"L'AstraZeneca n'est pas un vaccin de seconde zone"

L'un des verrous de la campagne belge saute. Le vaccin d'AstraZeneca pourra être administré à toutes les personnes de plus de 18 ans, sans limite d'âge supérieure. ©Photo News

Le Conseil supérieur de la santé a tranché: le vaccin d'AstraZeneca n'est plus réservé aux moins de 56 ans. De quoi accélérer la campagne de vaccination.

Ce sont les suspects du moment. D'un côté, la plateforme informatique chargée d'envoyer les invitations à se faire piquer dans un des centres de vaccination, qui connaît des ratés à répétition. Et de l'autre, le vaccin AstraZeneca, soupçonné d'être un vaccin de seconde zone – à tort.

Qu'est-ce qui lui a valu si mauvaise réputation? Une conjonction de facteurs. Parmi lesquels une autorisation européenne sur la base d'une efficacité de 59,5%, moindre que les deux vaccins déjà en circulation, Pfizer et Moderna. "Alors que si l'on administre la seconde dose après 12 semaines, cette efficacité s'établit entre 70% et 80%", précise Yvon Englert, délégué général Covid-19 pour la Wallonie. Surtout, il y avait un manque de données probantes portant sur les personnes âgées.

81%
Réduction des hospitalisations pour les plus de 80 ans
L'étude écossaise note un recul de 81% du risque d'hospitalisation pour les plus de 80 ans ayant reçu une première dose de vaccin Pfizer ou AstraZeneca.

Deux études à la rescousse

Il n'en fallait pas plus pour voir ce vaccin boudé par l'Europe. C'est pourquoi l'étude signée par l'Université d'Édimbourg tombe à pic. Menée du 8 décembre au 15 février, elle porte sur 1,14 million d'individus, soit 21% de la population écossaise.

Que dit-elle? Que l'on peut observer, quatre semaines après la première injection, un recul du risque d'hospitalisation. De l'ordre de 85% avec Pfizer et de 94% avec AstraZeneca. Et ce même pour les personnes (très) âgées, puisque les plus de 80 ans voient ce risque réduit de 81%.

"L'usage du vaccin d'AstraZeneca est recommandé à partir de 18 ans, sans limite d'âge supérieure."
Le Conseil supérieur de la santé

Les nouvelles sont tout aussi bonnes sur le front des infections. Cela, c'est une autre étude menée par l'agence de santé anglaise Public Health England qui l'établit. Dans le viseur, les plus de 70 ans. Eh bien, quatre semaines après la première dose, les infections symptomatiques reculent de 57% à 61% avec Pfizer et de 60% à 73% avec AstraZeneca.

Voilà donc deux études montrant que Pfizer et AstraZeneca se valent. Avantage à la clef, ajoute le microbiologiste Emmanuel André: "Elles se déroulent dans un environnement similaire à celui de la Belgique, avec un variant, le britannique, majoritaire." De quoi justifier le changement de cap du Conseil supérieur de la santé, qui lève la limite d'âge fixée à 55 ans pesant jusqu'ici sur le vaccin AstraZeneca. "L'usage du vaccin d'AstraZeneca est recommandé à partir de 18 ans, sans limite d'âge supérieure."

Des frigos qui débordent?

"Cela montre bien que l'important n'est pas le vaccin que l'on reçoit, mais le fait d'être vacciné!"
Yvon Englert
Délégué général Covid-19 pour la Wallonie

De quoi enthousiasmer Yvon Englert. "Cela montre bien que l'important n'est pas le vaccin que l'on reçoit, mais le fait d'être vacciné!" Et accélerer la campagne. "Nous pourrons démarrer la vaccination du groupe le plus important, à présent: les plus de 65 ans, ainsi que les personnes présentant des comorbidités."

Pour terminer, tordons le cou à une rumeur insistante voulant que la Belgique laisse dormir près de 430.000 doses, résultat de la soustraction des doses administrées (824.267) de celles livrées (1,25 million). Parce que cela revient à comptabiliser les arrivées (livraisons) sans tenir compte des sorties (vaccinations). Prenez la Flandre, qui dispose de 183.884 doses, mais a prévu d'en injecter 129.489; ce qui lui laissera, fin de semaine, un surplus de 54.395 doses.

428.878
doses dormantes?
Non, la Belgique ne laisse pas dormir près de 430.000 doses dans ses frigos. Parce que ce calcul, fruit de la soustraction des doses déjà administrées du total des livraisons reçues, ne tient pas compte des vaccinations à effectuer cette semaine, qui seront prélevées de ce décompte.

Même combat en Wallonie. "Penchons-nous sur Pfizer", chiffre Yvon Englert. "J'ai 39.700 vaccinations prévues, pour 28.000 doses. Je dépends donc des livraisons. Et ce qu'il me restera (21.000) ne suffira guère pour couvrir les 41.000 injections prévues la semaine d'après." Si légère accumulation il y a, c'est du côté d'AstraZeneca, à cause du retard à l'allumage et de la défiance qu'il suscite. "Sur les 60.000 doses que nous avions prévu d'utiliser d'ici la fin de la semaine, il devrait en rester 30.000. Mais cela va rentrer dans l'ordre. Souvenez-vous de l'accueil réservé à Pfizer et de la méfiance autour d'un vaccin à ARN."

Une seule dose ne suffit pas!

Deux autres questions avaient été posées au Conseil supérieur de la santé.

La première: est-il envisageable de repousser de 21 jours à 42 jours la seconde injection Pfizer? En se basant sur les deux études britanniques, mais également sur une troisième portant sur 600.000 vaccinations Pfizer en Israël, le Conseil rappelle le gain d’efficacité apporté par la seconde dose et suggère de rester aussi proche que possible des 21 jours. Mais si des circonstances épidémiologiques justifiant une accélération de la vaccination l’imposaient, il envisagerait un allongement à 42 jours, tout en recommandant fortement de plutôt opter pour 35, "par mesure de prudence et dans l’attente d’autres données", explique l’infectiologue Yves Van Laethem.

Quant à savoir si l’on peut se contenter d’une seule dose, le Conseil balaie. "Aucune donnée scientifique ne soutient comme suffisamment efficace l’administration d’une unique dose d’un des trois vaccins."

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