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Il serait fou de refaire comme avant

Editorialiste

L'après-crise se prépare maintenant.

On n’en a pas fini avec le coronavirus. L’urgence sanitaire est toujours là. Rien n’est encore joué sur le terrain de la santé, qui passe avant tout.

Que cela ne nous empêche pas de penser à la suite. Au contraire, il est essentiel de préparer l’après-crise sanitaire. Il y aura un jour, sans doute encore lointain, où nous reviendrons à la normale.

Mais quelle normale? Une fois le déconfinement mené à bien, chantier immense et complexe en soi, que ferons-nous de notre liberté retrouvée? Relancer la machine économique au plus vite, dit-on partout. Le meilleur moyen de limiter la casse serait que les entreprises tournent de nouveau à plein régime. Ce sera bon pour le business, pour l’emploi, pour la consommation, pour les finances publiques, pour la confiance.

On va remettre une pièce dans la machine économique, comme si de rien n’était?

Oui mais, attendez. On va remettre une pièce dans la machine, comme si de rien n’était? On va relever les manettes du commerce mondial, sans s’interroger sur ce qui vient de nous arriver? Et puis quoi, on sort le champagne quand la croissance repasse dans le vert?

Cette crise nous a jetés face aux limites de notre logique industrielle globalisée et à flux tendu, aveuglée par l’obsession du moins coûtant. On a vu à quel point notre puissant commerce mondial et nos chaînes logistiques sophistiquées pouvaient être fragiles et se retourner contre nous.

On ne peut pas simplement relancer la machine et faire comme avant. Cela n’aurait aucun sens. Si nous ne changeons pas notre logiciel économique, nous prenons le risque de replonger dans les mêmes problèmes demain, ou après-demain. Ce serait fou.

Facile à dire, mais comment faire? Réorienter l’économie ne se fait pas en trois mois, ni depuis un bureau bruxellois, fût-il situé rue de la Loi. Mais ce n’est pas une raison pour rester immobile.

De la crise naît la créativité, comme dit Aline Muylaert, entrepreneure de 26 ans. Oui, c’est le moment d’être créatif. Il ne faudra pas se contenter d’injecter des moyens là où la crise fait mal. Il faudra surtout miser sur des activités qui servent l’avenir et rencontrent nos besoins, en commençant par l’essentiel: la santé, l’alimentation (de qualité), l’éducation au sens large, l’énergie (propre). Ce qu’on a réalisé dans la biotech est possible dans d’autres domaines.

On parle ici plus de vision à long terme que de moyens. Si ce chantier fait moins la une que celui du déconfinement, il se prépare, lui aussi, dès aujourd’hui. C’est en le menant à bien qu’on sortira de cette crise par le haut.

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