analyse

L'"électrochoc" de Frank Vandenbroucke se ressent jusque dans la majorité

Le ministre de la Santé a dit que les commerces avaient été fermés pour créer un "électrochoc". Une communication qui est très mal passée, au vu du choc encaissé par les commerces. ©AP

Frank Vandenbroucke a expliqué que les magasins non essentiels ont été fermés afin de créer un "électrochoc". Si une justification plus argumentée a suivi, la communication boiteuse laissera des traces.

Les commerces "non essentiels" ont été fermés le 2 novembre. Une mesure difficile à encaisser pour les commerçants, déjà sévèrement malmenés durant la première vague.

Vendredi, il a été décidé que ces magasins non essentiels pouvaient rouvrir mardi. Malgré le soulagement, un goût amer traîne dans la gorge des commerçants après que le ministre fédéral de la Santé publique Frank Vandenbroucke (sp.a) a indiqué que faire ses courses ne présentait "pas de grand risque" d'augmenter la propagation du coronavirus, si cela se faisait de manière contrôlée. Alors, pourquoi cette fermeture d'un mois? Pour provoquer un "électrochoc" dans la population, a-t-il répondu.

"Si c'est juste pour créer un électrochoc qu'on prend des mesures, quelle va désormais être l'adhésion du public?"
Denis Ducarme
Ex-ministre des PME et des Indépendants

L'électrochoc des faillites

"Pour créer un électrochoc, en effet ça a créé un électrochoc!", réagit Dominique Michel, le patron de Comeos, qui rappelle que des milliers de faillites s'annoncent encore dans le milieu de la vente. "Depuis des semaines, j'explique que le commerce ne présente aucun problème, au moyen de rapports, schémas et diagrammes divers", tirés de l'expérience de la réouverture du secteur après la première vague (qui n'avait pas engendré de recrudescence de l'épidémie de Covid) et des observations réalisées dans d'autres pays.

"Est-ce qu'on va aussi nous dire qu'on a arrêté les métiers de contact pour créer un choc?"
Dominique Michel
CEO de Comeos

L'infectiologue Erika Vlieghe, ancienne présidente du groupe d'experts chargé de la stratégie de sortie du confinement (Gees), a expliqué à la VRT que la fermeture des magasins était une décision politique, pas une recommandation scientifique, le shopping ne présentant pas de risque particulier si les règles sont respectées.

Tout le monde s'étrangle

L'opposition n'a évidemment pas raté le coche. "Si vous voulez détruire les commerces et éliminer un soutien aux mesures, c’est ainsi qu’il faut faire", a twitté Bart De Wever (N-VA).

À vrai dire, la pilule n'est pas mieux passée dans les rangs de la majorité. Le ministre des PME et Indépendants, David Clarinval (MR), souligne qu'on doit aux indépendants "la plus grande objectivité dans les décisions prises". Denis Ducarme (MR), son prédécesseur, dit ne pas comprendre le manque d'empathie du ministre de la Santé. "Et ce qui m'inquiète, c'est que ce type de déclaration va engendrer de la méfiance, non seulement de la part des commerçants mais aussi dans la population." Rappelons toutefois que le MR a été associé à cette décision, prise en comité de concertation.

La riposte Vandenbroucke

Frank Vandenbroucke s'est défendu ce lundi en rappelant qu'il était "nécessaire de prendre des mesures qui allaient réduire rapidement et au maximum le nombre de contacts et de déplacements".

Fin octobre, documents à l'appui, le "risk assessment group" (RAG) estimait qu'il fallait décréter l'état d'urgence sanitaire. Quant à la Cellule d'évaluation (Celeval, dissoute depuis), elle recommandait d'interdire tout déplacement non essentiel, soit en fermant ces fameux commerces non essentiels, soit en instaurant un périmètre de déplacement, à la manière de ce qu'a fait la France. Et c'est la première piste qui l'a emportée, à la majorité, à défaut de créer le consensus.

Le président du sp.a Conner Rousseau a, lui, indiqué ce lundi soir conserver pleinement sa confiance en Frank Vandenbroucke, au cours de l'émission "Terzake" de la chaîne Canvas (VRT). "Au moment où la deuxième vague a frappé fort et que les hôpitaux se plaignaient de la situation, nous avons dû intensifier la lutte contre le virus sur tous les fronts", a déclaré le président du sp.a.

"Nous connaissons tous l'approche du MR sous le précédent gouvernement: un assouplissement trop rapide nous a mis dans cette merde."
Conner Rousseau

Aux critiques du MR, il répond de façon cinglante: "Nous connaissons tous l'approche du MR sous le précédent gouvernement: un assouplissement trop rapide nous a mis dans cette merde". M. Rousseau a déclaré qu'il espérait ne pas se retrouver dans la "ruelle des misères" des dernières années. "Ce gouvernement a maintenant pris un bon départ. Cela honorerait la Belgique et la Flandre de tirer sur la même corde. Pourquoi voudriez-vous donner à certaines personnes l'impression que leurs sacrifices n'ont fait aucune différence?", a-t-il encore dit.

Voilà pour la justification. Reste que la sortie de vendredi ressemble à s'y méprendre à un couac majeur de communication. Qui fait tiquer, dans les rangs de la majorité. Sophie Wilmès, vice-Première MR, a ainsi envoyé un message aux autres vice-Premiers du gouvernement De Croo demandant d'éviter par la suite pareilles bourdes. Et que le groupe d'experts analyse la question de la bulle sociale, maintenue à son strict minimum pour les fêtes de fin d'année, ce qui ne plaît pas à tout le monde au sein de la Vivaldi.

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