reportage

Et si nos édiles belges s'inspiraient du plan de déconfinement grand-ducal?

Sur le chantier de Thomas & Piron Bau à Mamer, les ouvriers sont progressivement de retour.

Depuis la semaine dernière, le gouvernement luxembourgeois a officiellement arrêté la date du 20 avril dernier pour la réouverture de tous les chantiers de construction. Nous nous sommes rendus sur place, sur plusieurs d’entre eux portés par des entreprises belges. Et ça redémarre dans l'ordre.

Bien sûr, c’est le Luxembourg. Et depuis lundi dernier, ne vous y avisez surtout plus d’y entrer dans un commerce ou un bus sans porter de masque: poliment, un responsable vous rappelle à l’ordre. Et si vous ne vous fondez pas illico dans la masse masquée, celle-ci vous le fait clairement sentir du regard.

"On n’a pas encore atteint le plein régime d’avant confinement. Mais un mois jour pour jour après l’arrêt brutal, on relance progressivement la machine."
Hans De Wolf
Thomas & Piron Bau

Ici, une chose est claire depuis un mois déjà: pour recouvrer durablement un peu de liberté, on ne badine pas avec les consignes imposées par l’État. Un État qui a d’ailleurs joint l’acte au message, clair et détaillé: la plupart des Luxembourgeois auraient reçu, via leur tutelle communale, non pas un mais cinq masques avant même que leur port soit décrété obligatoire sur le petit territoire grand-ducal. Élémentaire, sans plus, dit-on ici. Alors que chez nous, les bourgmestres s’emmêlent déjà les pinceaux pour expliquer comment, peut-être, certains y auront droit via via, avant ou après les premiers bourgeons du déconfinement annoncé en ordre dispersé pour le 4 mai, dans un flou artistique à la belge qui fait les choux gras de nos voisins grands-ducaux. 

"Et pour les entreprises, même topo: on a reçu une convocation avec un jour et une heure précis pour aller enlever un stock de masques à l’aéroport du Findel, réquisitionné pour l’occasion. Nous, c’était le 19 avril dernier. Et tout était parfaitement encadré", confie Hans De Wolf, le directeur opérationnel de Thomas & Piron Bau, qui nous reçoit dans ses bureaux de Windhof, juste passé la frontière belge. Dès l’entrée, pour donner le la, sa collègue nous invite d’ailleurs gentiment à nous désinfecter les mains: un geste désormais banal avant de proposer un café. 

La parole et surtout le geste qui colle

Hans De Wolf joint, lui aussi, le geste à la parole: il nous emmène sur un important chantier résidentiel, qui sort de terre non loin de ses bureaux, rue de Kirpach à Mamer. Si les 31 (petits) appartements, dont les prix varient de 500.000 à 900.000 euros, sont déjà tous vendus, on en est seulement au stade des terrassements particuliers pour les fondations et à la mise en œuvre du réseau enterré. Le travail a progressivement repris depuis le 21 avril et ça ferraille, ça coffre et ça bétonne déjà ferme. "On n’a pas encore atteint le plein régime d’avant confinement. Mais un mois jour pour jour après l’arrêt brutal, on relance progressivement la machine", sourit-il. 

Les moments de rapprochement sont réduits au minimum, port du masque obligatoire.

Pour y parvenir, ses équipes ont préalablement planché, la semaine dernière, sur des procédures qui appliquent à la lettre les consignes gouvernementales. C’est Seco Lux, la filiale luxembourgeoise de la société de contrôle sécurité Seco, qui a pris les choses en main et ajouté les consignes Covid-19 au plan de prévention existant, du transport du personnel sur chantier jusqu’au nettoyage quotidien des sanitaires. 

 

Il a ensuite fallu faire passer l’information à tout le personnel et aux sous-traitants, puis fournir à tout le monde le matériel nécessaire. "Je suis surpris du résultat: on sait qu’on est au Luxembourg, mais nos ouvriers sont belges, français, portugais, polonais, roumains aussi. Et même chose pour les sous-traitants. Tout le monde est rentré directement dans le moule. Heureusement d’ailleurs, car ici les services de contrôle ne rigolent pas avec les directives. Ils ont d’ailleurs renforcé les volets sociaux de ces contrôles". 

"Je suis surpris du résultat: on sait qu’on est au Luxembourg, mais nos ouvriers sont belges, français, portugais, polonais, roumains aussi. Et même chose pour les sous-traitants. Tout le monde est rentré directement dans le moule"
Hans De Wolf
Thomas & Piron Bau

Rien n’est pourtant évident: "Certaines phases de nos chantiers dépendent d’équipes reparties dans leurs pays d’origine dès l’annonce de fermeture des frontières. Et maintenant qu’on relance l’activité, il faut les faire revenir sur chantier le plus rapidement possible. Mais il faut négocier l’autorisation de traverser certains pays; par exemple l’Allemagne pour les Polonais, même ceux qui sont sur notre pay-roll…" 

Puzzle à recomposer

Même son de cloche au centre-ville, où Paul Muyldermans coordonne la reprise du chantier de construction du Royal Hamilius, un projet mixte emblématique porté par la société belge Codic qui défraie la chronique locale depuis des années déjà. "Il ne suffit pas de rallumer l’interrupteur qu’on a dû couper net il y a un mois. C’est bien plus compliqué que ça en a l’air de l’extérieur… Et on dépense pour l’instant une énergie folle à tenter de programmer les différents travaux qui doivent encore être planifiés pour livrer les dernières parties résidentielles et commerciales du projet.

Sur la place de la Poste, désormais intégrée au projet immobilier mixte Royal Hamilius du belge Codic, l'entreprise verviétoise Leidgens termine la pose du dallage, juste à côté du chantier du tram sur le boulevard Royal.

On devrait en être à la phase terminale. Il ne manque plus grand-chose, mais tout est imbriqué et intimement mêlé. Si une équipe italienne ou Estonienne en charge de tel poste n’a pas encore pu rejoindre le chantier, tout ce qui vient en aval est forcément gelé. Aux dernières nouvelles, l’État italien, par exemple, ne voulait pas permettre aux travailleurs concernés de quitter le territoire. Rien n’est simple pour l'instant. La libre circulation d’hier n’est plus la norme; et comme les avions ne volent plus, il faut tout organiser par la route, avec les autorisations de transit entre les pays", soupire le responsable qui loge à l’hôtel voisin, encore ouvert, "contrairement au Hilton qui a baissé le volet". Et pour manger, reste pour l’instant le service de catering en chambre, tant que cela dure… 

Juste à côté du Royal Hamilius, où une équipe d’ouvriers de l’entreprise verviétoise Leidgens, spécialisée dans les aménagements extérieurs, termine de poser le précieux dallage en pierre sur la place de la Poste, l’important chantier du tram urbain a repris sur tout son trajet. Preuve que la vie économique locale reprend progressivement son cours. 

"Il ne suffit pas de rallumer l’interrupteur qu’on a dû couper net il y a un mois. C’est bien plus compliqué que ça en a l’air de l’extérieur"
Paul Muyldermans
Codic

Ca turbine confiné deux fois

À quelques minutes du centre-ville, dans le quartier vallonné de Bonnevoie, sur l’ex-site industriel de Polvermillen bordant l’Alzette, la société de promotion Immobel est parvenue à ne pas interrompre son chantier: santé publique oblige, l’excavation des terres sur 7 mètres de profondeur et leur décontamination dans un immense sas dépressurisé suit son cours. Sur le site de 3 hectares bientôt reconverti en quartier résidentiel de 210 logements répartis selon les plans des architectes belges du bureau Assar, se sont succédé durant les siècles derniers une fabrique de farine, de lingerie, de tire-fort, une filature de coton et une blanchisserie, cette dernière ayant pas mal pollué une partie du sous-sol, très sablonneux. Après obtention des permis et reconstruction (avec revalorisation de 7 bâtiments classés au patrimoine), un tiers de l’espace bordant l’Alzette repeuplée sera rendu au public. 

Le futur quartier de Polvermillen sera construit sur le site de 3 hectares bordant l'Alzette une fois le chantier de décontamination achevé.

"Heureusement, en argumentant, nous avons pu négocier le maintien du chantier avec les autorités locales sans trop de difficultés. Nous étions d’ailleurs déjà, vu la spécificité actuelle du chantier confiné, dans une procédure encore plus restrictive que celle imposée par la pandémie actuelle, que nous avons intégrée dans nos bonnes pratiques. Pour l’instant, il y a encore peu d’ouvriers concernés car le chantier est très mécanique, avec des camions qui rentrent et sortent de l’espace entièrement confiné par la firme Suez", explique Raphaël Leduc, le directeur technique du chantier.

Olivier Bastin, le CEO local, nous confie avoir 2 projets à l’arrêt depuis un mois sur les 7 actuellement en phase de développement, dont la tour résidentielle de 25 étages du projet mixte Infinity, sur le plateau du Kirchberg. Les 165 appartements sont vendus et il faut les livrer sans traîner. "Heureusement, on relance progressivement ce projet-phare, en rappelant et encadrant les équipes parfois confinées dans d’autres pays. Rien n’est simple dans cette conjoncture, mais heureusement ça repart!

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