L'alliance des grandes familles belges pour importer des masques

Les 130.000 masques FFP2 - des 630.000 commandés - déjà livrés aux hôpitaux ont été testés en Belgique. Notamment du côté de Gosselies, par le HeX Group, spécialiste belge de l’inspection et du contrôle de l’hygiène en salles blanches. ©Debby Termonia

Fort de 10 millions d’euros levés, un groupe d'entrepreneurs s'est attelé à la tâche de l’approvisionnement en masques de qualité en provenance de Chine. Récit d’une épopée.

Ils ont œuvré hors de la lumière 24h/24, 7 jours/7. À une mission qui semblait simple de prime abord. Mais qui s’est en réalité complexifiée de jour en jour au vu des développements chaotiques de la crise.

Approvisionner le pays en masques de qualité. Voilà tout. "Cela ne pouvait pas être si compliqué, puisque d'autres y arrivaient", pense alors le quintet, début mars, au moment où germe le projet. "Mais si l’on avait su ce qui nous attendait, on aurait peut-être réfléchi à deux fois", évoque désormais en guise de boutade, neuf semaines plus tard, l'un de ces représentants de la "next gen", descendant d’une grande famille industrielle belge.

Tout commence un dimanche. Le 15 mars pour être exact. Via-via, François de Borchgrave, Amand-Benoît D'Hondt, Edouard Janssen, Thomas Van Waeyenberge et Alexia Bertrand, cheffe de groupe MR au parlement bruxellois, se retrouvent un dimanche sur Zoom, pour ce qui allait marquer le début d'une aventure pleine de rebondissements. Eux qui n’ont jamais travaillé ensemble, mais souhaitent participer à la mobilisation citoyenne.

L’équipe sera parvenue, entre mi-mars et fin mai, à livrer (...) quelque 130.000 masques FFP2, 500.000 masques chirurgicaux, 226.000 paires gants et 50.000 blouses dans le pays.

Assumer le risque

Objectif? Tenter d’acheminer vers la Belgique, en faisant jouer les expériences et les réseaux respectifs de chacun, quantité de masques FFP2 en provenance de Chine. En prenant, au passage, sur eux le risque inhérent à l’opération, malgré d’évidents efforts de discernement préalables dans la sélection des fournisseurs – quelque 35 sources ont d’ailleurs été testées. A savoir qu’en cours de route, le chemin est semé d’embûches, que la concurrence est féroce, et qu’il faut parfois réagir sur-le-champ pour valider une commande de 50.000 masques à minuit, alors que le téléphone sonne suite à un désistement d’un autre acheteur.

Tout savoir sur le coronavirus Covid-19

La pandémie de coronavirus Covid-19 frappe de plein fouet la vie quotidienne des Belges et l'économie. Quel est l'impact du virus sur votre santé et sur votre portefeuille? Les dernières informations et les analyses dans notre dossier. 

Par thématique:

Mais voilà, "très vite, l’urgence a pris le dessus", raconte Thomas Van Waeyenberge, dont l’épouse est médecin urgentiste, effaçant les questionnements pour faire place à la nécessité de foncer. Et d’obtenir des résultats. En effet, "ça s'est parfois joué à deux jours près que des hôpitaux se retrouvent à court de masques. Car il faut bien comprendre les volumes en jeu ici. Pour ne prendre que le Chirec par exemple, la consommation de masques y est de l’ordre de 1.700 par jour. Alors, quand vous extrapolez à l’ensemble des hôpitaux belges, aux autres institutions de soin du pays, de même qu’aux professions de contact comme les pompiers ou la police, on a très vite compris qu’on aurait besoin de très grandes quantités – dans le prolongement de l’action du Fédéral avec qui une coopération s’est mise en place naturellement".

Ce qui fut finalement le cas. À grands coups de joies, mais aussi de doutes en cours de route, de masques parfois de piètre qualité ou mal adaptés à la morphologie européenne, de rapports de tests peu fiables, de blocages aux douanes ou encore de retard des vols commerciaux dont le prix de la réservation d’un volume dans les cargos n’a fait que grimper ces dernières semaines.

Masques revendus à prix coûtant ou donnés

Au total, l’équipe sera parvenueentre mi-mars et fin mai, à livrer, en mains propres et après validation de qualité sur sol belge, quelque 130.000 masques FFP2, 500.000 masques chirurgicaux, 226.000 paires gants et 50.000 blouses dans le pays – revendus à prix coûtant ou donnés, aussi bien en Wallonie et à Bruxelles qu’en Flandre. Une modeste victoire, mais une pierre à l'édifice. Dans une course contre la montre sans précédent.

Et ce, "grâce au soutien de généreux donateurs ou prêteurs", évoque François de Borchgrave, fondateur de la société d’impact investing Kois, dont les équipes ont participé bénévolement à l’effort. Qui, tous ensemble, ont apporté près de 10 millions d’euros de capitaux à l’ASBL constituée pour l’occasion, "Medical Equipment for Belgium".

Sofina, D'Ieteren & Co en soutien

Parmi eux, quelques noms bien connus, avec des Sofina, D’Ieteren, Delen, Fortino, AvH, Carmeuse ou encore Burco, de même que la fondation Ernest Solvay, la famille Janssen et la famille Van Waeyenberge par exemple. Sans parler bon nombre d’individus ayant donné ou prêté de plus petites sommes, certes, mais qui ont tout autant, dans leur ensemble, contribué au projet.

En parallèle, le groupe Solvay s'est associé à l'initiative et a utilisé sa position d'acheteur sur le marché chinois pour se procurer des masques auprès de ses fournisseurs, à des prix compétitifs et pour les volumes requis dans les délais.

"Cela a été sportif", résume Amand-Benoît D'Hondt, responsable de la division soins de santé et investissements alternatifs et indirects chez AG Real Estate. "Un peu comme si on devait apprendre à rouler à vélo en faisant Liège-Bastogne-Liège".

Mais quand l’équipe regarde en arrière, elle n’exprime que peu de regret. Si ce n’est, peut-être, d’avoir dû mettre leur famille de côté ces dernières semaines, avec ce qui s’est avéré un second job à temps plein.

Pour autant, à ce stade, le futur du projet est incertain. Car le besoin se fait de moins en moins pressant quand les alternatives ont pullulé. Il faudra donc désormais attendre de voir l’évolution de la pandémie dans les prochaines semaines. Seule certitude: plus de 500.000 masques sont toujours en cours d’acheminement.

 

Solvay s'est associé à l'initiative et a utilisé sa position d'acheteur sur le marché chinois pour se procurer des masques auprès de ses fournisseurs, à des prix compétitifs et pour les volumes requis dans les délais.
- Les équipes d'achat de Solvay ont fait cela, en dehors de leurs heures de travail pour soutenir la lutte contre le Covid-19 et dans le cadre des actions sociétales que tous les employés de Solvay sont appelés à faire annuellement

Lire également

Publicité
Publicité