Jean-Luc Crucke appelle les Wallons à faire preuve de solidarité financière

Le ministre wallon du Budget veut mobiliser l’argent privé sur une base volontaire: "On ne va pas piquer l’argent des citoyens." ©BELGA

Le ministre wallon du Budget Jean-Luc Crucke veut lancer un fonds d'urgence financé par les citoyens, les entreprises et des fonds. Ce projet de crowdfunding permettrait d'aider les entreprises touchées par la crise.

Par les temps qui courent, être le grand argentier d’un pays ou d’une Région a évidemment de quoi donner le tournis. Un vertige qu’on mesurera d’ici quelques mois au regard des efforts financiers que les pouvoirs publics devront dégager pour soutenir la relance économique et sociale. "Évidemment, les recettes vont baisser et les dépenses vont augmenter. Mais donner des chiffres aujourd’hui sur ce que cela va coûter à la Wallonie, c’est pour se tromper à tous les coups" estime Jean-Luc Crucke (MR), le ministre du Budget en Région wallonne.

"Le gouvernement doit pouvoir faire face aux besoins qui s’expriment. Je ne veux pas que l’on dise que c’est impossible. La situation est difficile et elle le sera encore demain mais on doit être là."
Jean-Luc Crucke
Ministre du Budget

Faudra-t-il revoir à la hausse le déficit annuel – fixé à 435 millions d'euros pour la Wallonie en 2020 – ou repousser l’équilibre budgétaire de la Wallonie au-delà de 2024? Jean-Luc Crucke juge qu’il est bien trop tôt pour avancer des éléments. "Tout dépendra de l’importance des moyens qui auront été mobilisés." Mais "derrière l’urgence sanitaire qui reste la priorité aujourd’hui", le ministre du Budget met ses finances en ordre de marche pour soutenir la relance. "Le gouvernement doit pouvoir faire face aux besoins qui s’expriment. Je ne veux pas que l’on dise que c’est impossible. La situation est difficile et elle le sera encore demain mais on doit être là".

Voilà pour le contexte et le retour annoncé de l’État providence…

L’heure des choix

"On ne sort pas de ce genre de crise sans mesures douloureuses. Il faut faire un inventaire de la Déclaration de politique régionale (DPR) et se demander ce qui est prioritaire par rapport au reste."
Jean-Luc Crucke
Ministre du Budget

Face à l’ampleur de la tâche qui s’annonce, la Wallonie devra cependant faire des choix. "Au regard des moyens à notre disposition, il faudra regarder si des objectifs sont à redéfinir. Il y aura sans doute des projets moins prioritaires qu’il faudra reporter. On ne sort pas de ce genre de crise sans mesures douloureuses. Il faut faire un inventaire de la Déclaration de politique régionale (DPR) et se demander ce qui est prioritaire par rapport au reste", estime le ministre. "Cette redéfinition autour de l’essentiel doit également répondre à un besoin de croissance. Or, cette croissance doit se faire autour de la solidarité sociale, de l’économie durable et le climat. La mondialisation de l’économie ne va pas prendre fin mais on doit réfléchir à de la relocalisation de produits."

Capter l’épargne des citoyens

D’ici ce travail d’introspection et un recentrage de la politique wallonne autour d’une série d’axes prioritaires, le ministre du Budget réfléchit à une façon de diversifier les sources de financement afin de venir en aide aux acteurs frappés par la crise du Covid-19 et du confinement, comme les entreprises, petites ou grandes.

"Je suis favorable aux corona bonds. Jusqu’ici, l’Europe n’a pas encore montré sa solidarité. Il faut pourtant éviter ce mal belge ou le nord tance le sud."
Jean-Luc Crucke
Ministre du Budget

Une façon de venir en aide, rappelle le ministre, est "le schéma classique qui passe par l’intervention de l’État". Sur ce point, le fait de l’Europe a relâché la bride au niveau des aides d’État est vu par Jean-Luc Crucke comme un message positif. Mais le ministre en appelle aussi à plus de solidarité européenne vis-à-vis des régions les plus touchées. "Je suis favorable aux corona bonds (obligations européennes pour soutenir l'économie, NDLR). Jusqu’ici, l’Europe n’a pas encore montré sa solidarité. Il faut pourtant éviter ce mal belge ou le nord tance le sud."

À côté du coup de pouce de l’Europe, la Région wallonne poursuit son financement sur les marchés. "C’est un financement classique pour un État. La semaine dernière, nous avons levé 750 millions d'euros via un sustainable bond. C’est la deuxième fois que nous faisons cela. En 2020, les besoins de financement de la Région sur les marchés sont de 2,3 milliards d’euros. La trajectoire est rassurante avec un taux favorable de 0,50%".

En plus de cette panoplie classique qui fait appel aux outils publics comme les invests, le ministre proposera prochainement au gouvernement de créer deux fonds. Le premier sera majoritairement financé par le public. Mais afin d’élargir les sources de financement pour venir en aide aux entreprises, Jean-Luc Crucke veut aussi capter l’épargne privée à travers un deuxième fonds.

Un fonds d’urgence participatif

Sans vouloir réitérer l’expérience catastrophique de la Caisse wallonne d’investissement, le ministre en appelle ainsi à la solidarité financière. "On veut mobiliser l’argent privé. Cela se fera évidemment sur une base volontaire. On ne va pas piquer l’argent des citoyens."

"On veut mobiliser l’argent privé. Cela se fera évidemment sur une base volontaire. On ne va pas piquer l’argent des citoyens."
Jean-Luc Crucke
Ministre du Budget

Le projet, qui doit encore faire l’objet d’une concertation en gouvernement, consiste à lancer un fonds d’urgence financé notamment par l’épargne citoyenne, tant en provenance des particuliers que des entreprises et des grands groupes d’assurance comme des fonds. "Le citoyen ne serait pas seulement celui qui apporte sa contribution financière mais il serait également appelé à participer aux choix dans les investissements en fonction d’une série de critères comme la durabilité. "

Ce fonds d’urgence participatif prendrait la forme d’une société anonyme. Pour le gouvernement, ce projet présente deux avantages: une participation minoritaire de la Région et une déconsolidation du périmètre de la Région. Ainsi, en théorie, "pour un fonds d’urgence de 1 milliard, un capital de 30 millions de la Wallonie serait suffisant", estime le cabinet du ministre Crucke. Outre 3% du capital public, 5% de capital viendrait du privé. La dette bancaire financera, elle, 70% du fonds. La dette subordonnée, soit l’équivalent du financement participatif des citoyens, serait, elle, de 22%.

Un acte de citoyenneté

Sur les modalités pratiques, une note rédigée pour le cabinet du ministre explique que l’appel au financement participatif des citoyens "se ferait par l’émission de dettes subordonnées négociables. La maturité de la dette de ces obligations (bonds) serait définie pour aller au-delà de la période d’impact du COVID-19 ou du lockdown, par exemple 12 ou 18 mois."

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Concernant le taux offert, "il ne devrait pas nécessairement être élevé", dans la mesure où les citoyens seront appelés à faire acte de citoyenneté en contribuant au Fonds. "Mais, pour les souscripteurs (les citoyens, les entreprises et les institutions comme les assureurs branche 23), cette obligation serait intéressante compte tenu de la volatilité des marchés et de la dépréciation subséquente des autres actifs financiers. En effet, les citoyens par le biais du fonds pourraient récupérer leurs placements (via le remboursement des bonds) après la crise sans dépréciation."

Quant aux bénéficiaires de cette aide – une entreprise, un indépendant ou une association – ces prêts doivent leur permettre de bénéficier d'un effet de levier auprès des banques pour boucler leurs besoins en financement.

Au niveau du timing, le ministre estime que tout peut rapidement se mettre en place. "Nous pouvons être prêts rapidement. L’appel de fonds peut vite s’organiser. Le projet sera présenté au gouvernement quand on aura tourné la page de la lutte sanitaire. Mais en attendant, il faut être prêt."

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