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interview

Emmanuel Bottieau: "Il fallait relâcher quelque peu la bride"

L'efficacité du port du masque ne fait pas scientifiquement l'unanimité. ©Photo News

L'infectiologue de l'Institut de médecine tropicale estime qu'on peut avancer dans le processus de déconfinement, à condition que la distanciation sociale soit préservée.

Emmanuel Bottieau est infectiologue et professeur à l’Institut de médecine tropicale à Anvers. Il estime qu’il était temps de desserrer la vis.

Le Conseil national de sécurité a-t-il eu raison d’assouplir le dispositif?

Il fallait relâcher quelque peu la bride. Qu’on le fasse dans deux semaines ou dans deux mois, on sera toujours face au même problème. La condition de base, c’est de s’assurer qu’il n’y ait pas de saturation des hôpitaux. Ensuite, il faut pouvoir tester les gens, ce qui suppose une logistique importante afin que cela puisse se faire dans de bonnes conditions de sécurité. Une fois ces deux conditions remplies, ce qui est le cas, on peut progressivement desserrer la vis. Les gens ne vont de toute façon plus se comporter comme il y a trois mois. Chacun fait désormais attention.

"Il vaut toujours mieux rester à 1,5 mètre l’un de l’autre sans porter de masque qu’à 50 centimètres avec un masque."

Ne fallait-il pas rendre le port du masque obligatoire pour aller faire ses courses?

Il est très difficile de rendre obligatoire quelque chose dont l’efficacité n’a pas été prouvée scientifiquement. Le masque reste cependant une barrière physique qui comporte un aspect psychologique intéressant, qui est de rappeler l’importance de la distanciation. Il vaut toujours mieux rester à 1,5 mètre l’un de l’autre sans porter de masque qu’à 50 centimètres avec un masque. Celui-ci est utile lorsque la distanciation est impossible à respecter, comme dans les transports en commun, par exemple. Enfin, le port du masque est aussi une démarche solidaire, puisqu’il protège avant tout les autres.

N’aurions-nous pas pu éviter ce confinement, quand on voit que la Suède et les Pays-Bas n’ont pas plus morts que la Belgique?

Ces deux pays ont adopté une stratégie de communication fort différente. Ils ont insisté sur la nécessité d’une distanciation sociale, mais sans se perdre dans une foule de détails. Pour le reste, ils ont fait confiance au sens civique de la population.

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En Belgique, la communication est partie dans beaucoup de détails et on s’est retrouvé à devoir légiférer sur des situations qui, bien souvent, relèvent de l’exception. Avec une stratégie différente, les Suédois sont arrivés à peu près au même résultat que la Belgique. À Pâques par exemple, 97% des Suédois sont restés volontairement à la maison alors qu’ils ont pour habitude de partir à la campagne au bord des lacs.

Faut-il redouter l’arrivée de cette fameuse deuxième vague de contaminations?

Pour l’instant, cette deuxième vague n’a été observée nulle part, pas même en Chine. Il y aura sans doute une remontée des cas à mesure que l’on déconfine le pays, mais vraisemblablement pas de la même ampleur qu’au début de l’épidémie, lorsque des gens malades ont continué à circuler et à travailler.

Quelles sont les perspectives d’un retour à la normale pour l’horeca?

Pour les établissements qui peuvent installer les clients en terrasse, on peut imaginer les voir tourner à capacité limitée. À condition que d’ici-là, on n’ait pas une brutale augmentation des contaminations.

Qu’en sera-t-il des grands événements?

En extérieur ce devrait être possible, à condition qu’une certaine forme de distanciation soit envisageable. Il faut éviter les rassemblements dans des lieux confinés.

"Une grande plage bretonne, ce n’est pas la même chose qu’une plage bondée de la Côte d’Azur."

La chaleur de l’été peut-elle être une alliée?

Je ne spéculerais pas là-dessus. On a des cas de Covid-19 en Egypte et en Amazonie…

Pourrons-nous passer des vacances d’été en Europe?

Une grande plage bretonne, ce n’est pas la même chose qu’une plage bondée de la Côte d’Azur. Il faut aussi tenir compte des capacités hospitalières de la région, car rapatrier un vacancier atteint de Covid-19, ça coûte très cher.

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