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En attendant un vaccin contre le Covid, la course aux anticorps est lancée

©PHOTOPQR/LE TELEGRAMME/MAXPPP

Pour court-circuiter la dissémination du virus à l’origine de la pandémie actuelle, on attend le vaccin. Mais les anticorps pourraient également être une arme de choix.

Les dernières nouvelles sur le front de la lutte contre le coronavirus soufflent le chaud et le froid. Côté bonnes nouvelles, il y a eu l’annonce récente de la disponibilité prochaine de plusieurs vaccins. Côté moins bonnes nouvelles, voici quelques jours, l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) déclassait un médicament antiviral (américain) le remdesivir, produit par Gilead, encensé par le président américain Donald Trump au mois de mai dernier.

«Rien ne prouve à ce jour que le remdesivir améliore l’état des patients hospitalisés, quelle que soit la gravité de leurs symptômes, les chances de survie et les autres résultats sanitaires», indiquait l’OMS sous forme de recommandation conditionnelle. Ce genre de recommandation signifie qu’il n’existe pas assez de preuves pour appuyer l’utilisation du médicament en question. Sale coup pour l’entreprise américaine? Un fléchissement sans doute dans ses plantureux revenus. Le Financial Times rappelait cette semaine qu’au 3e trimestre de cette année, la vente de remdesivir aux hôpitaux avait généré un revenu de 873 millions de dollars pour Gilead.

Anticorps thérapeutiques

Que reste-t-il dès lors aux médecins pour lutter spécifiquement contre le virus, et non contre les complications qu’il induit? Une bonne nouvelle est venue des États-Unis le 19 novembre. Elle concerne des anticorps thérapeutiques anti-SARS-CoV2. «Ceux produits par la firme Regeneron ont été approuvés par la FDA pour un usage sur les patients les plus vulnérables», explique le professeur Michel Goldman, immunologue et co-directeur de l’Institut I3h (ULB). «C’est le deuxième traitement de la sorte approuvé aux États-Unis, après celui d’Eli Lilly. Celui de Regeneron est un cocktail de deux anticorps monoclonaux, ce qui maximalise ses chances de neutraliser le virus. Mais surtout, ce type de traitement a déjà fait la preuve de son efficacité dans la lutte contre le virus Ebola».

Ces anticorps monoclonaux pourraient-ils constituer une alternative au vaccin pour certaines catégories de personnes? «Administrés très tôt après le contact infectieux, ils pourraient protéger les plus vulnérables, comme les personnes âgées dont le système immunitaire est affaibli, ou encore les personnes dont le système immunitaire fonctionne mal suite à la prise de certains traitements contre des cancers ou des maladies inflammatoires graves», estime Michel Goldman. Comme il le souligne, «ils représentent aussi une arme potentielle pour prévenir l’infection dans des environnements à haut risque comme celui des maisons de repos où circule le virus».

Le cocktail d’anticorps de la firme AstraZeneca est testé en Angleterre dans cette optique. L’espoir est que ces anticorps, qui doivent être injectés par voie intraveineuse, procurent une protection de quelques semaines, voire quelques mois, aux patients qui en bénéficient.

Les anticorps monoclonaux anti-SRAS-Cov-2 sont produits par des biotechnologies reposant sur le génie génétique. Ils sont synthétisés sur la base des informations moléculaires fournies par l’analyse d’anticorps qui neutralisent le virus. Ces mêmes anticorps ont été extraits du sang d’individus guéris du Covid. Les anticorps monoclonaux vont cibler spécifiquement la clé utilisée par le virus pour pénétrer dans nos cellules, notamment au niveau du poumon où il déclenche les dommages les plus graves.

Mais tous les anticorps monoclonaux ne sont pas produits au départ d’anticorps humains. En Belgique, la biotech ExeVir Bio, issue de l’université de Gand, développe des anticorps monoclonaux de seconde génération produits au départ d’anticorps de camélidés, des lamas en l’occurrence.

Etude clinique dès 2021

«Ces anticorps ont été récoltés à l’origine sur un lama qui avait été infecté par le virus du Sars-CoV-1», explique Fiona Dumonceau, COO d’ExeVir Bio. «La deuxième génération de ce type de produit est actuellement en développement. Cet anticorps pourrait être utile pour lutter contre le virus du Covid-19. Une étude clinique devrait être lancée tout début 2021. Si cela se montre concluant, si cet anticorps offre une bonne protection sur du long terme, nous envisagerons sa production

«Le problème avec les anticorps monoclonaux est qu’ils doivent nécessairement être administrés par injection», insiste la professeur Leila Belkhir, infectiologue aux Cliniques universitaires Saint-Luc (UCLouvain). «Ce qui nécessite l’intervention du personnel médical. On ne peut les prendre par voie orale. Ils seraient rapidement détruits. Une voie alternative pourrait passer par l’inhalation. Mais la pertinence de ce mode d’administration du médicament doit encore être démontrée».

L’usage des anticorps est également confronté au problème de leur production. «Les capacités sont limitées, leur coût a priori élevé», confirme le professeur Goldman.

Enfin, il y a aussi la question de leur efficacité dans le temps. «Les dosages réalisés régulièrement sur le personnel des Cliniques Saint-Luc exposé au virus depuis le début de la pandémie montrent que le taux d’anticorps a tendance à diminuer après trois à quatre mois», relate Leila Belkhir. Quant aux anticorps testés par AstraZeneca, l’étude lancée cette semaine au Royaume-Uni, espère pouvoir démontrer qu’ils offrent une efficacité pouvant aller jusqu'à 6 à 12 mois.

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