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reportage

"Il faut écouter les médecins et les millions de gens vaccinés"

Étienne Hennau, médecin retraité, vaccine désormais contre le covid. "L’approche humaine, c’est ce qui manque dans le circuit traditionnel des centres de vaccination." ©Tim Dirven

Parfois, l'invitation officielle à la vaccination ne convainc pas. La Cocom a lancé une expérience avec un bus dans un quartier populaire de la capitale, pour une approche plus humaine.

Quelques chaises, une table derrière laquelle attendent des hôtesses en veste fluo. Derrière, un bus blanc et une tente sous laquelle patientent une poignée de personnes.

58%
des bruxellois
Seuls 58% des Bruxellois sont vaccinés avec une première dose, alors qu'ils sont 86% en Flandre et 75% en Wallonie.

Deux jeunes hommes s’approchent, puis reculent. Une jeune dame s'avance de l'accueil: "Vous venez vous faire vacciner?" Réponse nerveuse: "Euh oui, peut-être. On hésite...", marmonne le plus grand. "Vous avez quel âge?" "19. Ah non, 21, excusez-moi…", et il se gratte la tête, gêné, avant de prendre une dose de gel hydroalcoolique.

Ces jeudi et vendredi, la Cocom (Commission communautaire commune de Bruxelles) avait affrété, en collaboration avec la Croix Rouge et la commune de Jette, un bus destiné à la vaccination contre le covid pour une expérience pilote à la rue Jules Lahaye. "Notre but est d’aller au cœur du quartier, de cibler des personnes en particulier", explique Vincent Vauthier, fonctionnaire au service de prévention de la commune et responsable du dispositif.

Un quartier sous-vacciné

Ce quartier-là est totalement sous-vacciné, avec, par exemple, seulement 27% des plus de 65 ans qui ont répondu à l’invitation officielle. Tout Bruxelles semble à la traîne: seuls 58% des 18+ ont reçu leur première dose (contre 86% en Flandre et 75% en Wallonie). Clairement, il y a des freins. Lesquels?

"Je n’ose plus rien faire, je n’ose plus bouger de chez moi."
Un candidat à la vaccination

Un sexagénaire s’ajoute à la petite file des prétendants à la piqûre. Il avance, piétine puis fait des pas de côtés. Il se met à sangloter en silence. La préposée à l’accueil tente de le rasséréner, lui promet d’appeler le médecin, mais celui-ci n’est pas libre de suite. Le bourgmestre Hervé Doyen, de passage, prend en charge ce nœud d'angoisse. "Vous ne devez pas croire tout ce que vous entendez, il faut écouter les médecins et les millions de gens vaccinés. Mais non, ce ne sont pas tous des vendus!"

Le docteur s'approche: "Vous croyez vraiment que les autorités vont dépenser des millions pour du cinéma? Bon, si vous n’êtes pas convaincu, c’est votre strict droit!" L'œil désespéré, l'homme murmure doucement: "Mais je n’ose plus rien faire, je n’ose plus bouger de chez moi." "Ah, ben voilà!", réagissent plusieurs personnes et le médecin, dans la foulée de cet aveu, de l'entraîner vers le bus pour lui accorder la priorité.

"On a peut-être confondu la réticence pour la vaccination avec une peur des modalités."
Étienne Hennau
Généraliste à la retraite, préposé à la vaccination

Approche administrative vs. humaine

Étienne Hennau est un généraliste à la retraite avec 45 ans de métier. Il avait passé ces cinq dernières années à faire du jardinage, quand la pandémie, et ses anciens confrères du service de garde de Chaumont-Gistoux, lui ont remis une seringue entre les mains. Depuis janvier, il a dû vacciner un bon millier de personnes, surtout des publics spécifiques, des personnes précarisées, des communautés LGBT… L’approche humaine, il connaît donc, et il constate que c’est ce qui manque dans le circuit traditionnel des centres de vaccination.

"On a peut-être confondu la réticence pour la vaccination avec une peur des modalités. Il faut établir un lien avec les gens, leur poser des questions, comprendre leurs appréhensions. Ce qu'on fait ici est parfait, on ne saurait pas faire plus."

Dans ce quartier populaire jettois composé de logements sociaux, les habitants cumulent souvent  plusieurs caractéristiques: isolement, âge avancé, multiculturalisme, manque d'accès à l’information, problèmes de santé… Parmi les principales inquiétudes face au vaccin, les craintes de stérilité et questions sur les thromboses reviennent souvent.

Dans le bus de la Cocom, on n'administre que le vaccin unidose de Johnson & Johnson. ©Tim Dirven

Dose unique pour les vacances

Dans ce bus, comme pour d’autres expériences avec des publics fragilisés, on administre le vaccin de Johnson & Johnson. Une seule dose. "Vous imaginez bien qu’on ne reverrait jamais ces personnes pour une seconde dose", lance le docteur Hennau. Et ce vaccin a son atout charme: un petit mois après l’injection, la personne est considérée comme protégée. Elle peut alors envisager des vacances sans trop de stress.

28
jours
Le vaccin de Johnson & Johnson nécessite une seule injection et le certificat sanitaire est délivré 28 jours plus tard.

Deux dames arrivent. L’une précise son objectif: partir cet été. Elle est prise en charge. Lavage de main, vérification de la température, quelques questions d’usage. On lui précise: "votre pass sanitaire, vous devrez le télécharger sur internet." Silence. La fracture numérique est ici. Psychologiquement, techniquement, l'épreuve de la vaccination est très difficile pour certains.

Un jeune homme tout pimpant et décidé s'avance. Il a moins de 41 ans, il doit signer le formulaire de consentement spécifique au vaccin de Johnson & Johnson. Son regard se perd. "Vous savez lire?" L'hôtesse lui lira elle-même les mises en garde.

2.000 toutes-boîtes, 300 visites à domicile

Visiblement, cette approche ultra personnalisée fonctionne, même si elle demande d’importants moyens. Une douzaine de personnes mobilisées. Et en amont de l'opération, deux milliers de flyers dans les boîtes aux lettres, ainsi que trois cents démarches en porte-à-porte auprès des habitants de plus de 65 ans, particulièrement ciblées.

Au sortir de la salle de repos, les regards ne sont plus fuyants. Les remerciements fusent avec une note de soulagement. "Pourquoi pas une telle opération sur la place du Miroir, pour convaincre les passants qui vont faire leurs courses?", s'interroge maintenant le bourgmestre.

Le résumé

  • Certains publics sont très réticents à la vaccination.
  • La Cocom a organisé une expérience pilote avec la commune de Jette et la Croix Rouge.
  • Un bus s'est déplacé dans un quartier populaire, proposant une approche personnalisée aux personnes hésitantes.

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