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Étaler les congés d'été pour ne pas freiner la reprise

Si les restrictions pour les voyages à l'étranger sont prolongées, beaucoup de Belges se retrouveront à la côte cet été. ©Photo News

Pour ne pas handicaper la reprise de l’activité économique, il serait souhaitable de rééchelonner les vacances d’été. Entreprises, secteurs et partenaires sociaux devront faire preuve de souplesse et d’esprit de concertation.

Au train où vont les choses, avec un processus de déconfinement progressif, il y a fort à parier que l’économie ne retrouvera son régime de croisière qu’au début de l’été, c'est à dire au moment où les gens ont l’habitude de partir en vacances, ce qui risque de porter un coup de frein à la reprise tant attendue.

Le PIB au troisième trimestre est traditionnellement plus faible d’environ 5% par rapport à la moyenne de l’année, ce qui représente 3 à 4 milliards d’euros d’activité en moins. Si tout le monde décide de prendre ses congés cet été, cela n’aidera pas la reprise.

Ne vaudrait-il dès lors pas mieux reporter les congés d’été? "La réponse intuitive est oui", explique Philippe Ledent, économiste chez ING. "Pour les entreprises qui font face à de la demande de la part des consommateurs, c’est en effet une possibilité de rattraper le temps perdu."

Pas tous à la mer du Nord

Il invite cependant à une certaine prudence. "Les congés d’été, c’est aussi un moment-clé pour le tourisme et les loisirs, des secteurs durement touchés par le confinement."Ceci étant, si on ne peut pas partir à l'étranger cet été, on ne pourra pas accueillir tout le monde à la mer du Nord ou dans les Ardennes. Surtout s’il y a toujours lieu de respecter la distanciation sociale.

"On pourrait imaginer d’étaler la période des congés d’été. Une partie de l’activité pourrait ainsi être rattrapée."
Philippe Ledent
Économiste chez ING

C’est pourquoi Philippe Ledent plaide pour une certaine souplesse relative aux congés d’été. Les congés du bâtiment par exemple, ce sont près de trois semaines d’arrêt complet. "On pourrait imaginer d’étaler la période des congés d’été. Une partie de l’activité pourrait ainsi être rattrapée." Un rééchelonnement des congés d’été ne comblera certes pas l’entièreté du manque à gagner engendré par le confinement. "On compensera tout au plus 5% de la facture", prédit Philippe Ledent.

Reste à voir la faisabilité technique d’un rééchelonnement des congés d’été. "Cela variera sans doute d’un secteur à l’autre. Un grand chantier n’est pas la même chose qu’un petit chantier résidentiel. Après les efforts réalisés par le personnel soignant et les sacrifices consentis par les chômeurs temporaires, il ne serait pas indécent de demander un effort de réorganisation du temps de travail durant les mois d’été. L’important est que les choses puissent se faire de manière concertée, afin que chacun comprenne l’utilité des efforts demandés."

Concertation

Nous avons dès lors réalisé un petit coup de sonde du côté des partenaires sociaux.

La Fédération des entreprises de Belgique (FEB) confirme que ces vacances d’été tombent au plus mal. "Beaucoup d’entreprises nous rapportent qu’elles sont déjà au plus mal, ces vacances pourraient leur être fatales", indique Monica De Jonghe, directeur général à la FEB.

5
%
Le PIB au troisième trimestre est traditionnellement plus faible d’environ 5% par rapport à la moyenne de l’année.

Beaucoup de secteurs et entreprises fixent la fermeture estivale en décembre de l’année précédente. À cela s’ajoute le cadre européen qui ne permet en principe pas de reporter à l’année suivante les 20 jours de congés légaux. "Nous espérons vraiment pouvoir compter sur une certaine souplesse de la part des syndicats, par exemple pour pouvoir prendre une partie des congés en 2021. Ce serait dommage d’hypothéquer la reprise", plaide Monica De Jonghe.

À la CSC, on indique que "cette question doit être tranchée à travers la concertation dans les secteurs et les entreprises."

"On compensera tout au plus 5% de la facture."
Philippe Ledent
Économiste chez ING

La FGTB se dit pour sa part opposée à l’idée d’imposer une renonciation aux congés cet été. "Nous privilégions la concertation et le dialogue au sein de l’entreprise et nous pensons aux familles pour qui renoncer aux congés alors qu’on est en période de vacances scolaires parait difficilement tenable." La FGTB rappelle par ailleurs que la loi permet de prester des heures supplémentaires en cas de surcroît de travail extraordinaire, "toujours dans un esprit de concertation et de dialogue".

Tourisme local

"Nous espérons pouvoir compter sur une certaine souplesse de la part des syndicats, par exemple pour pouvoir prendre une partie des congés en 2021."
Monica De Jonghe
FEB

L’Union des classes moyennes (UCM) estime que, compte tenu du risque de restrictions pour les voyages à l’étranger, ce serait l’occasion de promouvoir et de privilégier l’offre touristique locale, qui en aura d’ailleurs grand besoin après avoir perdu le printemps. "Nous avions déjà souhaité une action des autorités pour promouvoir la consommation locale. Les vacances locales pourraient faire partie d’une telle campagne de sensibilisation."

Deux bémols cependant. De nombreux ménages ont subi une perte de revenus et ne pourront peut-être pas s’offrir des vacances, même en Belgique. D’autre part, des milliers de Belges vont se retrouver avec des "vouchers" des tours opérateurs et agences de voyages qu’ils auront un an pour utiliser et qui ne bénéficieront pas au tourisme domestique.

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