Grégor Chapelle: "Je vois poindre un renforcement des solidarités"

Gregor Chapelle

Papa et patron confiné, Grégor Chapelle gère depuis son salon un organisme qui est en première ligne pour gérer la crise économique et sociale qui vient de démarrer, Actiris.

"On est privilégiés. On est confiné en famille, on a un jardin, on n’a pas d’inquiétude à avoir sur nos revenus. C’est beaucoup plus compliqué pour les familles monoparentales, pour les gens seuls, pour les personnes qui se retrouvent dans des situations vraiment compliquées."

Il sait de quoi il parle, Grégor Chapelle, lui qui gère l’un des principaux filets de sécurité sociale bruxellois. Le patron d’Actiris a dû lancer, le 12 mars dernier, le confinement de ses équipes. Fermer les antennes qui reçoivent, chaque mois, plus de 60.000 demandeurs d’emploi bruxellois. Pendant quatre jours, les équipes logistiques et le service IT ont turbiné à plein régime pour permettre à la centaine de conseillers emplois de poursuivre leur travail. "Il ne s’agissait pas uniquement de protéger nos travailleurs, mais aussi les usagers. Un public souvent fragilisé, obligé de venir dans nos bureaux pour ne pas être sanctionné et se voir supprimer ses allocations."

"J’ose le dire, je fais partie de ces parents débordés".

Le 16 mars, toute l’équipe d’Actiris a pris ses quartiers à la maison. Équipés des logiciels ad hoc, ils ont pu immédiatement traiter les dossiers depuis leur salon. Leur productivité a explosé. "Ils reçoivent entre 500 et 1.000 appels par jour. Ils ont réussi à baisser le temps d’attente à moins de 15 secondes! Le service IT a fourni un travail technique énorme pour mettre les équipes en sécurité à la maison". Certains l’ont d'ailleurs payé de leur santé, touchés par le virus.

Entre téléconférences et enfants

Et lui, comment gère-t-il le travail à la maison? "Ce n’est pas simple, sur le plan cognitif, de s’adapter au travail en téléconférence", confie-t-il. Père de deux petites filles de 6 et 10 ans, il a choisi avec son épouse, sociologue, de partager les tâches familiales. Le couple s‘est mis en "shift".

Capture d'écran statut Facebook Gregor Chapelle

Un coup pour travailler, un coup pour s’occuper des enfants. "Mes filles ont des institutrices très engagées et exigeantes. Si on suivait leurs recommandations, elles travailleraient 4 à 5 heures par jour. On a choisi de limiter à 3 heures, on essaye d’avoir avec elles des activités ludiques." "J’ose le dire, je fais partie de ces parents débordés", disait-il d'ailleurs la semaine dernière sur Facebook, en affichant sa solidarité avec les parents qui disent "stop, on n'arrive pas à suivre".

"En période de crise, c’est le meilleur de l’humain qui finit par sortir. Mais on va se rendre très vite compte de la chance qu’on a d’avoir un système de solidarité froide."
Gregor Chapelle
Directeur général d'Actiris

Levé à 7h30, Grégor Chapelle enchaîne soit l’école à la maison, soit les vidéoconférences avec le cabinet bruxellois de l’emploi, la task force économique, la cellule de crise d’Actiris, le comité de direction. Le soir, il le réserve au travail administratif. Sans savoir combien de temps il tiendra ce rythme… Car avec les conséquences attendues sur le plan de l’économie et de l’emploi, Actiris fait partie des acteurs de 1re ligne sur le front de la seconde vague de crise qui s’annonce.

Un message d’espoir au milieu du brouillard? "À l’horizon, je vois pointer un renforcement des solidarités chaudes (l'associatif, l’engagement personnel). En période de crise, c’est le meilleur de l’humain qui finit par sortir. Mais on va se rendre très vite compte de la chance qu’on a d’avoir un système de solidarité froide (sécu, CPAS…) bien organisé. Regardez aux USA, c’est marche ou crève. On va se rendre compte à quel point on a besoin de ces services collectifs, hôpitaux, infirmières, pompiers, caissières… On va se rendre compte que ces fonctions doivent être plus valorisées. Mais à quel prix…" Une de ses grandes craintes? "Il y aura un avant et un après. En espérant que cela ne bascule pas vers des crispations identitaires." 

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