maladies mentales: anxiété, phobies, dépressions, stress post-traumatique, isolement social, violences intrafamiliales, gestion du deuil aussi. "On ne pourra pas tout absorber, il va falloir que certains attendent un ou deux mois", dit Carine. Pour la psychologue, les lignes d’écoute gratuites resteront utiles pour servir de tampon pour tenir le coup jusqu’aux rendez-vous. À condition qu'il reste des professionnels pour être encore présents au bout du fil. "Beaucoup étaient bénévoles, ce ne sera plus possible", conclut Carine.

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