Inquiétude dans les maisons de repos

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Le risque de contamination a dopé l'absentéisme. Seuls une meilleure protection et des tests systématiques permettront de rassurer le personnel soignant.

Depuis le début de la crise sanitaire, les maisons de repos sont en première ligne. Rien qu’à Bruxelles et en Wallonie, ce sont 60.000 personnes âgées qui y résident et 40.000 membres de personnel qui y travaillent. Les premiers ont une santé fragile tandis que les seconds sont exposés au risque de contamination. Pour tenir sur la durée, il faudra s’attaquer à plusieurs problèmes.

Risque de contamination

"Le personnel est inquiet, non seulement pour eux-mêmes, mais pour leurs proches qu’ils risquent de contaminer en rentrant chez eux", nous confie Marc Verbruggen, président de Femarbel, la fédération des maisons de repos et de soins en Belgique. Même si les résidents des maisons de repos sont confinés depuis près d’un mois déjà, on ne peut pas fermer hermétiquement les établissements. Ne serait-ce que parce que le personnel entre et sort.

"Le personnel est inquiet, non seulement pour eux-mêmes mais pour leurs proches qu’ils risquent de contaminer en rentrant chez eux."
Marc Verbruggen
Président de Femarbel

De toute façon, le métier ne permet pas de respecter les impératifs de distanciation sociale. "Mettre une personne au lit, faire sa toilette, soigner un escarre tout en respectant la distanciation sociale, ce n’est tout simplement pas possible", rappelle Marc Verbruggen.

"Nous sommes un maillon essentiel dans la chaîne de propagation du virus", prévient-il. On n’ose imaginer en effet les ravages que pourrait provoquer le virus une fois qu’il s’est introduit dans une maison de repos. Dans l’hypothèse où 5% seulement de tous les résidents devaient contracter le virus, les infrastructures hospitalières ne parviendraient pas à absorber le choc.

"Mettre une personne au lit, changer un Pampers, soigner un escarre tout en respectant la distanciation sociale, ce n’est pas possible."
Marc Verbruggen
Femarbel

Le risque de contamination est particulièrement aigu pour les résidents qui rentrent d’un séjour à l’hôpital. La Wallonie exige depuis dimanche dernier que les résidents nouvellement admis au retour de l'hôpital présentent au moins un certificat de non-contagion. Bruxelles ne compte pas emboîter le pas pour l’instant.

Absentéisme

60
%
Dans certains établissements, on dénombre jusqu’à 60% d’absents parmi le personnel soignant.

Le taux élevé d’absentéisme est le résultat de ce qui précède. Face au risque de contamination, des membres du personnel inquiet se mettent en maladie. "Nos équipes font un travail exceptionnel. Mais la crainte de contracter le virus est bien là. Le taux d’absentéisme varie fortement d’un établissement à l’autre. Dans certains établissements, nous avons jusqu’à 60% d’absents", indique Marc Verbruggen. "Dans l’ensemble, nous tenons encore, mais qu’en sera-t-il demain? Le courage et le dévouement ont des limites. Le défi, c’est de tenir sur la durée."

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À cet égard, le décès de l’adolescente gantoise de 12 ans lundi dernier a, semble-t-il, marqué le personnel de soin et le fait réfléchir.

Protection et dépistage

Le secteur est toujours insuffisamment approvisionné en matériel spécialisé: masques FFP2, blouses à usage unique, lunettes de protection. Marc Verbruggen: "Nous ne voulons pas entrer dans une concurrence avec les hôpitaux, mais nous avons également besoin de ce matériel pour pouvoir travailler dans des conditions sécurisées."

Impossible de respecter la distanciation sociale pour donner à manger à un résident. ©Photo News

Il demande par ailleurs que le personnel de soins soit systématiquement testé. Pour l’instant, on est loin du compte. On constate des témoignages de membres de personnel infirmier dont le médecin traitant aurait reçu la réponse suivante du centre de crise: "Désolé, on ne teste que les gens en réa."

Conséquence directe: le médecin traitant prolonge le certificat médical de 21 jours et, surtout, l’inquiétude croît chez tout le personnel. L’absentéisme risque dès lors d’augmenter de manière exponentielle avec les conséquences que l’on imagine pour les soins aux résidents.

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