Enorme perte d'activité pour les travailleurs Smart

Anne-Laure Desgris et Maxime Dechesne sont les administrateurs délégués de la coopérative Smart. ©Dieter Telemans

La coopérative des "travailleurs atypiques" et freelance estime qu'environ 8.000 de ses sociétaires ont subi une perte d’activité de 50% à 75%, sans bénéfice d’aide publique. Smart a interpellé les pouvoirs publics et attend une réponse.

C’est un peu la rengaine: jusqu’ici, l’industrie culturelle est le parent pauvre de la crise liée à l’épidémie. Alors que jamais, confinés, nous n’avons consommé autant de produits culturels – films, séries, jeux, musique, visites virtuelles – les artistes de Belgique subissent les conséquences de la pandémie. La preuve en chiffres, délivrée par la coopérative Smart. Celle-ci offre un statut sous contrat - et donc avec une protection sociale - à des milliers de personnes en Belgique et en France, des "travailleurs atypiques", autonomes ou freelance qui utilisent ses services pour avoir une protection sociale. Parmi les métiers qu’on y retrouve: la consultance, le journalisme, l’artisanat ou le secteur culturel, ce dernier étant majoritaire.

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Il s'agit d'un des gros employeurs du pays, et l'un des principaux à Bruxelles. On estime ainsi à 25.000 le nombre de membres de Smart, et à 8.000 celui de ceux qui l’utilisent chaque mois. Le chiffre, donc, claque: selon les calculs de la coopérative, ces 8.000 personnes ont subi depuis le début de la crise une baisse d’activité comprise entre 50% et 75%. "Une grande partie ne bénéficie d’aucune aide ou d’une aide partielle", note-t-on. Selon un sondage auquel 1.650 adhérents ont répondu, 25.550 journées de travail ont été ainsi perdues. "Le secteur culturel est touché de plein fouet", observe l'administrateur délégué Maxime Dechesne, qui craint "la casse sociale".

En effet, ces travailleurs atypiques ont des rythmes qui ne correspondent pas à ceux des indépendants "classiques" ou des salariés. "Ils cumulent les CDD, parfois avec un temps partiel en CDI, certains ayant accès au chômage en alternance, d'autres pas. Les cadres réglementaires ne sont pas adaptés à leurs réalités de travail", résume la porte-parole Virginie Moyersoen.

Pas de réponse du gouvernement

Dès le début du confinement, les administrateurs délégués avaient interpellé la Première ministre Sophie Wilmès (MR). Mercredi dernier, accompagnée de la FGTB Bruxelles, de la CSC-United Freelancers, de Solidaris ou de personnalités telles que le philosophe Philippe Van Parijs ou le bourgmestre d’Auderghem Didier Gosuin (DéFI), Smart a relancé Sophie Wilmès, Maggie De Block (Open Vld, Affaires sociales) et Nathalie Muylle (CD&V, Économie). Objectif: proposer des pistes pour venir en aide aux membres de la coopérative. Pour l'heure, aucune réponse de membres du gouvernement. La coopérative dit avoir pris attache avec des membres d'Ecolo, du PS et du cdH. Une question parlementaire devrait être posée à ce sujet, ce matin, par Ecolo.

Smart propose trois pistes d’action: la suspension de la dégressivité du chômage, l’ouverture du chômage temporaire partiel ou total pour les contrats à durée déterminée (ce qui est le statut de la majeure partie des adhérents) et la délivrance d'un revenu de remplacement forfaitaire pour tous, aligné sur les montants octroyés aux indépendants, durant la durée du confinement. Un peu comme cela se passe au Canada ou en Allemagne. "Le temps n'est plus à la prise d'information, mais à l'action. On met nos idées sur la table, elles nous paraissent bonnes, mais nous ne sommes pas fermés. Des mesures doivent être prises", poursuit Maxime Dechesne. "C'est une question de justice et d'équité. Depuis la création de Smart, un demi-milliard d'euros a été versé à la collectivité via les cotisations des travailleurs. Et ils n'ont pas de droits comme les autres? Ce chômage temporaire s'applique à eux, point."

Smart estime, si le confinement doit durer jusque fin avril, qu'elle subira une perte d'environ 25 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2020 (en 2018, il était de 204 millions d'euros). La trésorerie de la coopérative oscille "entre 8 et 16 millions", dit l'administrateur délégué, pour qui "Smart n'est pas en danger, rien ne permet de le dire. Mais si le confinement doit durer 8 mois, le discours ne sera plus le même". Des mesures de chômage temporaire ont été prises parmi le personnel de la coopérative.

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