Empêcher les rassemblements? "Ce n'est pas par des paroles qu'on y arrive"

Jeudi, entre 1.500 et 2.000 personnes se sont réunies au bois de la Cambre. ©BELGA

La police a dû intervenir deux jours de suite au bois de la Cambre. Ce genre de manifestation se répète. Les autorités ont-elles perdu le contrôle?

Entre 1.500 et 2.000 personnes se sont réunies jeudi après-midi dans le bois de la Cambre, suite à un appel, sur les réseaux sociaux, pour un festival de musique qui n'était en réalité qu'un canular. Mais la foule était là, les règles de distanciation sociale et de port du masque n'étaient pas du tout respectées. La police est intervenue, la fièvre est montée.

"Être solidaire aujourd’hui est la clé de notre liberté demain."
Alexander De Croo
Premier ministre (Open Vld)

Au final, 34 personnes, dont 26 policiers et sept chevaux ont été blessés lors des affrontements. Et aussi une vingtaine d'arrestations, dont quatre judiciaires, ont été effectuées.

Ce vendredi en fin de matinée, le Premier ministre Alexander De Croo a réagi par un tweet. "Les faits du bois de la Cambre sont inacceptables. Soutien aux policiers blessés. Je comprends la fatigue face au virus, mais les règles sont prises pour une raison. Elles valent pour tous. Les hôpitaux se remplissent. Être solidaire aujourd’hui est la clé de notre liberté demain."

Un message peu efficace

C'est depuis quelques mois le même message qui est adressé à la population: la solidarité, sur la formule "onze millions de Belges, onze millions de raisons de tenir bon". Ce genre de message peut-il encore faire effet sur le ras-le-bol, sachant qu'un autre rassemblement a été organisé au bois de la Cambre ce vendredi et que la police a encore dû intervenir? Le risque de nouvelles dérives est grand.

"Ce n'est pas par des paroles qu'on y arrive, c'est par des actes", glisse la sociologue Claire Gavray, de l'ULiège. "Et il faut dialoguer, comprendre le message de ces jeunes avant d'exiger qu'ils nous comprennent, nous."

Les réponses actuelles des autorités reposent notamment sur l'espoir que dans quelques semaines, la situation sanitaire sera meilleure, grâce surtout à la vaccination protégeant les plus fragiles; au beau temps qui favorise les sorties en extérieur, moins propices aux infections; et aux nouvelles mesures de reconfinement.

"On va tellement normer les événements qu'on se demande si c'est la vraie vie."
Philippe Close
Bourgmestre de Bruxelles (MR)

Du côté de la Ville de Bruxelles, on va aussi tenter de décourager ce genre d'initiatives festives en faisant payer les organisateurs de cette "Boum". Encore faut-il les trouver.

Relancer l'événementiel?

Le secteur de l'événementiel plaide, lui, pour une reprise de ses activités sous contrôle strict, au moyen des protocoles qu'il a déjà présentés. Mais ce dossier-là, qui permettrait de donner quelque amusement à la population, n'avance guère.

Sur Bel RTL ce vendredi, le bourgmestre de Bruxelles, Philippe Close (PS), ne se montrait pas convaincu des tentatives: "On va tellement normer les événements qu'on se demande si c'est la vraie vie." Et ce genre de sorties ultra contrôlées suffiront-elles aux jeunes avides de libertés? Bref, les fêtes sauvages risquent de se multiplier ces prochains jours.

"On voit qu'on est dans une société très individualiste qui ne met plus au centre l'intérêt commun ou au moins le respect comme valeur partagée."
Claire Gavray
Sociologue ULiège

"Beaucoup de facteurs expliquent ce genre de débordement", selon la sociologue Claire Gavray. Il y a les facteurs individuels, mais aussi ceux d'opportunités. "De plus en plus, même dans les médias, on s'interroge sur ces mesures qui durent et qui ne seraient peut-être pas les plus adéquates. Cela permet de prendre plus de distance..."

Des profils très différents

Et du côté des jeunes, plusieurs profils se côtoient dans ces foules. Il y a ceux qui sont présents parce qu'ils n'en peuvent plus, par rapport à leur situation personnelle. "Ils ne veulent pas se sacrifier, sacrifier leur jeunesse à une préoccupation qui leur paraît extérieure ou exagérée." Mais il y a aussi un noyau beaucoup plus dur, davantage porté vers les débordements. "Ils se révoltent sur la place qui leur est donnée dans la société, pas seulement à cause du confinement", explique la sociologue.

Et parmi ceux-ci, il y a aussi une palette de profils divers, dont ceux qui accusent une prise de distance avec l'école et les institutions, se montrent jusqu'au-boutistes pour en découdre avec les forces de l'ordre.

"On entend que les familles doivent responsabiliser les jeunes, mais pourquoi ces valeurs se développeraient-elles au niveau individuel alors qu'elles ne le sont pas au niveau supérieur?"
Claire Gavray
Sociologue (ULiège)

"C'est sans doute une très petite minorité. Mais au milieu, il y a ceux qui ne se sentent pas collectivement respectés et le montrent de façon de plus en plus évidente. Non seulement par la violence, mais aussi en laissant traîner leurs déchets. On voit qu'on est dans une société très individualiste qui ne met plus au centre l'intérêt commun ou au moins le respect comme valeur partagée. Cela se sent à tous les niveaux de la société: institutions, économies...", constate encore la sociologue de l'ULiège.

"On entend que les familles doivent responsabiliser les jeunes, mais pourquoi ces valeurs se développeraient-elles au niveau individuel alors qu'elles ne le sont pas au niveau supérieur, où l'on prône le court terme, la concurrence...? Toutefois, cela n'excuse pas ce qui se passe!"

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