chronique

Fabienne Bister: "Vers un retour à l'anormal?"

Je frissonne dès que j’entends parler du retour à la normale, à l’avant Covid-19 ! Non, la situation d’avant n’était pas normale. Vivre une crise planétaire nous montre que nous ne pouvons ignorer ce qui se passe dans les autres parties du monde car nous sommes tous reliés. La chronique de Fabienne Bister.

Deux points ressortent fortement : l’inégalité entre les humains et le gaspillage des ressources naturelles.  Est-ce utopique d’avancer vers plus de respect des droits fondamentaux, davantage de solidarité et de citoyenneté, en privilégiant une biodiversité qui réduira les risques climatiques et écologiques ?  Chacun a un rôle à jouer, suivant sa personnalité, ses affinités et ses talents.  C’est le moment idéal pour respirer, s’arrêter afin de réfléchir aux valeurs qui importent vraiment pour vous, celles avec lesquelles vous vous sentirez aligné et donc à l’abri du burnout, de l’angoisse ou de la dépression. 

L’humain a de tous temps été partagé entre égoïsme et altruisme : ça ne va pas changer en quelques mois, mais cette crise peut accélérer l’entrée dans un tournant positif pour notre avenir et celui des plus jeunes.

L’économie devrait retrouver sa place, donc être au service des humains, avec la finance comme simple instrument. Laissons le modèle de la croissance infinie aux rêveurs qui ne réalisent pas que les ressources sont limitées et partagées entre un nombre toujours croissant d’humains.

Tout investissement présentant un risque, vous pouvez choisir celui qui est conforme à vos valeurs personnelles car vous le soutiendrez avec plus d’énergie et d’enthousiasme, donc de chances de réussite.

Vos choix de fournisseurs pourraient être réorganisés pour moins dépendre d’industries lointaines et de systèmes de transport nécessitant des énergies fossiles. 

L’Etat pourrait créer un instrument éthique garantissant le capital et un taux modeste mais sûr, pour mobiliser les comptes épargnes regorgeant de ressources en Belgique.

Dans chaque décision, professionnelle ou privée, favorisons celles qui respectent l’humain, le vivant et l’environnement.  Personne ne peut changer le monde seul mais l’entrepreneur ou le cadre qui montre l’exemple et explique pourquoi il fait ce choix enclenche une dynamique, qui fera tache d’huile autour de lui via les familles, amis et réseaux sociaux.

L’aide publique qui sera apportée aux entreprises et aux secteurs doit aussi passer par le filtre du bon sens et de l’impact pour l’avenir.  Refinancer les compagnies aériennes, par exemple, ne me semble pas une priorité, encore moins si l’actionnariat est ailleurs que les contributeurs. Les emplois n’en seraient pas perdus mais plutôt à réorienter vers des modes de transport plus respectueux de notre avenir, comme la marine à voile revue et corrigée.

Mobiliser l'épargne

Pour financer ces investissements vers des solutions créatives porteuses d’avenir, l’État pourrait créer un instrument éthique garantissant le capital et un taux modeste mais sûr, pour mobiliser les comptes épargnes regorgeant de ressources en Belgique.  La politique de taux très bas a bien aidé mais le contexte actuel ne va pas favoriser l’investissement des particuliers dans des entreprises qui semblent de plus en plus risquées.  L’épargne ne demande, moyennant quelques garanties, qu’à s’investir dans des nouvelles formes d’agriculture, de transport des gens et des marchandises, d’énergies renouvelables, d’isolation des lieux de vie et de travail, de purification de l’air et de l’eau, de création d’emplois qui réduiront la charge financière du chômage.

Un autre partage du (temps de) travail, des ressources humaines et des talents peut être favorisé moyennant les formations ad hoc.  Cela va de pair avec plus de souplesse, de créativité et d’agilité dans une législation du travail ultra complexe et figée.  Le système actuel nous prive d’incroyables potentiels.  Une nouvelle forme de solidarité ne demande qu’à naître et à s’exprimer ailleurs que sur les balcons et devant les machines à coudre.

Assurer un revenu de base à grande échelle, qui permette à tout être humain de vivre décemment, me semble une sorte d’évidence.  L’allocation universelle reste mal comprise et difficile à mettre en œuvre mais elle mérite d’être étudiée de manière ouverte et proactive.

En tant que leader de votre entreprise ou département, votre rôle est d’informer mais surtout de rassurer, donner confiance, sourire et réinventer votre métier avec un enthousiasme contagieux.  Ne perdez pas de temps à écouter les mauvaises nouvelles annoncées par certains médias qui n’ont pas encore compris que les gens ont besoin de positif et d’espérance.  Ne vous inquiétez pas pour les questions macro-économiques qui sont hors de votre sphère d’influence : gardez votre énergie pour construire un avenir positif autour de vous.

Si comme moi, vous avez les larmes aux yeux devant certaines manifestations de solidarité et que vous avez envie de vivre cela plus souvent, alors il y a de l’espoir !  Les voisins font connaissance, les entreprises s’entraident et partagent leurs pistes de solutions, quelques combats armés s’interrompent : cette crise s’accompagne d’une énorme vague énergétique puissante et positive.  Le moment est venu de surfer … pour pouvoir encore rire et danser demain.

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