interview

Fabienne Bryskère, CEO de Mestdagh: "J'ai vu en magasin des comportements de clients totalement inacceptables"

Pour Fabienne Bryskère, CEO de Mestdagh, le confinement induira sans doute des changements de comportement à plus long terme.

Entrée en fonction le 3 mars dernier, Fabienne Bryskère, la nouvelle CEO de Mestdagh, partage sa semaine entre le domicile, le bureau et les magasins. Histoire de s'immerger dans le vécu d'une entreprise qu'elle découvre. Dans un contexte particulier.

C'est ce qui s'appelle être d'emblée plongé dans le bain. Depuis le 3 mars, Fabienne Bryskère assume la direction de Mestdagh. Engagée pour achever la mise en œuvre du plan de transformation "New Mestdagh 2020", l'ex-CEO de Multipharma a d'abord dû parer au plus pressé. Dès le 5 mars, alors que se profilait le scénario d'un confinement, elle convoquait sa première réunion de crise. Objectif: dresser la liste des personnes indispensables au bureau. 

20
collaborateurs
Depuis le 13 mars, les services centraux de Mestdagh n'accueillent plus qu'une vingtaine de collaborateurs sur 150.

Jusqu'à vendredi dernier, la cellule de crise se réunissait deux fois par jour. Une réunion par jour suffit désormais. "Quand le confinement a été annoncé, ma première réaction a été de venir au bureau pour m'assurer que les gens travaillaient bien de chez eux. Il n'y avait pas de culture du télétravail chez Mestdagh", raconte-t-elle.

La grosse majorité des salariés du siège central a donc été renvoyée chez elle avec son ordinateur. Depuis le 13 mars, les services centraux n'accueillent plus qu'une vingtaine de collaborateurs sur 150 (responsables de l'approvisionnement, comptables, services informatiques). "Globalement, nous étions prêts. La seule chose que nous n'avons pas anticipée, c'est l'augmentation spectaculaire des ventes au début du confinement."

Garder des liens

"Après 10 jours, je me suis dit qu'il fallait que j'aille en magasin pour voir comment les choses se passent et pour afficher mon soutien au personnel."
Fabienne Bryskère
CEO de Mestdagh

Soucieuse de montrer l'exemple, Fabienne Bryskère s'est, elle aussi, d'abord cloîtrée chez elle. Elle a emprunté le bureau d'une de ses filles, auquel elle s'attable tous les jours à 8h et qu'elle ne quitte pratiquement pas de la journée. "Je suis quasi tout le temps en conférence téléphonique. C'est important de garder des liens avec toutes les composantes de l'entreprise. Mais après 10 jours, je me suis dit qu'il fallait que j'aille en magasin pour voir comment les choses se passent et pour afficher mon soutien au personnel". Depuis lors, la CEO de Mestdagh passe trois jours de la semaine à la maison et deux jours au bureau ou en magasin.

Tout savoir sur le coronavirus Covid-19

La pandémie de coronavirus Covid-19 frappe de plein fouet la vie quotidienne des Belges et l'économie. Quel est l'impact du virus sur votre santé et sur votre portefeuille? Les dernières informations et les analyses dans notre dossier. 

Par thématique:

Fabienne Bryskère ne cache pas avoir été surprise par le comportement de certains clients. "J'ai vu, dans le chef de certains, des comportements totalement inacceptables à l'égard du personnel", dit-elle. Exemple: la ruée sur une palette de sacs de farine pas encore vidée. "Les gens sont agressifs. On leur demande de ne pas prendre plus de deux sacs, mais ils n'écoutent pas et s'en prennent aux collaborateurs."

Face à face

La saturation du personnel était une des raisons des demandes de compensation formulées par les syndicats. Contrairement à d'autres enseignes, la délégation syndicale de Mestdagh a exigé que les négociations avec la direction aient lieu en face à face.

"Les conférences téléphoniques sont très positives. Les gens se parlent facilement. Ils s'interrompent moins et s'écoutent davantage."
Fabienne Bryskère
CEO de Mestdagh

"Cela s'explique sans doute par le fait que les syndicats ne me connaissaient pas. Nous avons donc demandé des réunions restreintes à 4 personnes côté syndicats et 3 côté direction. Les réunions avaient lieu dans la plus grande salle dont nous disposions pour assurer une distance optimale entre les interlocuteurs", explique Fabienne Bryskère.

Selon elle, les discussions ont été constructives. Dans l'ensemble, la CEO de Mestdagh se dit aussi agréablement surprise de la qualité des réunions en conference call. "Même s'il manque les relations sociales, elles sont très positives. Les gens se parlent facilement. Ils s'interrompent moins et s'écoutent davantage".

Pour Fabienne Bryskère, le confinement induira sans doute des changements de comportement à plus long terme. "Les gens cuisinent davantage, se promènent, font du vélo. La gestion du temps va changer. Et les achats en ligne vont se développer. Ce sera un vrai défi pour les enseignes non-alimentaires."

Lire également

Publicité
Publicité