En France, les stations de ski seront ouvertes pour les fêtes, pas les remontées mécaniques

Des discussions sont en cours au niveau européen concernant le mois de janvier. ©Photo News

La lourde décision est tombée, le gouvernement français a décidé de ne pas ouvrir les remontées mécaniques dans les stations de ski du pays. Libre à chacun de s'y rendre pour "profiter de l'air pur de nos belles montagnes".

Les stations de ski pourront rouvrir durant la période des fêtes de fin d'année, mais les remontées mécaniques devront rester fermées, a annoncé jeudi le Premier ministre français Jean Castex, promettant d'aider les communes et professionnels concernés.

"Il ne serait pas prudent de laisser se rassembler des flux très importants de population avec des activités susceptibles de solliciter par ailleurs les services hospitaliers."
Jean Castex
Premier ministre français

"Bien entendu, il sera loisible à chacun (…) de se rendre dans ces stations pour profiter de l'air pur de nos belles montagnes, des commerces - hors bars et restaurants - qui seront ouverts. Simplement, toutes les remontées mécaniques et les équipements collectifs seront fermés au public", a déclaré le Premier ministre lors d'une conférence de presse.

"Quelle que soit l'importance des efforts que sont prêts à consentir les gestionnaires et les responsables de stations, il ne serait en effet pas prudent de laisser se rassembler des flux très importants de population avec des activités susceptibles de solliciter par ailleurs les services hospitaliers", a justifié Jean Castex.

Une décision très redoutée

Cette décision était très redoutée par les professionnels du ski et les élus des régions concernées. Dans une tribune publiée jeudi, ils ont estimé qu'il n'y avait "aucune raison crédible à ne pas rouvrir" dès les vacances de Noël, qui représentent entre 20 et 25% de leurs recettes.

Selon eux, il y a "un enjeu économique et social majeur pour une filière qui représente plus de 11 milliards d'euros de chiffre d'affaires annuel, 2 milliards d'euros d'exportations" et qui "fait vivre un tissu d'entreprises locales, qui emploie plus de 120.000 personnes dans des territoires dont l'économie locale repose souvent pour l'essentiel sur ce secteur".

"Les demandes d'annulations s'il n'est pas possible de faire du ski seront gigantesques: 85 à 90% des gens qui viennent à la montagne font du ski."
Alexandre Maulin
Président des Domaines skiables de France

Du côté des Domaines skiables de France (DSF), opérateurs des remontées mécaniques des 250 stations de ski françaises, on dénonce une "aberration". "C'est une aberration car c'est une activité de plein air!", a réagi auprès de l'AFP Alexandre Maulin, président de DSF. "La situation est unanime. Les demandes d'annulations s'il n'est pas possible de faire du ski seront gigantesques: 85 à 90% des gens qui viennent à la montagne font du ski", a rappelé M. Maulin, qui parle de "20 à 30% de l'activité remise en cause".

"Conscients que la situation sanitaire est une priorité, nous cherchions des solutions pour des orientations vers le privé, pour ne pas saturer l'hôpital public, et tout notre travail a été balayé d'un revers de main mardi soir (par le président de la République) et confirmé ce jeudi matin" par le Premier ministre, a déploré le responsable. "Pourquoi prendre la décision maintenant si on peut attendre 10 jours? Pourquoi une annonce nationale au lieu de faire du local en affinant les capacités hospitalières publiques et privées? ", s'est-il interrogé.

Même son de cloche chez les maires de stations de montagne, où le président de l'ANMSM Jean-Luc Boch a renchéri en parlant d'une décision "totalement incompréhensible". "Quand on est 400 dans un métro parisien on ne se contamine pas mais à quatre sur une remontée mécanique on se contaminerait? ", a relevé M. Boch, lui-même maire de La Plagne (Savoie). "Il faut nous dire clairement qu'on veut tuer les stations. Il faut nous le dire!", s'est emporté le président de l'ANMSM.

Une ouverture pour le mois de janvier?

Le Premier ministre a évoqué jeudi des discussions en vue "d'indemniser les pertes de recettes occasionnées par cette décision" et de "préparer au mieux la période suivante, à partir de janvier", où une ouverture "plus large" pourrait être décidée si la situation sanitaire s'améliore.

Il a aussi assuré vouloir régler la situation des travailleurs saisonniers, très présents dans les stations de ski en temps normal.

Par ailleurs, le Premier ministre a indiqué que la France était active "sur le plan européen pour que ces règles puissent être le plus harmonisées possible", alors que l'Allemagne souhaite demander à l'Union européenne d'interdire jusqu'au 10 janvier les séjours de ski, malgré l'opposition de l'Autriche et des professionnels du secteur.

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