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analyse

Faut-il rendre le pass sanitaire obligatoire au travail?

La réflexion est lancée autour de l'intérêt d'imposer un covid safe ticket aux travailleurs. ©BELGA

Une sortie du patron d'Agoria force la réflexion autour de l'intérêt d'un covid safe ticket obligatoire en entreprise. Les avis sont très partagés.

"Ceux qui refusent catégoriquement devraient être renvoyés chez eux sans être rémunérés", grognait le patron d'Agoria, Bart Steukers, dans l'édition de ce jeudi du Het Laatste Nieuws. Obligation généralisée ou choix laissé à l'employeur, l'idée d'imposer le covid safe ticket (CST) aux travailleurs commence à faire son chemin.

"L'employeur n'est pas censé connaître l'état de santé de ses travailleurs. Il faudrait modifier la loi Mahoux pour changer cela."
Pierre-Frédéric Nyst
Président de l'UCM

Qu'en pense-t-on dans les autres secteurs? Le dossier reste "touchy", mais la sortie du patron d'Agoria ouvre le débat.

Du côté de la Confédération Construction, une consultation interne a déjà abouti à une opposition à toute obligation. "Mais nous recommandons l'utilisation de ce document", nuance le porte-parole de la confédération, Sven Nouten.

Un frein à la relance?

L'Union des classes moyennes (UCM) ne voit pas les choses d'un œil favorable. "Le covid safe ticket pose déjà des problèmes dans les secteurs censés l'appliquer, comme l'horeca", tonne son président, Pierre-Frédéric Nyst. "La question n'est pas encore passée en conseil d'administration, mais a priori, nous sommes opposés à une telle obligation."

Le patron de l'association qui représente les indépendants rappelle qu'il faudrait, pour en arriver à une telle obligation, une intervention du Parlement. "L'employeur n'est pas censé connaître l'état de santé de ses travailleurs. Il faudrait modifier la loi Mahoux pour changer cela." Celle-ci interdit les tests biologiques dans le cadre des relations de travail.

"Ça me semble peu réaliste et disproportionné par rapport à la situation actuelle."
Marie-Hélène Ska
Secrétaire générale de la CSC

De plus, il y a des obstacles psychologiques, pointe Pierre-Frédéric Nyst. "Si un patron doit exiger de son personnel qu'il se fasse tester tous les matins, ce sera mal perçu. Et je ne peux imaginer qu'on licencie les travailleurs qui refuseraient, alors qu'on est en pleine relance, qu'on tente de faire passer un message positif pour que tout le monde soit sur le pont."

Les écueils

"Il faut rester dans une société cohérente!", s'exclame Marie-Hélène Ska, la secrétaire générale de la CSC. "S'il n'y a pas l'obligation vaccinale et s'il l'on ne détecte pas de zones à risque dans le milieu du travail, restons-en au télétravail où c'est possible, et au respect des mesures ailleurs."

Marie-Hélène Ska estime que l'option d'un CST obligatoire en entreprise serait trop compliquée, et pas seulement pour le travailleur: "pour le contrôler, pour respecter la vie privée, pour décider du sort de ceux qui ne peuvent pas être vaccinés, pour faire passer des tests tous les matins... Ça me semble peu réaliste et disproportionné par rapport à la situation actuelle."

Côté socialiste, la FGTB bloque aussi, rappelant qu'au Conseil supérieur pour la prévention et la protection au travail, qui réunit représentants des travailleurs et du patronat, il y avait unanimité autour du refus de l'application du pass sanitaire au travail.

"On est favorable à une application intelligente pour renforcer la couverture vaccinale, c'est celle-ci qui va nous permettre de sortir de la crise."
Pauline Bertrand
Porte-parole de la FEB

"Tout pour augmenter la vaccination"

La Fédération des entreprises belges (FEB) sonde actuellement ses membres sur la question. "On est favorable à une application intelligente pour renforcer la couverture vaccinale, c'est celle-ci qui va nous permettre de sortir de la crise", cadre la porte-parole, Pauline Bertrand.

Comeos, qui représente le secteur du commerce, n'a pas non plus encore tranché, mais "tout ce qui peut contribuer à une augmentation de la vaccination est une bonne chose", commente le porte-parole Hans Cardyn, précisant qu'une enquête est lancée, car le dossier "comporte de nombreux aspects."

Le sujet sera, en tout cas, sur la table d'un prochain Comité de concertation. Le ministre de l'Emploi, Pierre-Yves Dermagne, a déjà incité à la prudence, vu les questions pratiques que poserait une telle mesure.

Le résumé

  • Le CEO d'Agoria estime que les entreprises qui le souhaitent devraient pouvoir imposer un CST à leurs travailleurs.
  • Du côté des fédérations patronales, on se tâte.
  • Le pass sanitaire en entreprise permettrait d'augmenter le taux de vaccination.
  • Mais cela entraînerait de nombreux problèmes: de logistique, de motivation, de contrat...

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