L'absence de saisonniers pèsera sur les récoltes du printemps

La pénurie de travailleurs saisonniers majoritairement étrangers menace la récolte des fraises qui va démarrer. ©Photo News

La récolte des fruits et légumes du printemps est menacée. En cause: le manque de travailleurs saisonniers, majoritairement des Européens de l'Est, bloqués aux frontières à cause du coronavirus.

Asperges, fraises, tomates... la saison des récoltes printanières approche. Mais cette année, le monde horticole s'inquiète. En cause: une pénurie de travailleurs saisonniers, majoritairement étrangers.

55.000
saisonniers
Chaque année, plus de 55.000 travailleurs saisonniers, venus essentiellement de Pologne, de Roumanie et de Bulgarie, se rendent en Belgique.

Le problème concerne toute l'Europe occidentale (France, Allemagne, Benelux, Royaume-Uni, Suisse...). Chez nous, ils sont plus de 55.000 - 6.500 en Wallonie - à venir essentiellement de Pologne, de Roumanie et de Bulgarie pour assurer les plantations et les récoltes. Mais l'épidémie de coronavirus est passée par là et a fermé les frontières. Plus de 90% des saisonniers seront donc portés manquants.

"Au mois de mai, j'aurai besoin de 100 saisonniers. Une absence de main-d’œuvre risque de coûter plusieurs millions d'euros, faute de récolte", déplore Pascal Bolle, gérant d'Agrisert, la plus grande exploitation maraîchère de Wallonie (200 ha) à Gerpinnes, et un des principaux producteurs wallons de fraises.

 

Situation tendue

Le problème est particulièrement aigu en Flandre, qui représente près 90% de la production fruitière et maraîchère du pays. À titre d'exemple, les fraises, cultivées sur 1.186 hectares, y ont rapporté 132 millions d'euros en 2016, pour 15 millions environ en Wallonie (150 ha, dont 80% cultivés en pleine terre). Au total, le secteur horticole belge emploie 6.350 ouvriers, majoritairement dans le secteur ornemental. En Wallonie, ils sont 820, mais seulement 120 dans le secteur fruitier et 200 dans le maraîcher.

"Une absence de main-d'oeuvre risque de coûter plusieurs millions d'euros, faute de récolte."
Pascal Bolle
Gérant d'Agrisert

La situation est donc très tendue. Chacun cherche des solutions. En Allemagne, le gouvernement allège les obligations administratives et sociales pour l'embauche des saisonniers. La France concocte dans l'urgence un plan pour faciliter l'emploi de milliers de salariés mis au chômage partiel. Aux Pays-Bas, le secteur agricole se tourne vers les étudiants et le personnel de nettoyage.

Chez nous, le gouvernement fédéral a décidé vendredi dernier de porter de 65 à 130 le nombre de jours de travail saisonnier autorisés. L'idée est de garder plus longtemps en Belgique les ouvriers agricoles étrangers qui, sans cela, auraient dû partir.

"C'est une partie très appréciable de la solution. Le 20 mars, les 8.000 saisonniers présents en Belgique arrivaient au terme de leurs 65 jours de travail, en verger notamment, et étaient sur le départ", explique Claude Vanhemelen, secrétaire générale de la Fédération Horticole Wallonne (FWH).

200 jours

Le chef de groupe Open Vldà à la Chambre, Egbert Lachaert, a déposé une proposition de loi prévoyant d'étendre à 200 jours cette année, puis à 100 jours, l'autorisation de travail saisonnier. Mais ce n'est qu'une partie de la solution. "D'ici quinze jours, il faudra 15.000 saisonniers, et d'ici mai, entre 25.000 et 30.000", dit Claude Vanhemelen.

"D'ici quinze jours, il faudra 15.000 saisonniers, et d'ici mai, entre 25.000 et 30.000."
Claude Vanhemelen
Secrétaire générale de la Fédération Horticole Wallonne

La quadrature du cercle? Le Boerenbond appelle les personnes en chômage technique à la rescousse. Pascal Bolle plaide quant à lui pour l'embauche de migrants. Cette proposition laisse la responsable de la FWH dubitative. "Dans l'absolu, engager des migrants est une bonne idée, mais le problème, c'est que la plupart d'entre eux sont en situation irrégulière", dit-elle.

La piste des chômeurs mérite, selon elle d'être explorée, moyennant quelques aménagements légaux. "Ils peuvent travailler comme saisonniers, mais perdent leurs allocations de chômage, et sont dès lors peu motivés à venir travailler pour des salaires peu élevés", explique Claude Vanhemelen. Sans compter les contraintes liées aux déplacements de chômeurs majoritairement urbains dans des régions pas toujours facilement accessibles.

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