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analyse

Frank Vandenbroucke veut rendre obligatoire la vaccination du personnel soignant

Le ministre de la Santé va proposer au Fédéral et aux Régions de rendre la vaccination obligatoire pour les personnes actives dans le secteur des soins. ©BELGA

Le ministre de la Santé Frank Vandenbroucke abandonne la méthode douce face aux soignants qui refusent la vaccination.

Changement de cap. Le ministre fédéral de la Santé Frank Vandenbroucke (Vooruit) souhaite désormais rendre obligatoire la vaccination contre le Covid-19 pour le personnel soignant. Comme en France et en Italie.

Jusqu'ici, il espérait persuader sur base volontaire les infirmiers, les aides-soignants, les kinésithérapeutes, les ambulanciers ou encore les médecins. Mais les taux de vaccination dans ces publics ne progressent presque plus, donc le ministre passe à l'étape supérieure.

En attente d'avis

Son cabinet est en pleine préparation du dossier. Cinq avis ont été demandés: au Conseil national du travail, au Conseil fédéral des établissements hospitaliers, au Conseil supérieur pour la prévention et la protection au travail, au Conseil supérieur de la santé et au Comité A.

Ces avis sont attendus pour septembre, mais l'équipe de Frank Vandenbroucke travaille déjà à la consolidation juridique du dossier. Les questions sont nombreuses. Comment obliger les soignants? En déplaçant les récalcitrants vers des tâches administratives? Mais alors, quid des indépendants? Quelle preuve faudra-t-il montrer? Les réponses à ces questions sont suspendues aux avis attendus.

Pour tous les soignants?

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vaccins
Seuls trois vaccins sont actuellement obligatoires dans le monde du travail, pour certains profils et dans certains secteurs

Actuellement, il n'existe pas de statistiques pour les soignants autres que celles obtenues sur base d'enquête, puisqu'il est interdit de lier, entre autres, la profession au statut vaccinal dans les bases de données. "On demande aux établissements de nous communiquer leurs chiffres, sachant qu'ils seront sous-estimés vu que tous leurs travailleurs n'ont pas été vaccinés sur place", explique la porte-parole du ministère de la Santé.

Ce qui est certain, c'est que Frank Vandenbroucke compte bien imposer la vaccination à tous ceux qui sont en contact avec des personnes fragiles. La même mesure est mal passée en France. Cela ne risque-t-il pas d'être le cas en Belgique?

Risques de contestation

Le code du bien-être au travail envisage actuellement de manière restrictive les hypothèses dans lesquelles la vaccination est obligatoire. Il ne reprend que la vaccination antitétanique, antihépatite B et antituberculeuse, dans certains secteurs et pour certains profils, ce qui n'est pas contesté. Il faudra donc y ajouter l'anticovid.

"On n'est pas dans une dictature parce qu'on impose la vaccination, l'intérêt collectif prime l'intérêt individuel."
Yves Hellendorff
Secrétaire national de la CNE non-marchand

"On n'est pas dans une dictature parce qu'on impose la vaccination, l'intérêt collectif prime l'intérêt individuel", réagit Yves Hellendorff, le secrétaire national de la CNE non-marchand. Mais il pense que la contestation face à cette mesure dépendra du ciblage. En attendant que les instances du syndicat chrétien rendent leur avis officiel, Yves Hellendorff plaide pour un régime différencié: "La situation de certaines maisons de repos bruxelloises est bien plus inquiétante que celle d'hôpitaux où 90% du personnel est vacciné et où il ne devrait donc pas y avoir d'obligation." Il réclame aussi qu'une telle mesure soit assortie d'une garantie, par le biais d'une libéralisation des brevets notamment, de vaccination dans les pays les plus pauvres, "sinon, le virus nous reviendra vite, avec de nouveaux variants face auxquels le vaccin sera moins efficace."

"Nous n'accepterons pas de sanctions économiques pour des travailleurs qui ont tout donné."
Nathalie Lionnet
Secrétaire fédérale du SETCa non-marchand

Du côté du syndicat socialiste, on s'interroge. "Quel sera l'outil législatif et quelle conséquence une obligation aura-t-elle sur le contrat de travail? J'invite le ministre de la Santé à encore se donner du temps pour mieux fédérer autour de la vaccination. Il faut comprendre d'où viennent les réticences. Nous n'accepterons pas de sanctions économiques pour des travailleurs qui ont tout donné", insiste Nathalie Lionnet, la secrétaire fédérale du SETCa non-marchand.

Le résumé

  • Le ministre de la Santé a décidé de rendre obligatoire la vaccination pour tous les soignants.
  • Les modalités de l'opération ne sont pas encore arrêtées.
  • Les syndicats ne disent pas "non" mais affichent leurs inquiétudes.

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