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Face au variant britannique, la Belgique est lancée dans une course contre la montre

Le vaccin Moderna est jugé efficace contre les variants britannique et sud-africain du nouveau coronavirus. ©REUTERS

Un rapport réalisé par plusieurs experts américains révèle que le nouveau variant britannique se propage à une vitesse accélérée aux États-Unis. Un constat similaire a été dressé en Belgique fin janvier.

Au moment où les experts brandissent le spectre d’une troisième vague de Covid-19 en Belgique, le nouveau variant britannique semble à présent gagner du terrain aux États-Unis, selon une étude qui y a été menée. Faut-il vraiment s’inquiéter du variant britannique? Les vaccins sont-ils efficaces alors que le prochain rebond de cas ne pourrait pas attendre qu’une immunité collective se dessine?

Nom de code: B.1.1.7

L’étude américaine, qui n’a pas encore été révisée par des pairs, a été dirigée par le département de microbiologie et d’immunologie de l’Université de Californie. Des experts provenant de nombreuses universités américaines y ont contribué. Elle rapporte que la portée du nouveau variant est doublée tous les dix jours. Ses conclusions vont dans le sens des craintes exprimées mi-janvier par le Centre américain pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC) qui annonçait une prévalence du nouveau variant britannique aux États-Unis d'ici mars 2021.

De 35 à 46%
plus transmissible
Le nouveau variant britannique serait entre 35 et 46% plus transmissible que les autres souches aux États-Unis.

"Notre étude montre que les États-Unis suivent une trajectoire similaire à celle d'autres pays, où le variant B.1.1.7 est rapidement devenu la souche dominante, nécessitant une action immédiate et décisive pour minimiser les dégâts", peut-on lire dans le compte rendu des experts.

Les chercheurs rapportent que la nouvelle souche représente 3,6% des cas actuellement recensés aux États-Unis, mais ils affirment qu’au vu de la rapidité de sa propagation, elle pourrait être dominante d’ici le mois de mars. Le nouveau variant serait entre 35 et 46% plus transmissible que les autres souches aux États-Unis.

Ces résultats sont conformes aux estimations fournies par l’Institut de Santé publique anglaise, qui affirmait que le nouveau variant était entre 30 et 50% plus contagieux. Les auteurs de l’étude appellent les autorités américaines à augmenter les capacités de leur système de surveillance génomique au Covid-19.

Étude belge

En Belgique, le nouveau variant alimente la dissonance entre experts et politiques. Une étude menée par 17 experts et adressée, le 27 janvier, aux ministres qui gèrent la crise sanitaire, révélait que si les mesures n’étaient pas maintenues "de façon stricte", le nouveau variant britannique serait dominant à plus de 90% sur le territoire belge d’ici le mois de mars 2021.

Le virologue Emmanuel André (UCLouvain) n’hésitait pas à parler de "troisième vague", tout en avançant que la "Belgique avait beaucoup d’armes pour lutter contre le virus". Le rapport s’appuyait sur pas moins de 1.800 échantillons testés positifs au Covid-19 et arrivait à 65%  de contagiosité.

"Si on commence à déconfiner alors que le nouveau variant se propage plus vite que l’immunité de la population, un rebond de nouveaux cas pourrait se chevaucher avec l’immunité collective."
Elie Cogan
Ancien professeur de médecine (ULB) et interniste au Chirec

Une question de timing, plus que d'efficacité

Cette inquiétude est-elle aujourd’hui justifiée? Selon Elie Cogan, ancien professeur de médecine interne à l'ULB et interniste au Chirec, ce n’est pas l’efficacité de la vaccination qui pose problème ici. L’efficacité du vaccin AstraZeneca a été remise en cause, mais contre le variant sud-africain et non contre le variant britannique. Les vaccins de Moderna et Pfizer sont efficaces contre les deux variants.

Pour lui, c’est surtout une question de timing. "Si on commence à déconfiner alors que le nouveau variant se propage plus vite que l’immunité de la population, et plus particulièrement chez des sujets à risque, un rebond de nouveaux cas pourrait se chevaucher avec l’immunité collective, ce qui, en fin de compte, pourrait retarder le déconfinement", explique Elie Cogan, qui affirme qu’un déconfinement total aujourd’hui serait prématuré.

"Pour le moment, on flirte avec un taux de reproduction légèrement inférieur à 1, ce qui n’est pas mauvais, mais le taux de reproduction du nouveau variant est entre 0,4 et 0,7 supérieur à celui des autres souches", ajoute-t-il. Ce qui vient confirmer les propos de Marc Van Ranst, avancés fin janvier. "On pourrait arriver à un taux de reproduction de 1,6", avait-il dit. Ce qu'il faut comprendre, c'est que 10 personnes contaminées en affecteront 16. "C’est plus qu’au Royaume-Uni, où cette valeur se chiffre aujourd’hui à 14", ajoutait Marc Van Ranst.

Contradictions

Pourtant, le MR et d’autres experts avaient contredit cette étude. Le médecin épidémiologiste Yves Coppieters avait jugé les professionnels qui conseillent l’exécutif trop alarmistes. Depuis, la reprise des métiers de contacts a aussi été approuvée, à compter du 13 février.

Autant d’informations que de divergences, qui sèment la confusion chez les Belges, et ce, au moment où la population perd patience face aux mesures actuelles. Selon le baromètre de l’Université de Gent publié le 29 janvier, la confiance des Belges aurait chuté à 41%. À l’équipe responsable de cette enquête de plaider pour plus de clarté...

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