Formulaires, contrôles...: le respect de la vie privée pose question en période Covid

A Blankenberge, les policiers ont effectué en gare des contrôles sur base du profil des voyageurs, selon les dires de l'un des leurs. ©BELGA

La lutte contre le Covid-19 a, raison sanitaire oblige, réduit nos libertés. Mais cela va-t-il trop loin? Le virus met-il discrètement à mal notre sacro-saint État de droit? Le professeur de droit Alain Strowel nous répond.

D'abord, il y eut le confinement. Tous enfermés, ou presque. Ensuite, on a pu retrouver l'essentiel de nos libertés. Mais après, petite marche arrière... Parmi les contraintes actuelles, il y a ce formulaire à remplir au retour de voyage: lieux de visite, numéro de son vol. Au restaurant, il faut laisser ses coordonnées. Pour certains, c'est inadmissible, ils pointent une atteinte au respect de leur vie privée. On ne voyage plus, on ne mange plus incognito.

"Jusqu'à présent, on a respecté les exigences du respect de la vie privée."
Alain Strowel
Professeur de droit à l'UCLouvain

Ce week-end, on a assisté à un autre genre de restriction des libertés: à Blankenberge, la sécurité et la protection de la distanciation sociale semblent s'être conjuguées au délit de sale gueule. Alors, le Covid, en plus de malmener notre santé physique et mentale, notre économie, nos relations, est-il aussi en train de mettre à mal l'État de droit? Le respect de notre vie privée s'évapore-t-il discrètement au gré de toutes ces mesures?

Juste quelques contraintes?

"Que des gens se lèvent au nom de leur vie privée, ce n'est pas nouveau."
Alain Strowel
Professeur de droit à l'UCLouvain

"Jusqu'à présent, on a respecté les exigences du respect de la vie privée", assène Alain Strowel, professeur de droit à l'UCLouvain. Pour celui-ci, l'équilibre est respecté. "Il ne faut pas pousser trop loin le bouchon des libertés individuelles. Ces formulaires à remplir pour les vacances ou au restaurant, ce sont juste quelques contraintes nouvelles. Et vu la façon dont c'est mis en oeuvre, je ne m'inquiète pas!" Pourtant, différentes actions ont déjà été introduites en justice à l'encontre de plusieurs mesures... "Il y a peu de chance que tout cela aboutisse", pense le juriste. "Que des gens se lèvent au nom de leur vie privée, ce n'est pas nouveau. On a vu ça avec l'obligation du port de la ceinture de sécurité. Ça a duré pendant des décennies... et puis le comportement évolue, les gens deviennent, je suppose, plus raisonnables. C'est la même chose avec l'obligation de la vaccination."

Alain Strowel n'est cependant pas exempt de toute inquiétude par rapport à l'arsenal déployé pour vaincre le Covid-19. "Ce qui est plus dangereux, ce sont les mesures plus systématiques, plus généralisées. Et donc, l'application de récoltes des données me préoccupe... En effet, on évolue vers un système de collectes permanentes d'informations sur les individus."

"On s'engage de façon volontariste dans un système où l'État récolte nos données. Mais il y a suffisamment de résistance dans la société belge pour qu'on ne tombe pas dans la situation de pays tels que Singapour ou la Chine."
Alain Strowel
Professeur de droit à l'UCLouvain

Vigilance...

L'aspect actuel du projet reste cependant dans le périmètre de l'acceptable, considère ce juriste spécialisé notamment dans les nouvelles technologies. "Actuellement, les risques sont quasi inexistants parce que l'application respecterait les exigences. Elle ne sera téléchargée que sur base volontaire... Néanmoins, je remarque qu'on s'engage de façon volontariste dans un système où l'État récolte nos données. Mais il y a suffisamment de résistance dans la société belge pour qu'on ne tombe pas dans la situation de pays tels que Singapour ou la Chine. Nous devons quand même rester vigilants et surveiller l'évolution. Combien de temps nos données vont-elles être conservées, par exemple?"

"Une sélection en fonction de certains profils, ça va trop loin. Mais là, il faut plutôt aller tancer sur place ces policiers qui tombent dans de tels travers racistes!"
Alain Strowel
Professeur de droit à l'UCLouvain

Ce qui heurte plus Alain Strowel, c'est la sélection sur base d'un profil, telle que semblent la réaliser certains policiers. Un policier a témoigné, sur la VRT, du travail des forces de l'ordre sur le quai à Blankenberge, à l'arrivée des trains remplis de touristes: "Si nous découvrons qu'il y a des jeunes qui correspondent au profil des responsables de l'accès de folie d'hier (samedi, NDLR) , nous allons les arrêter et les renvoyer chez eux." Les fauteurs de trouble ont été décrits comme des jeunes d'origine nord-africaine. "Une sélection en fonction de certains profils, ça va trop loin. Mais là, il faut plutôt aller tancer sur place ces policiers qui tombent dans de tels travers racistes!"

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