L'Europe peine à s'accorder sur la relance économique

Le ministre des Finances français Bruno Le Maire ©AFP

Les ministres européens des Finances se sont réunis mardi pour discuter d'un plan de relance de l'économie européenne face à la pandémie de Covid-19. Après 16 heures de discussions, la mise sur pied d'un instrument de dette collectif du type "coronabond" demeure la pomme de discorde des négociateurs.

Les ministres des Finances de l'UE n'ont pas réussi lors d'une réunion débutée mardi, et qui s'est prolongée jusque mercredi matin, à se mettre d'accord sur la riposte à apporter à la crise née de la pandémie de Covid-19. Le président de l'Eurogroupe Mario Centano a prévu de reprendre les débats jeudi lors d'une nouvelle réunion par vidéoconférence.

Un plan de plus de 500 milliards d'euros est sur la table, mais d'importantes divergences subsistaient entre les pays du Nord et du Sud sur les conditions d'octroi des lignes de crédit et la question des "obligations corona".

Avant la rencontre, Mario Centeno a proposé aux grands argentiers de s'engager en faveur "d'un plan de relance coordonné et de grande envergure". Ce plan de 540 milliards d'euros réunit les efforts de la Commission européenne, de la Banque européenne d'investissement et du Mécanisme européen de stabilité (MES). La rencontre, prévue à l'origine pour les 19 États membres de la zone euro, a été élargie aux 27 États de l'Union.

"J'ai suspendu l'Eurogroupe pour continuer demain, jeudi. Mon objectif demeure un filet de sécurité européen solide contre les retombées du Covid19 pour protéger les travailleurs, les entreprises et les pays, et s'engager dans un plan de relance important"
Mario Centeno

Ce mercredi matin, Mario Centeno a suspendu les discussions et a reporté à jeudi la suite des travaux. "Après 16 heures de discussions, nous sommes proches d'un accord, mais nous n'y sommes pas encore", a tweeté le Portugais, après une nuit de labeur. "J'ai suspendu l'Eurogroupe pour continuer demain, jeudi. Mon objectif demeure un filet de sécurité européen solide contre les retombées du Covid19 pour protéger les travailleurs, les entreprises et les pays, et s'engager dans un plan de relance important", a-t-il ajouté.

Un plan de "grande envergure"

La Commission européenne propose d'affecter 100 milliards d'euros à la protection des chômeurs partiels via le programme Sure ("Support to mitigate unemployment risks in emergency"). Ce plan fonctionne comme un mécanisme de mutualisation des garanties financières des États membres. Les gouvernements européens débloqueront 25 milliards d'euros qui serviront de garantie pour que la Commission puisse emprunter 75 milliards sur les marchés. L'argent sera destiné en priorité aux pays les plus touchés, comme l'Italie et l'Espagne. La Belgique fournira 850 millions d'euros au programme Sure.

200
milliards d'euros
La BEI devrait affecter 25 milliards d'euros à un plan paneuropéen de garanties, ce qui permettrait de mobiliser 200 milliards d'euros d'investissements au bénéfice des entreprises.

La BEI devrait affecter 25 milliards d'euros à un plan paneuropéen de garanties, ce qui permettrait, grâce à un effet de levier, de mobiliser 200 milliards d'euros d'investissements au bénéfice des entreprises. Pour la Belgique, actionnaire à 5% de la BEI, cela représente un effort de 1,3 milliard d'euros. 

Le MES, un dispositif européen de gestion des crises financières créé en 2012, devrait mobiliser des lignes de crédits jusqu'à 240 milliards d'euros. Les prêts octroyés aux États pourront aller jusqu'à 2% du PIB national, tandis que les conditions fixées seraient plus limitées que d'habitude. 

"C'est le plan le plus ambitieux et le plus important jamais décidé par l'Europe."
Mario Centeno
Président de l'Eurogroupe

Ces trois mesures doivent encore être approuvées par les chefs d'État ou de gouvernement. Lors du dernier sommet, le 26 mars, les Vingt-sept avaient échoué à s'entendre.,"C'est le plan le plus ambitieux et le plus important jamais décidé par l'Europe", a résumé Mario Centeno. "Ce n'est pas seulement une question de survie, il s'agit de permettre à notre économie de se remettre sur pied", a-t-il plaidé.

Les mesures restent toutefois basées sur un effet de levier dépendant des marchés.

Les pays du Sud veulent plus

Le plan ne suffit pas aux pays les plus touchés par la pandémie, qui considèrent ces mesures comme minimales. L'Italie et l'Espagne, soutenues par la France, réclament la création d'"obligations corona" qui permettraient de mutualiser la dette entre les États de l'UE au-delà des limites imposées par les instruments actuels. 

Les pays du Nord sont viscéralement opposés à cette idée. Pour l'Allemagne, les Pays-Bas et le Danemark, il n'est pas question de s'endetter avec des pays dont ils jugent la gestion budgétaire "laxiste". Ils jugent en avoir assez fait avec l'activation de la clause dérogatoire au Pacte de stabilité. 

Les pays bénéficiant du MES devant être soumis à un programme d'ajustement macroéconomique, les États du Sud y voient une mise sous tutelle inacceptable. L'Allemagne a proposé en guise de compromis d'alléger les conditions. Le ministre néerlandais des Finances, Wopke Hoekstra, a insisté pour que l'allègement des conditions ne porte que sur les dépenses de santé. Pour le Premier ministre italien Giuseppe Conte, les instruments comme le MES ne suffisent pas. "MES non, eurobond oui", a-t-il lâché avant la rencontre.

Le bras de fer, entamé le 26 mars, s'est poursuivi entre les ministres des Finances. Le Français Bruno Le Maire a exigé que l'option des "obligations corona" soit inscrite dans les conclusions de la réunion, tout en admettant que le mécanisme ne soit pas détaillé afin de permettre des adaptations ultérieures. La France souhaite la création d'un fonds de relance commun, mais limité aux services essentiels, comme la santé.

Les États du Sud estiment aussi que la crise liée à la pandémie de Covid-19 touche toute l'Union européenne, contrairement à la crise de 2008, considérée comme asymétrique, car limitée à la Grèce.

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