En Allemagne, les réfugiés engagés dans la lutte contre le coronavirus

En Allemagne, des réfugiés aident à la lutte contre le coronavirus. Mais la reconnaissance des diplômes pose problème. ©REUTERS

300 médecins étrangers se sont manifestés en Saxe à l’appel de la chambre des médecins, pour aider dans la lutte contre le coronavirus; 625 en Bavière. Un peu partout en Allemagne, les autorités sanitaires ont eu recours à l’aide de réfugiés au plus fort de la crise. Mais les médecins réfugiés se heurtent souvent à la question de la reconnaissance des diplômes.

Lorsque l’Allemagne s’installe dans le lockdown mi-mars, de grosses incertitudes pèsent sur la capacité du système hospitalier à faire face à une crise de grande ampleur. Les hôpitaux manquent de matériel de protection et surtout de personnel médical, alors que le ministère de la Santé à Berlin parle de doubler les capacités d’accueil en soins intensifs.

Plusieurs Länder décident alors de faire appel aux "réserves" en personnel que constituent les médecins retraités, les étudiants en médecine et les réfugiés. "Mi-avril, nous avions reçu 625 dossiers de médecins étrangers, explique Jodok Müller, porte-parole de la chambre des médecins de Bavière. Nous les avons transmis au ministère de la Santé régional, qui se prononce ensuite sur leur éventuelle mobilisation." 

"560 médecins ont réagi à notre appel à l’aide sur Facebook, ajoute de son côté Erick Bodendieck, le président de la chambre des médecins de Saxe, Slaek, en ex-RDA. Parmi eux, de nombreux médecins réfugiés, dont le diplôme n’est pas encore reconnu en Allemagne. Leur aide est bienvenue. "Le post lancé en mars sur le site Facebook de la Slaek précisait: "les médecins étrangers vivant déjà en Saxe, mais dont le diplôme n’a pas encore été reconnu peuvent aider dans la lutte contre le coronavirus." La condition posée par la chambre était d’avoir des connaissances de l’allemand.

"Avant la guerre en Syrie, les médecins recevaient une très bonne formation dans ce pays."
Erik Bodendieck
Président de la chambre des médecins de Saxe

Plus d’un million de réfugiés était arrivé en Allemagne fin 2015. Parmi eux, de nombreux médecins, notamment syriens ou irakiens. L’un d’entre eux est Shadi Shahda. Le jeune médecin de 29 ans fait partie des 300 médecins de Saxe volontaires pour aider dans la lutte contre le virus. Arrivé en avril 2019 avec un visa pour diplômé qualifié, il dispose d’une expérience de trois ans en ORL en Syrie. Ne manque à la reconnaissance de son diplôme que le test de langue obligatoire, portant sur le vocabulaire médical.

Même au cœur de la crise du coronavirus, il ne pourra donc pas pratiquer à l’hôpital en tant que médecin. "Lorsque leurs diplômes ne sont pas reconnus, les médecins étrangers peuvent travailler comme infirmiers ou personnel soignant encadré, comme nos étudiants en médecine déjà avancés dans leurs études, précise Erick Bodendieck. Il faut protéger les patients de traitements inadaptés ou de malentendus liés à la barrière de la langue."

Espoirs et déceptions

Safwan Adnan Ali, chirurgien syrien de 37 ans ayant travaillé comme généraliste en Syrie et en Irak et ayant lui aussi répondu à l’appel de la chambre des médecins saxonne, raconte avoir tout de suite voulu aider. "Je veux donner en retour à ce pays qui a tant fait pour moi" confie-t-il au Guardian.

Comme Shadi Schada, il attend toujours un appel des autorités saxonnes. La plupart des médecins réfugiés arrivés en Allemagne sont "très motivés", explique Erik Bodendieck. Mais leurs attentes sont souvent déçues. "La situation dans les hôpitaux s’est fortement détendue, rappelle Jodok Müller. La semaine dernière, le ministre de la Santé à Berlin a autorisé la reprise des opérations non urgentes, qui avaient été différées à cause du coronavirus. Les hôpitaux reviennent à la normale, et les besoins en personnel se sont relativisés. L’Allemagne était bien préparée au covid 19."

À Berlin, l’hôpital de campagne de 1.000 places installé dans l’urgence et qui devait faire appel aux médecins retraités, aux étudiants en médecine ou aux médecins réfugiés, n’a pas encore eu à ouvrir ses portes. La lutte contre le coronavirus, qui avait éveillé bien des espoirs chez les médecins réfugiés ne pouvant pratiquer à cause de la non-reconnaissance de leurs diplômes, aura au final déçu de nombreux volontaires, gardés en réserve en cas de seconde vague de l’épidémie.

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