carte blanche

Éviter à tout prix le présentéisme suite au Covid-19

CEO de Cigna Europe

Certains, en situation forcée de télétravail, se sentent obligés de travailler, alors qu'ils sont malades. Gare au présentéisme!

 

Il est normal de se mettre en congé-maladie lorsque l’on ne se sent pas bien, et ce, même si l’on travaille de chez soi. Il est également normal d'éteindre son ordinateur à la fin de la journée et oui, il est tout aussi normal de donner la priorité à sa santé et à son bien-être, qu’il soit physique ou moral. En ces temps difficiles, il est donc primordial de définir une séparation claire entre vie privée et vie professionnelle.

Arjan Toor est CEO de Cigna Europe.

Pour de nombreuses entreprises, le télétravail fait partie du décor depuis que les ordinateurs portables et l'internet l'ont rendu possible. En 2018, environ 17% de la main-d'œuvre belge travaillait déjà à distance au moins une fois par semaine. Ce chiffre augmente depuis chaque année. Pour d'autres, le passage au télétravail a été dicté par la pandémie, et a signifié l'introduction brusque de nouveaux processus et d’une nouvelle façon de travailler.

La santé en priorité

Repensons un instant au monde d'avant la pandémie actuelle, un monde dans lequel un tiers des travailleurs belges admettaient déjà aller travailler même en étant malades. Le contexte actuel ne sera pas source d’améliorations: le télétravail s’est presque généralisé, la pression professionnelle s'intensifie et la limite entre vie privée et vie professionnelle est de plus en plus floue. Certains se sentent obligés de travailler, alors qu’ils sont malades, au lieu de se mettre en maladie pour se reposer, récupérer et reprendre des forces. Les limites ne sont plus claires et aucun précédent n'a encore été établi. Il est donc nécessaire que les employeurs prennent les devants pour offrir davantage de soutien à leurs employés et pour placer leur santé et leur bien-être en tête de leur fiche de route Covid-19.

41%
"Always-on"
Selon la dernière enquête "360 Well-Being Survey" de Cigna, 41% des personnes disent travailler dans une culture “always-on" et se sentent obligés de consulter constamment leurs e-mails ou de répondre à des appels professionnels en dehors des heures de bureau.

Faire face à la pandémie actuelle ne devrait cependant pas être la seule préoccupation des employeurs. En Belgique, 72% des travailleurs sont stressés et 56% ont remarqué qu'un collègue l'était également. Selon la dernière enquête "360 Well-Being Survey" de Cigna, 41% des personnes disent travailler dans une culture “always-on" (vs le droit à la déconnexion) et se sentent obligés de consulter constamment leurs e-mails ou de répondre à des appels professionnels en dehors des heures de bureau. Un tel stress non géré peut s'accumuler et prendre la forme de problèmes plus sévères, notamment l'hypertension artérielle, de la tachycardie ou des douleurs thoraciques, qui deviennent souvent chroniques et plus difficiles à gérer. Dans le contexte actuel, ceci conduira invariablement au présentéisme, parce que les travailleurs se sentent contraints et obligés de continuer à travailler - parce qu'ils sont déjà à la maison - malgré le fait qu'ils ne seront probablement pas productifs. Le Covid-19 nous a appris à travailler et à vivre autrement. Il a aussi mis en lumière l’importance de nos liens sociaux et de notre santé physique et mentale.

Aux employeurs de placer les limites

Même en cette période d'incertitude, les employeurs doivent donc s'efforcer de gérer leur équipe de la même manière, en utilisant les outils numériques afin de rester connectés, tout en mettant des limites en termes de disponibilité. Créer des contextes d’échanges, par le biais notamment d’appels ou de visioconférences régulières, permet aux employés de s’ouvrir à leurs collègues et à leur employeur sur tout type de préoccupation, qu'elle soit personnelle ou professionnelle. Il est important que les employés se sentent écoutés et qu’ils sachent que leur bien-être physique et mental reste une priorité pour l'entreprise. En se sentant soutenus et valorisés par leur employeur en cette période difficile, les employés comprendront qu’ils ont le droit de déconnecter, et que si un congé de maladie s’impose, celui-ci sera accompagné de mesures afin de les aider à redevenir productifs sur leur lieu de (télé)travail lorsqu'ils seront suffisamment reposés et prêts à se remettre au travail.

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