interview

Emmanuelle Servais: "Les masques nous ont coûté jusqu'à 10 fois plus cher"

Emmanuelle Servais n'a pas eu le choix que de monter en première ligne. Et pour cause, ses 17 pharmacies tournent à plein régime en cette période de crise.

Les dernières semaines ont été éreintantes, témoigne Emmanuelle Servais, dont les 17 pharmacies ont tourné à plein régime pour faire face à la crise.

Emmanuelle Servais est en colère lorsqu’on l’appelle fin de semaine dernière. En cause? La campagne menée par Test-Achats, quelques jours auparavant, critiquant la soi-disant marge excessive prise par les pharmaciens sur les masques et gels hydroalcooliques. En raison d’abus constatés sur le terrain, d’après l’organisation.

"Cela dévalorise la profession et n’est vraiment pas nous remercier, alors que des centaines d’heures supplémentaires sont prestées dans toutes les officines en cette période de crise du coronavirus…", s’insurge la fondatrice du groupe qui porte son nom, comptant 17 pharmacies – bientôt 18, avec une ouverture prochaine à Uccle. "De plus, c’est surtout oublier un élément pourtant clé et simple à comprendre: la hausse du prix à l’achat."

Car oui, la demande a explosé. Et donc, assez logiquement: "Le prix d’achat des masques a été multiplié. Par 10! Alors, c’est facile de nous imputer un prix plus élevé en bout de chaîne, mais c’est oublier une partie du raisonnement."

Charge de travail conséquente

D’autant que proposer des masques, "c’est un choix que nous avons fait. Alors qu’en temps normal, nous avons seulement une petite quantité en stock. Nous aurions pu dès lors décider de ne rien faire, par facilité. Nous avons fait le choix de répondre à la demande des patients et du corps médical. Cela a représenté une charge de travail conséquente, venue s'ajouter au rythme déjà soutenu ces dernières semaines", évoque l’entrepreneuse.

"Nous avons fait le choix de répondre à la demande des patients et du corps médical."
Emmanuelle Servais
Fondatrice du groupe Servais

Voilà qui est dit. Pour le reste, Emmanuelle Servais est agréablement surprise de l’engagement et de la solidarité de ses équipes. Et ce, alors que "nous sommes en première ligne". Sur 140 collaborateurs, un peu moins de 20% ont d'ailleurs dû être écartés durant la crise, soit pour maladie, soit pour suspicion ou contact avec une personne malade. Même si "nous avons pris toutes les mesures pour protéger notre personnel".

Alors, heureusement, de petites attentions sont aussi venues jalonner l’effort du groupe. Comme "des chocolats apportés par les patients ou encore une pancarte avec écrit ‘merci’ sur le parking, sans compter les très nombreux témoignages de remerciements sur les réseaux sociaux qui nous portent chaque jour et nous aident à continuer dans cette dynamique".

Travail revalorisé

En fait, "notre rôle de prestataire de soins accessible et disponible est revalorisé durant cette période", évoque cette chimiste reconvertie à la pharmacie. "Car on a beau dire, on garde ce lien avec les gens, cette proximité du fait qu’on est directement accessible".

Pour le reste, assez logiquement, un résultat financier s'est fait sentir. Comme pour la grande distribution, qui a aussi pu tourner en période de confinement, le chiffre d’affaires du groupe familial a d’abord grimpé de 40% les premières semaines, pour passer à +20% les suivantes avant de se stabiliser aux environs des 15% de hausse par rapport aux résultats hebdomadaires de l’an passé, malgré la fréquentation moindre des officines due au confinement, apprend-on.

+40%
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Le chiffre d’affaires du groupe familial a d’abord grimpé de 40% les premières semaines, pour passer à +20% les suivantes avant de se stabiliser aux environs des 15% de hausse par rapport à la même période l'an passé.

Ce qui a du positif, évidemment, pour l’entreprise. Mais pour lequel il aura fallu batailler. En effet, "nous avons voulu prévenir les possibles pénuries de stocks afin de garantir le même niveau de service. Au total, cela nous aura coûté plusieurs millions d'euros d’investissement", conclut Emmanuelle Servais. Même si, à titre personnel, le coût le plus important de la crise aura surement été de ne pas voir ses trois petits-enfants durant tout ce confinement.

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