Etienne de Callataÿ: "Ce chèque consommation de 300 euros est une mesure idiote"

Pour l'économiste Etienne de Callataÿ, le chèque Horeca-culture de 300 euros, "à première vue passe pour sympa mais, dans les faits, cela ne servira pas les personnes qui ont été le plus touchées par la crise". ©BELGAIMAGE

L'économiste Etienne de Callataÿ n'est pas tendre avec la décision prise samedi en kern élargi. Il n'est pas le seul: Philippe Ledent estime lui aussi que ce chèque n'aura au final qu'un impact limité sur les secteurs visés, horeca et culture en tête.

Parmi les mesures prises samedi par le "kern +10", le conseil des ministres élargi aux dix formations politiques soutenant le gouvernement fédéral, certaines suscitent de sérieux doutes quant à leur efficacité réelle. C'est peu de le dire.

C'est le cas en particulier du chèque consommation de 300 euros. Visant les secteurs principalement touchés par la crise, il "pourra être octroyé par l’employeur pour l’achat de biens et services dans des secteurs tels que l’Horeca, la culture, etc.". Il sera déductible à 100% et défiscalisé.

"Ce chèque est une prime aux chanceux. C'est antisocial."
Etienne de Callataÿ
Economiste - Orcadia

"Ce chèque consommation de 300 euros est une mesure inefficace, démagogique et idiote", estime Etienne de Callataÿ, économiste et cofondateur d'Orcadia Asset Management. "A première vue, cela passe pour sympa mais, dans les faits, cela ne servira pas les personnes qui ont été le plus touchées par la crise."

Mais encore? "Ceux qui ont perdu leur emploi ne toucheront pas ces 300 euros et ceux qui travaillent pour des entreprises fragilisées par la crise ne les verront pas non plus car leur employeur n'aura pas les moyens de les verser. Par contre, le fonctionnaire et le salarié d'une entreprise en bonne santé vont profiter de cet extra, même s'ils n'en ont pas besoin. Ce chèque est une prime aux chanceux. C'est antisocial."

La critique d'Etienne de Callataÿ ne s'arrête pas là. "Ce chèque est censé aider l'horeca et d'autres secteurs très touchés par la crise. Mais le risque est que le consommateur, au lieu de dépenser 300 euros en cash, utilise ce chèque et épargne les 300 euros. Quel aura alors été le gain pour l'horeca? Zéro. Il utilisera peut-être ses 300 euros à d'autres dépenses, mais pas forcément dans des secteurs visés par la mesure. Autrement dit, l'impact de la mesure risque d'être faible."

Non ciblé

Si son propos est moins dur, Philippe Ledent est du même avis. "La rationalité économique de cette mesure est difficile à cerner", pose l'économiste d'ING Belgique. "Si le consommateur utilise ce chèque pour épargner 300 euros, c'est un coup dans l'eau. Et s'il les utilise pour acheter un produit sur Amazon, cela n'aura en rien aidé l'économie belge. Le risque est grand que ce chèque n'ait au final qu'un impact limité sur les secteurs visés."

"Il serait plus utile de définir une stratégie de relance digne du nom."
Philippe Ledent
Economiste - ING Belgique

Pour l'un comme pour l'autre, mieux aurait valu des mesures ciblées sur les publics les plus touchés par la crise. "Par exemple en incitant les entreprises à verser une prime cash défiscalisée aux travailleurs qui ont subi le chômage temporaire", propose Philippe Ledent. "Ou en relevant temporairement les allocations de chômage", glisse Etienne de Callataÿ. "Ou encore en proposant un bon d'achat valable pour les produits belges."

Autre mesure prise samedi, le "rail pass" de 10 voyages SNCB, à utiliser entre le 1er juillet et le 31 décembre, n'est pas mieux accueilli. "Je suis extrêmement dubitatif", réagit Philippe Ledent. "Les gens vont-ils réellement plus prendre le train ou vont-ils payer leurs trajets avec ce pass gratuit? J'ajoute que, s'il n'est pas nominatif, on peut craindre un marché noir du rail pass. Franchement, ça m'échappe." Etienne de Callataÿ ajoute: "D'un point de vue sanitaire, je ne vois pas très bien l'intérêt d'augmenter la fréquentation des trains dans les prochains mois."

Ces mesures ne sont rien d'autre que des signaux indiquant que le politique fait quelque chose, estiment en substance les deux économistes. Pour Philippe Ledent, "il serait plus utile de définir une stratégie de relance digne de ce nom. Il est vrai que, dans la situation politique actuelle, il est très difficile d'avoir une vraie stratégie."

Tout savoir sur le coronavirus Covid-19

La pandémie de coronavirus Covid-19 frappe de plein fouet la vie quotidienne des Belges et l'économie. Quel est l'impact du virus sur votre santé et sur votre portefeuille? Les dernières informations et les analyses dans notre dossier. 

Par thématique:

Lire également

Publicité
Publicité

Messages sponsorisés