interview

L'appel de Pierre Wunsch (BNB) aux Belges: "Travaillez!"

Pierre Wunsch, gouverneur de la Banque nationale. ©BELGA

Le gouverneur de la Banque nationale et coprésident de l’Economic Risk Management Group se félicite de l’accord conclu ce week-end avec les banques. Il importe à présent, selon lui, de faire fonctionner les entreprises et de faire la jonction entre l’avant et l’après-crise.

En tant que gouverneur de la Banque nationale de Belgique (BNB), Pierre Wunsch copréside (avec Piet Vanthemsche, ancien patron du Boerenbond) l’Economic Risk Management Group (ERMG), l’instance qui rassemble patrons, syndicats, experts de la BNB et représentants gouvernementaux et qui pilote le volet économique de la crise du coronavirus. Pierre Wunsch commente l’accord conclu dans la nuit de samedi à dimanche entre le secteur financier et le gouvernement fédéral afin de faire face aux conséquences économiques de la crise du coronavirus. Pour rappel, cet accord prévoit notamment un report, sans frais, de tous les remboursements de crédits – y compris les crédits hypothécaires – pour les entreprises non financières et les indépendants viables jusqu'au 30 septembre prochain. Cette mesure s'étend également aux ménages pouvant justifier d'un préjudice financier lié à l'épidémie.

En quoi cet accord avec les banques est-il un moment important dans la gestion de cette crise?

L’objectif premier est de passer le cap, c’est-à-dire de faire la jonction entre l’avant et l’après. Il faut veiller à ce que l’économie après la crise soit autant que possible dans le même état qu’elle était avant la crise. Le choc sanitaire a engendré un choc économique qui sera lourd et qui coûtera beaucoup d’argent, mais qui est de nature temporaire. On a pu entendre le mot "guerre". Nous sommes en effet en guerre sanitaire contre le virus, mais notre patrimoine économique, lui, n’a pas été affecté: les gens, les entreprises et les infrastructures sont toujours là. Après l’intervention de l’État et de la Banque centrale européenne, cet accord avec les banques est une nouvelle pierre à l’édifice. On ne pourra sans doute pas sauver toutes les entreprises, mais il faut au moins aider les entreprises saines à passer le cap, en évitant par exemple qu’elles se voient refuser des liquidités.

"Il faut veiller à ce que l’économie après la crise soit autant que possible dans le même état qu’elle était avant la crise."
Pierre Wunsch
Gouverneur de la Banque nationale

L’engagement des banques est-il à la hauteur du défi?

C’est un gros effort fourni par les banques et je les remercie au nom de la collectivité. Elles ont fait ce qu’il fallait et même plus encore. La première tranche de 3% de pertes sera entièrement supportée par le secteur financier. Entre 3 et 5% de pertes, c’est 50% pour l’État et 50% pour le secteur financier. Pour les pertes supérieures à 5%, 80% seront supportées par les pouvoirs publics et 20% par le secteur financier. En France par exemple, la proportion est de 90%-10%.

Avec ceci, l’économie belge est-elle à l’abri?

Non. Car à ce stade, on commence à voir des entreprises qui coincent en raison d’un élément manquant dans la chaîne de valeur, par exemple un fournisseur ou un sous-traitant qui a décidé de stopper sa production. C’est pourquoi je lance un appel aux citoyens: travaillez, dans la mesure du possible, que ce soit sur le lieu de travail ou en télétravail. Il faut faire fonctionner les entreprises. Sans quoi, d’ici quelques semaines, nous risquons de ne plus avoir d’économie.

"Il faut faire fonctionner les entreprises. Sans quoi, d’ici quelques semaines, nous risquons de ne plus avoir d’économie."
Pierre Wunsch
BNB

Sur quoi allez-vous à présent vous concentrer au sein de l’ERMG?

Nous devons le plus possible faire fonctionner les entreprises. Certaines font face à des coûts fixes, mais n’ont plus de recettes. Nous aurons une réunion ce lundi à ce sujet. Six ou sept groupes de travail ont été installés par l’ERMG. Ils sont composés de membres des fédérations patronales, des syndicats ainsi que d’experts de la Banque nationale. Une centaine de personnes de la BNB sont mobilisées. Elles devront par exemple examiner le nombre de personnes qui ont un crédit hypothécaire, mais dont les finances personnelles sont en négatif. Des experts externes, comme McKinsey par exemple, ont aussi spontanément offert leurs services pour aider nos groupes de travail. C’est très appréciable.

Certains économistes estiment qu’il n’est pas justifié d’arroser toutes les entreprises avec des aides. Faut-il par exemple voler au secours de Brussels Airlines qui réclame 200 millions d’euros?

Même si l’État se positionne comme assureur en dernier ressort, il faut cibler les actions. Si on décide d’accorder 4.000 euros à toutes les entreprises, il faut tenir compte de l’existence de sociétés dormantes. De même, cela n’a pas beaucoup de sens selon moi d’exempter tout citoyen de ses factures d’eau, de gaz et d’électricité.

"Je ne suis pas sûr que ce soit la mondialisation qui est en cause. Ce genre de problème peut arriver n’importe où."
Pierre Wunsch
BNB

L’économie belge aura-t-elle la réactivité nécessaire pour rebondir?

Cela dépendra d’abord de l’attitude de chacun. Je le répète, les gens et les infrastructures seront toujours là. Le principal problème serait un grain de sable – une crise de liquidités par exemple – qui pourrait générer une réaction en chaîne. C’est dans cet esprit que l’accord avec les banques a été conclu.

Y a-t-il déjà des enseignements à tirer de cette crise, par rapport à la globalisation de l’économie notamment?

Je ne suis pas sûr que ce soit la mondialisation qui est en cause. Ce genre de problème peut arriver n’importe où. Une économie fermée aura au contraire beaucoup plus de mal à faire face à une telle situation, car elle ne pourra pas compter sur une assistance extérieure. S’il y a des leçons à tirer, c’est d’abord au niveau sanitaire. Il faudrait éviter à l’avenir de se retrouver à court de masques. Il faudrait aussi pouvoir disposer d’une meilleure traçabilité des gens infectés.

"C’est un gros effort fourni par les banques et je les remercie au nom de la collectivité."
Pierre Wunsch
BNB

Peut-on dresser un parallèle entre l’ERMG et le Comité de pilotage qui, en 2008, avait géré la crise bancaire?

Le Comité de pilotage fonctionnait essentiellement avec les directeurs de la Banque nationale et les directeurs de cabinet des vice-premiers. Ici, c’est un peu plus complexe. On fonctionne en cercles concentriques, avec les politiques fédéraux, les entités fédérées, le Groupe des Dix, etc. Piet Vantemsche s’occupe des secteurs, tandis que je me concentre sur les questions macroéconomiques. Nous sommes en contact permanent. Entre Piet et Pierre, les choses se passent de la meilleure des façons.

LES BANQUES AU SECOURS DE L'ECONOMIE

L’accord conclu le week-end dernier entre les pouvoirs publics et le secteur bancaire repose sur deux piliers. D’une part, le secteur financier s'engage à fournir un report de paiement jusqu'au 30 septembre 2020 (sans frais) aux entreprises et aux indépendants viables ainsi qu'aux emprunteurs hypothécaires qui ont des difficultés de paiement. D’autre part, l’Etat offrira sa garantie pour l’ensemble des nouveaux crédits.

Ce régime de garantie présentera les caractéristiques suivantes :

-          Le montant total de la garantie s’élève à 50 milliards d'euros

-          Tous les nouveaux crédits et toutes les nouvelles lignes de crédit d'une durée maximale de 12 mois (hors crédits de refinancement) octroyés jusqu'au 30 septembre 2020 seront couverts

-          À l’échéance du régime de garantie, le montant des pertes enregistrées sur les crédits sera examiné. La répartition des charges entre le secteur financier et les pouvoirs publics s’opérera comme suit :

  • La première tranche de 3% de pertes sur le total des nouveaux crédits sera entièrement supportée par le secteur financier
  • Pour les pertes entre 3% et 5%, 50% des pertes seront supportées par le secteur financier et 50% par les pouvoirs publics
  • Pour les pertes supérieures à 5%, 80% des pertes seront supportées par les pouvoirs publics et 20% par le secteur financier

 

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