analyse

Faut-il craindre le variant indien?

L'Inde fait face à une deuxième vague de coronavirus particulièrement virulente et un mutant particulier a été repéré dans le pays. ©AFP

Le variant indien est déjà présent en Belgique et inquiète à cause de mutations qui pourraient le rendre plus contaminant et résistant aux vaccins.

Avec 273.810 cas supplémentaires sur 24 heures, l'Inde a enregistré lundi un nouveau record de contaminations au Covid. La circulation d'un nouveau variant inquiète.

Que sait-on du variant indien? On l'a repéré en octobre 2020 au centre de l'Inde. On l'appelle B.1.617. "On ne sait pas encore grand-chose de lui. On a quelques communiqués mais pas beaucoup d'études dans des revues scientifiques", relève Emmanuel Bottieau, infectiologue, professeur à l'institut des maladies infectieuses d'Anvers.

Est-il fort répandu? Il a été dépisté dans 24% des échantillons prélevés en février et mars sur des patients indiens contaminés et soumis à un séquençage génétique. Sur tout le pays, il représenterait environ 10% des contaminations, mais cela varie selon les régions. Il est déjà présent en Belgique, mais avec une très faible occurrence.

"Il a deux mutations problématiques, qui pourraient le rendre plus contagieux parce que, comme le variant britannique, elles accélèrent son entrée dans les cellules."
Emmanuel Bottieau
Infectiologue, professeur à l'institut des maladies infectieuses d'Anvers

Est-il très contaminant? Il présente une quinzaine de mutations d'acides aminés sur la protéine Spike du virus, considérée comme la clé du virus SARS-CoV-2 pour pénétrer dans les cellules humaines. "Il a deux mutations problématiques, qui pourraient le rendre plus contagieux parce que, comme le variant britannique, elles accélèrent son entrée dans les cellules", décrit Emmanuel Bottieau. "Ce n'est pas forcément parce qu'un virus mute qu'il devient plus dangereux. Il faut surveiller cela pendant des semaines avant de tirer une conclusion. D'ailleurs, souvent, les épidémies évoluent avec un virus qui devient plus contagieux, mais moins virulent." Encourageant? On n'en est pas encore là avec le SARS-CoV-2, "qui bénéficie d'une circulation très importante, n'est pas encore sous contrôle et pour lequel l'épidémie reste en phase ascendante".

"Certaines mutations de ce variant font que les traitements par anticorps et les vaccins pourraient fonctionner moins bien."
Emmanuel Bottieau
Infectiologue, professeur à l'institut des maladies infectieuses d'Anvers

Les vaccins sont-ils efficaces contre le B.1.617? "Certaines mutations de ce variant font que les traitements par anticorps et les vaccins pourraient fonctionner moins bien, comme c'est le cas pour les variants sud-africain et brésilien. Mais c'est trop tôt pour l'affirmer, il faut tester les vaccins sur des populations dans lesquelles le variant est bien identifié."

En Belgique, doit-on se méfier du variant indien? "Ce ne sont pas quelques retours de régions à risque qui vont susciter une 4e vague. Pour qu'un variant s'impose, il faut de multiples entrées, comme cela a été le cas du variant britannique. Les gens vont recommencer à voyager mais les connexions entre la Belgique et l'Inde sont moins nombreuses qu'avec la Grande-Bretagne." La surveillance génomique des souches dira s'il est importé et se multiplie dans les prochaines semaines.

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