"Il faut donner un filet social suffisant aux indépendants"

D'après Christophe Wambersie, le secrétaire général pour la Wallonie et Bruxelles du SNI, "en Wallonie, sur les 190.000 indépendants à titre principal, 55.000 ont dû obligatoirement fermer leur activité". ©BELGA

Le SNI, à travers son secrétaire général Christophe Wambersie, estime qu'il faudra réfléchir sérieusement au statut social des indépendants après la crise.

D’une organisation patronale à une autre, le discours est à l’affolement depuis quelques jours, et cela malgré les nombreuses mesures de soutien promises par les autorités publiques belges.

Particulièrement touchés par les conséquences du confinement avec les fermetures imposées (ou indirectes faute de clients) d'une série d’activités commerciales, les indépendants trinquent. "On est véritablement submergé de demandes", témoigne Christophe Wambersie, le secrétaire général pour la Wallonie et Bruxelles du Syndicat neutre pour indépendants (SNI). "Les premiers jours qui ont suivi l'annonce du confinement, les interrogations de nos membres concernaient l’aspect pratique des mesures annoncées par le gouvernement. Quel commerce peut-il encore ouvrir? Qu’en est-il des activités en plein air? Depuis quelques jours, cette préoccupation s’est calmée. Les interrogations se sont dirigées vers les aides disponibles."

125.000 indépendants sans aide régionale en Wallonie

Le contexte est donc celui-là. "Heureusement que le gouvernement fédéral a fait modifier à la hussarde les conditions d'accès au droit passerelle. Avant, un acteur indépendant (hors Horeca, NDLR) devait prouver un mois de fermeture de son activité pour bénéficier du droit passerelle. Aujourd'hui, l'aide intervient après 7 jours." Pour rappel, un indépendant isolé recevra 1.291,69 euros et 1.614,10 euros en cas de charge de famille.

" On estime que 125.000 personnes sont à l’arrêt et n’auront droit qu’au droit passerelle en Wallonie."
Christophe Wambersie
Secrétaire général du SNI

À ce montant fédéral s’ajoute une aide régionale pour ceux dont la fermeture de l'activité est rendue obligatoire. Elle se chiffre à 5.000 euros en Wallonie. "En Wallonie par exemple, sur les 190.000 indépendants à titre principal, on estime que 55.000 ont dû obligatoirement fermer leur activité. Ils peuvent donc prétendre à l’aide forfaitaire de la Région Wallonne en plus du droit passerelle. Mais il y a donc 145.000 indépendants en Wallonie qui ne sont pas couverts par l’aide wallonne. On estime que 125.000 personnes sont à l’arrêt et n’auront droit qu’au seul droit passerelle en Wallonie. Je pense aux carreleurs, aux ardoisiers, à l’ensemble de la construction. Toutes ces activités sont à l’arrêt par manque de clients." À l’échelle nationale, "si on prend les mêmes codes NACE (qui définissent les secteurs d'activité, NDLR) qu’en Wallonie, environ 193.000 personnes sont éligibles (aux aides régionales, NDLR) sur un total de 734.000 indépendants à titre principal", estime le SNI. Dit autrement, 541.000 indépendants ne peuvent prétendre aux aides régionales. 

Un autre cas tout aussi problématique est celui des personnes qui travaillent sous article 37 comme les accueillantes de la petite enfance. "Les indépendants qui travaillent sous l’article 37 n’ont pas accès au droit passerelle, car ils ne cotisent pas suffisamment."

La fin d'un statut de seconde zone

Voilà pour la situation. "Elle est catastrophique. Cela ne va pas être facile pour les indépendants qui ne sont pas actifs dans un secteur essentiel. Il faudra trouver un juste équilibre. C'est pourquoi on insiste énormément sur l’importance des aides indirectes. C’est crucial pour les indépendants. On attend par exemple beaucoup des banques. On demande aussi un plan de relance qui autorise un allègement fiscal. Il faut suspendre une série de taxes au niveau régional et communal."

Derrière cette crise, Christophe Wambersie remet sur la table la problématique du statut social des indépendants. "Par ce qu'il a fallu prendre comme mesures, on prouve ici que ce statut demeure fragile. Si le gouvernement fédéral n’avait pas modifié en urgence les règles du droit passerelle, qu’est-ce qui serait arrivé pour des milliers d’indépendants sans l’accès à ce revenu de remplacement? Je pointe aussi le cas des starters qui, sans une modification, n’auraient pas pu bénéficier de ce droit passerelle faute d’avoir cotisé suffisamment longtemps? Il est temps qu’on réfléchisse sérieusement au statut des indépendants. Il ne peut être question qu’on revienne à la situation antérieure après la crise. Il faut donner un filet social suffisant aux indépendants."

"Il est temps qu’on réfléchisse sérieusement au statut des indépendants. Il ne peut être question qu’on revienne à la situation antérieure après la crise. Il faut donner un filet social suffisant."
Christophe Wambersie
Secrétaire général du SNI

Le débat lancé sur l’avenir du statut social des indépendants, Christophe Wambersie estime que la question du financement ne doit pas être un frein. "Il y aura forcément un coût financier. Mais est-ce que les indépendants reçoivent bien leur part des financements alternatifs? Une partie du financement de la sécurité sociale des salariés vient des accises. La part des indépendants doit servir à financer la sécurité sociale des indépendants et pas celle des salariés. L’Inasti dispose également de bonus qui pourraient être activés pour financer le statut des indépendants. Une réflexion en profondeur devra en tout cas être lancée après la crise. Il faudra évidemment faire des arbitrages entre des éléments vitaux et des choix de luxe ou non indispensables comme les congés parentaux. C’est un débat à avoir. Tout doit être remis sur la table pour protéger au mieux les acteurs indépendants."

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