Epargné, le secteur biopharmaceutique voit surgir de nouvelles opportunités

Certaines biotechs, comme Univercells, voient leurs projets s'étendre. D'autres, comme iTeos ou Mithra, continuent de lever des fonds.

A l'opposé de ce qui se profile pour l'automobile ou l'aviation, les scénarios catastrophes ne sont pas à l'ordre du jour dans la biopharma belge. La réindustrialisation et les vaccins offrent même des opportunités nouvelles.

"Je ne dors quasiment plus." Hugues Bultot, le CEO d’Univercells, l’avoue sans détour. La crise du coronavirus a modifié le plan de développement stratégique de sa société, poussant cette dernière à se positionner sur des créneaux qui n’étaient pas prévus initialement. La biotech du Biopark de Gosselies a annoncé cette semaine une collaboration avec deux partenaires européens pour le développement et la fabrication d'un vaccin contre le Covid-19. 

"Nous n’avions pas prévu à l'origine de porter un projet de vaccin nous-mêmes."
Hugues Bultot
CEO d'Univercells

Il y a encore quelques années, quand Univercells avait reçu un premier financement de la fondation Gates, il n’était alors question que de fournir des plateformes de fabrication et des bioréacteurs pour la production de vaccins à bas prix pour les régions du monde mal desservies. "Nous n’avions pas prévu à l'origine de porter un projet de vaccin nous-mêmes", poursuit Hugues Bultot.

Pas plus qu'il n'avait sans doute imaginé qu'une grande pandémie qui a mis la planète quasiment à l'arrêt puisse pousser autant d'acteurs internationaux, dont certains financés par le Département américain de la Défense, à s'intéresser massivement à la technologie d'Univercells. 

De l'argent frais 

A l'instar de l'entreprise carolo, combien de sociétés belges des sciences du vivant pourraient finalement transformer une crise d'une ampleur sans précédent en opportunité? Difficile d'y apporter une réponse à ce stade. Mais la première réflexion qui vient à l'esprit, c'est que le secteur, dans sa globalité, est nettement moins touché que d'autres branches de l'industrie.  "Du côté des biotechs, dont la plupart ne sont pas encore sur le marché, le développement des produits n'a pas été affecté et la recherche se poursuit", constate Frédéric Druck, administrateur délégué d'essenscia wallonie. Mieux: plusieurs d'entre elles, comme iTeos Therapeutics ou Mithra, ont annoncé en plein confinement avoir levé de l'argent frais. 

Plusieurs sociétés, comme iTeos Therapeutics ou Mithra, ont annoncé en plein confinement avoir levé de l'argent frais.

Quant aux Big Pharma, elles ont continué à tourner tout en mettant leur force de frappe au service des autorités et dans certains cas, en s'impliquant dans la recherche d'un vaccin. Les géants britannique GSK et américain Johnson & Johnson, qui disposent de grosses capacités de recherche voire de production dans notre pays, sont très impliqués dans la mise au point d’un vaccin contre le coronavirus. 

Pas de grand chamboulement

Bref, si les secteurs de l'automobile ou de l'aviation n'échapperont pas à une vague de catastrophes industrielles et à une recomposition, le scénario d'un grand chamboulement dans la biopharma, où le chômage temporaire n'est que de 2,3% selon essenscia, est nettement moins plausible. C'est plutôt l'inverse qui se profile. 

2,3%
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Le chômage temporaire n'est que de 2,3% dans la biopharma, selon essenscia.

L'étape suivante, ce sera le débat sur la réindustrialisation, qui devrait aussi apporter son lot de nouvelles possibilités pour des entreprises wallonnes, dont l'écosystème est très structuré et organisé en pôle de compétitivité (Biowin). La création d'une filiale de fabrication et de décontamination de masques  ainsi que la production de tests de diagnostic devraient faire des émules, dans le domaine d'autres équipements médicaux essentiels mais aussi pour certains médicaments. "Tout cela a du sens, notamment pour les masques, dans la mesure où il y a une demande vu le poids du secteur biopharmaceutique en Belgique", poursuit Frédéric Druck. "Mais il faudra s'assurer de soutenir des projets industriels qui ont des ambitions au-delà de la crise. Il s'agira aussi de créer les conditions pour ce redéveloppement industriel, en matière de coûts de l'énergie, de formation ou de réglementation."  

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