analyse

Faut-il fermer les frontières belges pour freiner le variant britannique?

Plusieurs experts lancent l'idée de fermer les frontières vu le danger représenté par la souche mutante du Covid qui sévit en Angleterre. ©BELGA

La souche mutante du SARS-CoV-2 fait des ravages en Angleterre et est déjà présente sur le continent. L'idée de fermer nos frontières avant que ce variant ne soit bien implanté est émise par plusieurs experts.

Les mesures actuelles pour lutter contre la propagation du Covid-19 étaient applicables jusqu'au 15 janvier. Elles viennent d'être prolongées, côté Fédéral et pour la Région bruxelloise, jusqu'au 1er mars, vacances de Carnaval comprises, donc. Mais seront-elles suffisantes?

Actuellement, les indicateurs sont à la baisse, hormis pour le nombre de cas qui grimpe de 30% sur la période comprise entre le 3 au 9 janvier par rapport à la période précédente. Une hausse à prendre avec des pincettes puisque le nombre de tests effectués est en forte augmentation.

Le risque du variant

La situation épidémiologique en Belgique semble donc s'être installée sur un plateau depuis quelques semaines et les efforts consentis par la population ne parviennent pas à nous faire basculer vers une situation sanitaire plus calme. Par contre, une culbute brutale dans l'autre sens apparaît possible, à cause de la propagation de la nouvelle souche détectée il y a plusieurs semaines en Grande-Bretagne et qui semble autrement plus contagieuse que les précédentes.

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Quatre centres ont été sélectionnés pour détecter le génome du virus en Belgique

Actuellement, seuls six cas contaminés par ce variant sont connus en Belgique. Mais de l'avis de nombreux experts, ce n'est là que l'arbuste qui cache la forêt, vu la lenteur de la mise en place du système de détection de ces souches mutantes. Les quatre plateformes habilitées (à Liège, Louvain, Gand et Anvers) pour séquencer le génome du virus n'ont été sélectionnées que mardi. En attendant, c'est un appel général au respect des règles de tests et quarantaine qui est répété aux personnes ayant séjourné pus de 48 heures en zone rouge.

Une décision politique

En France, le variant anglais représentait environ 1% des tests positifs au Covid-19 de jeudi et vendredi dernier... L'Irlande a vu le nombre de contaminations exploser en quelques jours sur son territoire. L'urgence est là.

"On pourrait se requestionner sur l'intérêt de refermer les frontières avec la Grande-Bretagne."
Yves Coppieters
Epidémiologiste (ULB)

D'où la réflexion de plusieurs experts. "On pourrait se requestionner sur l'intérêt de refermer les frontières avec la Grande-Bretagne", nous disait déjà lundi l'épidémiologiste de l'ULB, Yves Coppieters. "Mais c'est une décision politique...", rappelait-il. Le biostatisticien Geert Molenberghs (UHasselt/KU Leuven) a aussi suggéré la fermeture des frontières ce mercredi. Cette décision serait "une mesure judicieuse d'un point de vue épidémiologique". "Parce qu'une fois que le variant apparaît, il est trop tard. Nous devons tout mettre en œuvre pour éviter cela et freiner sa propagation chez nous", argumentait-il.

Fermer les frontières, c'est facile et difficile. La Belgique, comme d'autres pays, l'a fait rapidement, le 20 décembre dernier: les liaisons aériennes et le trafic ferroviaire en provenance du Royaume-Uni avaient été arrêtés. Ils avaient repris le 23 décembre. Actuellement, les voyages sont juste "strictement déconseillés" de l'autre côté de la Manche.

Fermer les frontières pour arrêter la propagation du coronavirus et de ses variantes doit être le dernier moyen de sauvetage, a ainsi affirmé ce mercredi la ministre de l'Intérieur Annelies Verlinden. "Nous avons d'autres mesures aujourd'hui, telles que les tests et la quarantaine", a déclaré la ministre, interrogée au cours du Journal Télévisé de la VRT. "La fermeture des frontières comporte un certain nombre d'inconvénients importants", a détaillé la ministre, évoquant les personnes qui vivent et travaillent des deux côtés de la frontière, ou les personnes qui exercent la co-parentalité de part et d'autre. "Dans le contexte européen, nous avons convenu de ne pas le faire unilatéralement. Nous devrons examiner cela, mais ce n'est pas la voie privilégiée", a ajouté la ministre.

Prochain comité de concertation le 22 janvier

La fermeture avec les autres pays voisins est aussi envisageable, selon leur situation sanitaire.

La fermeture avec les autres pays voisins est aussi envisageable, selon leur situation sanitaire. Cette réflexion est-elle inscrite à l'agenda du gouvernement fédéral? "Je n'en ai pas connaissance", nous a répondu le porte-parole du Premier ministre. Le ministre de la Santé, Frank Vandenbroucke (sp.a), avait reconnu mardi que la fermeture des frontières "pour un petit pays comme le nôtre était très compliquée". Pour l'heure, sont donc d'application les règles sur les voyages, avec un double testing et une quarantaine obligatoire, mais il est difficile de les faire respecter.

Le prochain comité de concertation est prévu le 22 janvier. Évidemment, des nouvelles mesures peuvent être annoncées avant cette date...

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