L'Europe s'accorde sur un plan de relance de 540 milliards d'euros

"La seule condition pour accéder aux prêts du MES sera de soutenir les dépenses sanitaires", a expliqué le président de l'Eurogroupe, Mario Centeno, jeudi soir. ©Michael Kappeler/dpa

Les ministres des Finances de l'UE ont finalement trouvé un accord, jeudi soir, sur un plan de 540 milliards d'euros destiné à relancer l'économie européenne suite à la pandémie de Covid-19.

Les ministres des Finances européens sont parvenus jeudi à s'accorder sur un plan de relance de quelque 540 milliards d'euros pour riposter à la crise provoquée par la pandémie de Covid-19. Ce plan mettra en œuvre trois piliers: le Mécanisme européen de stabilité (MES) pour 240 milliards, la Banque européenne d'investissement (BEI) à concurrence de 200 milliards et le plan "Sure" (100 milliards) au bénéfice des chômeurs partiels proposé par la Commission européenne.

"La seule condition pour accéder aux prêts du MES sera de soutenir les dépenses sanitaires."
Mario Centeno
président de l'Eurogroupe

Les grands argentiers avaient échoué à s'entendre mercredi après 16 heures de négociations. Les pourparlers s'étaient heurtés à une fracture béante entre les pays du sud et du nord de l'Europe. Les Pays-Bas s'étaient montrés inflexibles sur l'application de conditions très strictes à l'octroi des lignes de crédit. Au final, les ministres ont décidé de ne pas appliquer ces conditions, hormis celle de consacrer les prêts à des dépenses sanitaires et médicales.

"La seule condition pour accéder aux prêts du MES sera de soutenir les dépenses sanitaires", a affirmé le président de l'Eurogroupe Mario Centeno. "Nous devons émerger ensemble de la récession et protéger notre marché intérieur", a-t-il ajouté.

Un accord qu'il faudra confirmer en sommet

Avant l'Eurogroupe, Mario Centeno avait affiché sa confiance. "Nous sommes très proches d'un accord", avait-il dit, "j'espère que nous ferons tous preuve, cette fois, d'un esprit de compromis, ce qui est à la base de notre union".

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La rencontre par visioconférence avait démarré vers 21h30, avec plus de quatre heures de retard en raison de tractations bilatérales. Vu le risque de récession, il était impératif que les 27 ministres s'entendent sur la relance économique

Les chefs d'État ou de gouvernement, qui avaient échoué à prendre une décision le 26 mars, devront confirmer cet accord lors d'un sommet qui devait avoir lieu lors des prochains jours.

"Un grand jour pour la solidarité européenne"

Le MES, créé en 2012 après la crise financière, permettra d'affecter 240 milliards d'euros aux pays les plus fragilisés par la pandémie. Cette ligne de crédit pourra aller jusqu'à 2% de leur PIB national.

240 milliards
d'euros
Le MES, créé en 2012 après la crise financière, permettrait d'affecter 240 milliards d'euros aux pays les plus fragilisés.

L'Allemagne a proposé d'alléger les conditions d'octroi des prêts. Une telle conditionnalité aurait été vécue comme humiliante par l'Espagne et l'Italie. C'est "un grand jour pour la solidarité européenne" a affirmé le ministre allemand des Finances Olaf Scholz après la réunion de l'Eurogroupe.

Les Pays-Bas, soutenus par l'Autriche, le Danemark et la Finlande, avaient insisté pour que les États bénéficiaires respectent ces conditions. Le ministre des Finances néerlandais Wopke Hoekstra, le plus dur, s'était attiré les critiques de plusieurs pays. Avant la rencontre, il avait lâché du lest, acceptant que les conditions soient levées dans le cas des coûts sanitaires et médicaux.

Toujours pas d'"obligations corona"

Par ailleurs, les pays du nord rejetaient la proposition des pays du sud de créer un nouvel instrument, des "obligations corona" permettant de mutualiser la dette entre États européens. L'Eurogroupe n'a pris aucune décision concernant ces obligations, mais le texte final évoque un "fonds de relance" dont "les aspects juridiques et pratiques", notamment le "financement", devront encore être définis par les chefs d'État ou de gouvernement. Après la réunion, Wopke Hoekstra continuait à s'opposer aux "corona bonds".

"L'Union européenne est en danger s'il n'y a pas de solidarité", avait affirmé avant la rencontre le Premier ministre espagnol Pedro Sanchez. Le Premier ministre italien Giuseppe Conte avait appelé les États européens à "l'unité", estimant qu'un échec risquait d'entraîner "l'effondrement" du projet européen. L'ancien président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, était intervenu, lors d'une interview au journal Libération, pour soutenir les "obligations corona", jugeant "irresponsable" l'attitude des Pays-Bas.

La Belgique a adopté lors des négociations une position de compromis, mais elle s'est opposée à l'émission de nouvelles obligations européennes. 

25 milliards
d'euros
La BEI affectera 25 milliards d'euros à un plan paneuropéen de garanties, ce qui permettra de libérer 200 milliards d'euros d'investissements pour les entreprises des pays les plus fragilisés.

Compromis franco-allemand

La France et l'Allemagne se sont finalement rapprochées pour aboutir à un compromis afin d'éteindre les réticences des Pays-Bas. Un fait rare, tant il faut des mois, en général, pour que ce type de compromis voie le jour.

Olaf Scholz avait insisté sur le fait que l'activation du MES ne voulait pas dire que "des commissaires ou une troïka viendraient dans les pays" bénéficiant de l'aide, en évoquant la mise sous tutelle de la Grèce après la crise de 2008.

Deux autres instruments seront mis en œuvre. La BEI affectera 25 milliards d'euros à un plan paneuropéen de garanties, ce qui permettra de libérer 200 milliards d'euros d'investissements pour les entreprises des pays les plus fragilisés.

Et, enfin, la Commission européenne affectera 100 milliards d'euros à la protection des chômeurs partiels via son programme "Sure" ("Support to mitigate unemployment risks in emergency").

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